Macron ose­ra-t-il fran­chir la

PRÉ­SI­DEN­TIELLE. Le mi­nistre s’offre un mee­ting de qua­si­can­di­dat, en forme de dé­fi au chef de l’Etat à l’aube du 14 Juillet.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PAU­LINE THÉVENIAUD P. TH. (AFP/Alain Jo­card)

« DE LA CLAR­TÉ ! » Voi­ci ce que ré­pond Emmanuel Macron lors­qu’on lui de­mande ce qu’il faut at­tendre du mee­ting qu’il or­ga­nise ce soir. Sa garde rap­pro­chée est pour­tant for­melle. A la Mu­tua­li­té, le mi­nistre de l’Eco­no­mie n’an­non­ce­ra ni sa sor­tie du gou­ver­ne­ment ni sa can­di­da­ture à la pré­si­den­tielle. « Le tout, c’est d’être can­di­dat sans le dire. Ce se­ra un dis­cours de can­di­da­ture sans can­di­da­ture », nuance l’un de ses proches. L’am­bi­tieux mi­nistre, qui a pré­fé­ré ce week-end les échap­pées so­li­taires du Tour de France aux passes des Bleus, l’as­sume : c’est le maillot jaune qu’il sou­haite por­ter. Ce­lui de pré­sident. « Je n’ai pas de doute sur le fait qu’il ait en­vie d’y al­ler », glisse un de ses sou­tiens. Un autre abonde : « Il est dé­ter­mi­né. »

Mais il y a l’en­vie… et la si­tua­tion po­li­tique, qui de­vrait se cla­ri­fier à la ren­trée. « En fonc­tion de la ma­nière dont ses pro­po­si­tions (NDLR : at­ten­dues à l’au­tomne) se­ront re­çues, on se po­se­ra la ques­tion de sa can­di­da­ture. Mais sans se dire : parce qu’il y a un­tel, on s’in­ter­dit d’y al­ler ! » ex­plique-t-on au QG d’En marche. L’en­tou­rage de Macron le sait bien, si Fran­çois Hol­lande re­prend du poil de la bête et est en si­tua­tion de se re­pré­sen­ter, il n’y au­ra pas d’es­pace. Or, confie l’un de ses vi­si­teurs, le pré­sident ap­pa­raît « très se­rein » et tout aus­si… « dé­ter­mi­né ». Un dé­pu­té pro- Macron ré­sume : « La seule chance d’Emmanuel, c’est qu’Hol­lande dé­visse du­ra­ble­ment dans les son­dages et que les ba­rons so­cia­listes lui disent : N’y va pas ! » Son re­muant ca­det se­rait alors prêt à prendre le re­lais. Mais si­non ? « Je ne le vois pas être ra­mas­seur de balles pour Fran­çois Hol­lande, pour­suit le même. Un ti­cket, en re­vanche, c’est pos­sible. » Ce­la lui per­met­trait de pe­ser sur la cam­pagne de 2017 et le pro­chain quin­quen­nat en cas de vic­toire. En écho, un proche du pré­sident es­time que « la seule chance de Hol­lande se­rait de faire un ti­cket avec Macron ». Reste une hy­po­thèse, plus com­plexe : « Si Hol­lande n’est pas en si­tua­tion, mais que ses amis le poussent à se re­pré­sen­ter », craint un ami du mi­nistre. Dans pa­reille si­tua­tion, le fils (spi­ri­tuel) tue­ra-t-il le père ? L’équa­tion de Macron étant aus­si per­son­nelle, le doute plane. « Je ne suis pas cer­tain qu’il sache lui-même où il veut al­ler », avoue un par­ti­san.

