Jack­pot pour les banques

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - MAT­THIEU PELLOLI (AVEC AN­THO­NY HALPERN)

LES FRAN­ÇAIS sont ré­gu­liè­re­ment dans le rouge. Les comptes or­di­naires des par­ti­cu­liers étaient dé­bi­teurs d’en­vi­ron 7,6 Mds€ au 1er tri­mestre 2016, se­lon la Banque de France. En dix ans, de 2006 à 2016, l’en­cours des dé­cou­verts a aug­men­té de 22,5 %, un gouffre fi­nan­cier pour les par­ti­cu­liers, mais sur­tout, pour les banques… une vé­ri­table mine d’or !

Car l’au­to­ri­sa­tion de dé­cou­vert, tra­duite en lan­gage éco­no­mique, n’est rien d’autre chose qu’un cré­dit à court terme à un client cap­tif, très peu ris­qué pour l’éta­blis­se­ment ban­caire et très bien ré­mu­né­ré, avec des taux com­pris entre 8 % et 16 % (dé­cou­vert au­to­ri­sé), pou­vant même grim­per jus­qu’aux alen­tours de 20 % (dé­cou­vert non au­to­ri­sé). Ce­rise sur le gâ­teau pour les banques, la plu­part pro­fitent même du dé­pas­se­ment de dé­cou­vert au­to­ri­sé pour pré­le­ver de gé­né­reuses « com­mis­sions d’in­ter­ven­tion ». Certes, de­puis 2014, la loi est ve­nue mettre de l’ordre : celles-ci ne peuvent plus ex­cé­der 8 € par opé­ra­tion, avec un pla­fond de 80 € par mois. Mais en re­tour, beau­coup de banques se sont ali­gnées à la hausse sur le pla­fond lé­gal…

Bref, les dé­cou­verts coûtent cher (aux clients) et rap­portent gros (aux éta­blis­se­ments). En 2016, les ta­rifs des banques tournent au­tour de 190,50 € par an en moyenne. Leur ana­lyse dé­taillée ré­vèle qu’en­vi­ron un tiers cor­res­pond au prix de la carte ban­caire, un tiers aux frais de te­nue de compte et le der­nier tiers… au coût des dé­cou­verts !

Car pas moins de deux Fran­çais sur cinq se re­trouvent avec un solde né­ga­tif sur leur compte à la fin de chaque mois. Certes, les condi­tions gé­né­rales dé­taillent avec une pré­ci­sion ex­trême, dans les bro­chures et sur In­ter­net, la mé­thode de cal­cul ap­pli­quée, mais bien ma­lin — ou pa­tient — qui par­vient à dé­chif­frer les sigles abs­cons et cal­cu­ler ce qu’il lui en coû­te­ra pré­ci­sé­ment de fi­nir dans le rouge.

Seule cer­ti­tude, les taux va­rient du simple au double. Ils sont d’en­vi­ron 8 % dans les banques en ligne, de 12 % à la Caisse d’épargne Ile-deF­rance, 14 % à la Banque postale et de l’ordre de 16 % chez BNP Pa­ri­bas. Quand le pla­fond au­to­ri­sé est dé­pas­sé, ils peuvent at­teindre 16 % dans les banques en ligne et 18 % dans cer­taines banques tra­di­tion­nelles. « Le TAEG (NDLR : taux an­nuel glo­bal ef­fec­tif) ap­pli­qué de­puis le 1er juillet et va­lable pour le troi­sième tri­mestre os­cille entre 7,39 % et 19,91 % en fonc­tion des tranches de dé­cou­vert », ex­plique t-on à la So­cié­té gé­né­rale.

Au glo­bal, toutes banques confon­dues, les dé­cou­verts as­su­re­raient aux banques plu­sieurs mil­liards d’eu­ros de re­ve­nus an­nuels, bien qu’au­cun chiffre of­fi­ciel n’existe, et qu’au­cun éta­blis­se­ment ne sou­haîte rendre pu­blic son bé­né­fice en la ma­tière.

Le dos­sier des com­mis­sions d’in­ter­ven­tion est le plus sen­sible, et ce­lui ju­gé le plus abu­sif par les usa­gers. « Au­pa­ra­vant, les com­mis­sions d’in­ter­ven­tion cor­res­pon­daient au tra­vail d’un sa­la­rié qui de­vait gé­rer di­rec­te­ment l’in­ci­dent, confie un ban­quier. Au­jourd’hui, tout ce­la est au­to­ma­ti­sé, la banque n’a plus d’ef­fort à ré­mu­né­rer. » En clair ? « Ce sont 8 € (NDLR : mon­tant maxi­mal fixé par la loi) fa­ci­le­ment ga­gnés et une forme de dé­loyau­té vis-à-vis des clients. »

Les com­mis­sions d’in­ter­ven­tion : de l’ar­gent ga­gné à moindre frais

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