La pho­bie du bou­lon

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Bré­ti­gny (Es­sonne) Ri­chard, un ha­bi­tant de l’Es­sonne FLO­RIAN LOISY

LES VOYA­GEURS ne sont plus aus­si in­sou­ciants qu’avant. De­puis trois ans et le dé­raille­ment du train In­ter­ci­tés en gare de Bré­ti­gny, de nom­breux usa­gers de la ligne C du RER re­gardent à deux fois au mo­ment de mon­ter dans un train. « Je jette un oeil sur les voies, c’est un au­to­ma­tisme, les rails ne sont pas ré­cents, et ça se voit », avance Char­lotte, qui vit à Leu­ville et em­prunte la ligne C deux fois par se­maine.

D’autres sont plus op­ti­mistes : « Il y a eu beau­coup de tra­vaux sur le RER C de­puis l’ac­ci­dent, ça me ras­sure, parce qu’il était temps que la SNCF se bouge », lance Na­li­na, qui monte à Pa­ris en train tous les jours. « Un dé­raille­ment ici, ça n’ar­ri­ve­ra plus, c’est dé­jà tel­le­ment rare, glisse My­riam, 24 ans, qui vit près de la gare. Je sais que la SNCF se­ra en­core plus vi­gi­lante main­te­nant. »

En re­vanche, des usa­gers, plus cir­cons­pects, n’hé­sitent pas à prendre en pho­to leurs dé­cou­vertes et à les par­ta­ger sur les ré­seaux so­ciaux. « A Bré­ti­gny, ce­la fait six mois que je vois un bou­lon sor­ti de son sup­port, rien n’est fait, sou­pire Ri­chard, quin­qua­gé­naire de l’Es­sonne. La SNCF nous dit qu’ils vé­ri­fient tout, mais c’est du pi­peau. » A pro­pos de ces bou­lons, la SNCF af­firme qu’il n’y a, « a prio­ri, au­cun dan­ger im­mé­diat, on n’est pas sur un ai­guillage comme lors de la ca­tas­trophe fer­ro­viaire ». L’en­tre­prise rap­pelle qu’elle a mis un ser­vice d’alerte en ligne ou­vert au grand pu­blic, bap­ti­sée Vi­gi-ex­press*. « Cha­cun peut si­gna­ler une ano­ma­lie par mail et nos t ech­ni­ciens peuvent ain­si ré­agir. »

Mais cet in­ci­dent n’est pas le seul si­gna­lé par les usa­gers ces der­niers mois. Des éclisses te­nues par des serre-joints ont été dé­cou­vertes dans la par­tie nord au­tour de SaintOuen (Seine-Saint-De­nis). « Je ne veux plus que l’on joue avec la sé­cu­ri­té des gens, je pense qu’on nous cache en­core des choses sur la vé­tus­té », ap­puie le père de fa­mille, qui les a pho­to­gra­phiées.

Plus trau­ma­ti­sant en­core pour les voya­geurs, un nou­veau dé­raille­ment a été rap­por­té à Bré­ti­gny ! Le lun­di 25 avril, à la suite de « pro­lon­ga­tions de tra­vaux de nuit », la cir­cu­la­tion a

« La SNCF nous dit qu’ils vé­ri­fient tout, mais c’est du pi­peau »

été in­ter­rom­pue sur la par­tie sud de la ligne C. Il s’agis­sait en fait d’un train qui avait dé­raillé vers 4 h 30 : les roues d’une bal­las­teuse ap­pro­vi­sion­nant un chan­tier sont sor­ties de leur axe à 7 ou 8 km/h. « C’est sim­ple­ment un pro­blème d’équi­libre de char­ge­ment sur ce train qui trans­porte des di­zaines de tonnes de bal­last, ana­lyse la SNCF dans son rap- port d’in­ci­dent. Ce­la se pro­duit gé­né­ra­le­ment dans les zones de triage et n’im­pacte pas les usa­gers. Mais là, le nez du train était en­ga­gé sur les voies de cir­cu­la­tion, c’est pour ce­la que le tra­fic a été in­ter­rom­pu. » L’en­tre­prise rap­pelle qu’elle a in­ves­ti 410 M€ en quatre ans sur la ligne C pour « don­ner à la main­te­nance des voies un ni­veau de sé­cu­ri­té sans équi­valent connu ». Mais ce­la ne suf­fit pas à apai­ser les craintes : « Je ne veux plus pleu­rer après une nou­velle ca­tas­trophe, em­braye Ar­naud, qui vit à Bré­ti­gny. J’ai l’im­pres­sion qu’on se fiche de nous quand on voit l’état de vé­tus­té du ré­seau. » * www.sncf.com/fr/ac­tua­lite/ se­cu­rite-re­seau-vi­gi-ex­press.

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