En at­ten­dant que les choses se dé­cantent, le mi­nistre de l’Eco­no­mie reste sur sa ligne de crête. Ce soir, sur la scène de la Mu­tua­li­té, il pren­dra la pa­role pen­dant qua­rante-cinq mi­nutes pour « tra­cer un ho­ri­zon po­li­tique et don­ner des pers­pec­tives ». Une pre­mière. Ce dis­cours « très per­son­nel », Macron l’a écrit seul. Hier en­core, il y met­tait la der­nière main. Car l’en­jeu est de taille. « Il faut mon­trer qu’Emmanuel n’est pas iso­lé, qu’il est dis­po­nible, qu’il a une vi- sion », ex­plique le sé­na­teur PS Fran­çois Pa­triat, l’un de ses plus fer­vents sup­por­teurs. Quelque 2 000 adhé­rents, au moins une ving­taine de par­le­men­taires et des per­son­na­li­tés gar­ni­ront les gra­dins de cette salle my­thique pour la gauche. L’autre ob­jec­tif de cette opé­ra­tion, qui a coû­té quelque 200 000 €, est de don­ner un coup d’ac­cé­lé­ra­teur à En marche pour at­teindre les 100 000 adhé­rents (un peu plus de 50 000 ac­tuel­le­ment). Le mou­ve­ment est d’ailleurs sur le point de dé­mé­na­ger dans des lo­caux… deux fois plus grand !

« Il a en­vie d’y al­ler » « Un ti­cket, c’est pos­sible » « Mon­trer qu’il a une vi­sion » « Si le mee­ting est un suc­cès, ça va chauf­fer »

D’où cette ques­tion, qui n’a pas échap­pé à l’en­tou­rage d’Ar­naud Mon­te­bourg, son po­ten­tiel ri­val : « Comment Macron peut-il être mi­nistre trois jours par se­maine et can­di­dat contre le gou­ver­ne­ment le reste du temps ? » Le prin­ci­pal in­té­res­sé se garde, pour l’heure, de ré­pondre. « Il faut que ce­la donne lieu à une prise de dé­ci­sion. Et, pour ce­la, il faut fran­chir le Ru­bi­con », juge Alain Tour­ret, dé­pu­té ra­di­cal de gauche et soutien de Macron. A moins que Hol­lande ne lui laisse pas le choix. « Si le mee­ting est un suc­cès, s’il va un peu trop loin, ça va chauf­fer ! » pré­dit Fran­çois Pa­triat. La tra­di­tion­nelle interview du 14 Juillet est at­ten­due après-de­main. La pa­role se­ra, alors, au pré­sident. @Pau­li­ne_Th Cos­tard, oeuf, ISF… le mois de mai d’Emmanuel Macron fut chao­tique. « Un pas­sage ini­tia­tique », comme dit l’un de ses sou­tiens, qui a nui à son image ? Se­lon notre son­dage ex­clu­sif Odoxa, le mi­nistre de l’Eco­no­mie ras­semble ac­tuel­le­ment 47 % de bonnes opi­nions. Soit 11 points de moins que lors de son ar­ri­vée à Ber­cy, à l’été 2014. Ré­ponse de son en­tou­rage : Macron n’en sur­classe pas moins toutes les autres per­son­na­li­tés de gauche. Plus im­por­tant, 36 % des Fran­çais sou­haitent qu’il soit can­di­dat à la pré­si­den­tielle. Ce score en fe­rait rê­ver plus d’un, à droite comme à gauche. Ils ne sont par exemple que 14 % à vou­loir une can­di­da­ture de Fran­çois Hol­lande, 26 % à sou­hai­ter Valls. Même le po­pu­laire Ni­co­las Hu­lot ne réunis­sait — avant son re­trait — que 31 % de sou­haits de can­di­da­ture. Le re­muant mi­nistre de gauche fait tou­te­fois face à un cas de fi­gure peu ba­nal. Il est plus sou­te­nu par la droite que par son camp. 70 % des sym­pa­thi­sants de gauche ne sou­haitent pas qu’il se pré­sente en 2017. De même, la ma­jo­ri­té des sym­pa­thi­sants de gauche (54 %) es­time qu’il doit dé­mis­sion­ner, alors que la ma­jo­ri­té de ceux de droite pré­fère qu’il reste au gou­ver­ne­ment. Un mi­li­tant d’En marche confie d’ailleurs : « Dans notre mou­ve­ment, il y a une très forte op­po­si­tion à Hol­lande. On en se­rait presque à pré­fé­rer Juppé. »

Emmanuel Macron, mi­nistre de l’Eco­no­mie, jeune et am­bi­tieux, gra­vi­ra-t-il à toute al­lure les marches du pou­voir ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.