Con­fes­sions dans le noir

Aujourd'hui en France - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - He­le­na Mor­na, la pré­sen­ta­trice HÉ­LÈNE BRY Pro­pos re­cueillis par ÉRIC PELLETIER

SUR LA VITRE qui sé­pare le pe­tit stu­dio d’Europe 1 où est en­re­gis­trée « Co­lin-maillard » de l’étroite ré­gie, un drap noir a été ten­du. Im­pos­sible de voir les deux in­vi­tés d’He­le­na Mor­na. Alors, on se concentre en­core plus sur les voix, qui ont été dé­for­mées. Le chal­lenge de la pre­mière par­tie de cette émis­sion, une des nou­veau­tés de la grille es­ti­vale d’Europe 1, dif­fu­sée chaque sa­me­di de 18 h 5 à 19 heures, est le même pour les in­vi­tés et les au­di­teurs : dé­cou­vrir qui sont Co­lin et Maillard, qui doivent se par­ler afin d’être re­con­nus… et de s’iden­ti­fier l’un l’autre.

Au bout de dix bonnes mi­nutes d’échanges, c’est Co­lin, alias l’hu­mo­riste Jé­rôme Com­man­deur, qui, le pre­mier, dé­couvre l’iden­ti­té de Mi­chel Bou­je­nah. Il en fau­dra quel­que­sunes de plus à ce der­nier pour trou­ver son in­ter­lo­cu­teur. Dès que les deux in­vi­tés sont dé­mas­qués, ils re­trouvent leurs vraies voix. Mais l’émis­sion conti­nue dans le noir to­tal.

Dans le mi­nus­cule stu­dio plon­gé dans l’obs­cu­ri­té, les deux ar­tistes parlent tout doucement, comme s’ils se confiaient des se­crets. « Quand je suis en ba­teau, c’est un mo­ment de re­cueille­ment, confie Bou­je­nah. Contrai­re­ment à ce qu’on croit, il m’ar­rive de ne plus par­ler, je re­garde l’ho­ri­zon, je suis bien, ra­conte l’ac­teur. Je pense aux gens qui sont par­tis, aux gens que j’aime, à mes en­fants… et je com­mence à avoir faim ! »

La maî­tresse de cé­ré­mo­nie, qui par­ti­cipe à la ma­ti­nale d’Europe le week-end dans l’an­née, al­lume par- fois une pe­tite lou­piote pour suivre le fil de ses ques­tions. On dis­tingue en ombre chi­noise les vi­sages des in­vit é s , ma s q u e d e som­meil d’avion sur le nez et casques sur les oreilles. La pé­nombre en­cou­rage Bou­je­nah à pour­suivre dans le re­gistre in­time. Il évoque cette séance de ci­né­ma où il est al­lé, en­fant, avec sa ma­man — « On était quatre gar­çons et là, j’avais ma ma­man pour moi tout seul ! » — pour voir « les Feux de la rampe », avec Char­lie Cha­plin en clown dé­cli­nant et Bus­ter Kea­ton au cré­pus­cule de sa vie. Les traits d’hu­mour aus­si semblent ai­gui­sés par l’obs­cu­ri­té. « Quel pa­pa ê t e s - v o us , Mi­chel ? Au­to­ri­taire ? » de­mande la jour­na­liste. « Vous sa­vez ce que c’est qu’un père juif ? C’est une mère nor­male », ré­pond Bou­je­nah. « Pour ré­su­mer, à chaque fois que mon fils m’ap­pelle, il com­mence par me dire : Pa­pa, ne t’in­quiète pas, tout va bien ! » L’émis­sion se ter­mine et les lu­mières s’al­lument. Im­pres­sions ? « C’est su­per, com­mente Jé­rôme Com­man­deur. Quand Mi­chel par­lait, je voya­geais da­van­tage dans ce qu’il di­sait que si je l’avais vu. Je voyais le ci­né­ma où il est al­lé avec sa ma­man pe­tit. » Le noir, qui fait voir… « Non seule­ment je pense que, dans le noir, on écoute l’autre dif­fé­rem­ment, on parle même dif­fé­rem­ment, ana­lyse Bou­je­nah. On ne choi­sit pas les mêmes mots, ni le même rythme. Ça devient plus in­tros­pec­tif, on s’écoute plus. » « Cette émis­sion, c’est une i dée que j’avais de­puis long­temps, ra­conte He­le­na Mor­na. Dès lors qu’on perd un sens, on est dé­sta­bi­li­sé. La nuit pousse à se ré­vé­ler un peu plus. Et puis, j’ai l’im­pres­sion que le noir s’en­tend, que l’obs­cu­ri­té ré­con­forte… »

« La nuit pousse à se ré­vé­ler un peu plus »

LE RE­GARD

He­le­na Mor­na, pré­sen­ta­trice de « Co­lin­maillard », en­tou­rée des deux in­vi­tés, Jé­rôme Com­man­deur (à g.) et Mi­chel Bou­je­nah (à d.).

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