« La Co­man­dante Ana n’existe pas »

JUS­TICE. Pour­sui­vie par le Chi­li qui l’ac­cuse d’avoir par­ti­ci­pé il y a vingt-cinq ans à l’as­sas­si­nat d’un proche du dic­ta­teur Pi­no­chet, la Fran­çaise Ma­rie-Em­ma­nuelle Ve­rhoe­ven vit un cau­che­mar de­puis 2014. En­tre­tien ex­clu­sif.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - P.É. Pro­pos re­cueillis par PAS­CALE ÉGRÉ

« JE VOU­DRAIS que cette his­toire in­vrai­sem­blable fi­nisse… » De­puis New Del­hi, sa voix est dé­ter­mi­née au­tant qu’épui­sée. In­car­cé­rée en Inde de­puis fé­vrier 2015 du fait d’un man­dat d’ar­rêt in­ter­na­tio­nal lan­cé par le Chi­li, Ma­rie-Em­ma­nuelle Ve­rhoe­ven, 56 ans, vient d’ob­te­nir une pre­mière vic­toire : sa li­bé­ra­tion sous contrôle ju­di­ciaire. Mais le cau­che­mar de cette Fran­çaise, que les mé­dias chi­liens ont sur­nom­mée Co­man­dante Ana, n’est pas ter­mi­né. Le Chi­li, où elle a vé­cu dix ans (1985-1995), à l’époque sombre de la dic­ta­ture Pi­no­chet, ré­clame son ex­tra­di­tion. Vingt-cinq ans après, la jus­tice de ce pays l’ac­cuse d’avoir par­ti­ci­pé à l’as­sas­si­nat du sé­na­teur Jaime Guz­man, abat­tu en 1991 par un com­man­do d’ex­trême gauche.

In­ter­pel­lée une pre­mière fois en Al­le­magne en 2014, cette Nan­taise d’ori­gine a tou­jours cla­mé son in­no­cence. « Il faut main­te­nant que l’Inde exa­mine se­rei­ne­ment la de­mande d’ex­tra­di­tion chi­lienne », ex­pliquent ses avo­cates, Mes Clé­mence Witt et Ram­ni Ta­ne­ja, qui en dé­noncent « le ca­rac­tère po­li­tique et l’illé­ga­li­té ». « Je n’ai rien à voir avec l’af­faire Guz­man », mar­tèle Ma­rie-Em­ma­nuelle Ve­rhoe­ven dans cet en­tre­tien ac­cor­dé en ex­clu­si­vi­té au « Pa­ri­sien » à sa sor­tie de pri­son. car­cé­rés pour l’as­sas­si­nat de Guz­man. L’un d’eux m’avait aver­tie : « Per­sonne ne te par­don­ne­ra d’avoir tra­vaillé au­près de nous. » Je sa­vais aus­si que j’étais s u i v i e , q u e ma mai­son était f ouillée et c’ est pour­quoi j’ai ac­cé­lé­ré mon re­tour en France. Oui, j’étais à gauche, oui, j’ai été hos­tile à la dic­ta­ture de Pi­no­chet, comme des mil­liers d’autres gens. Mais je n’ai ja­mais fait par­tie du FPMR — et, si ce­la avait été le cas, je ne le re­nie­rais pas. Pour­quoi ces ac­cu­sa­tions, si long­temps après ? Se­lon vous, dans quel but ? Le Chi­li n’ac­cepte tou­jours pas son his­toire. Les ré­seaux de l’ex­trême droite conti­nuent à vou­loir cou­vrir les exac­tions de la dic­ta­ture. C’est pour ce­la que l’Union dé­mo­crate in­dé­pen­dante (UDI, par­ti ul­trac on­ser­va­teur de droite ca­tho­lique f o n d é p a r Guz - ma n ) a r o uve r t l’af­faire Guz­man en 2010. Elle l’uti­lise comme épou­van­tail : dé­si­gner les ad­ver­saires de la dic­ta­ture comme des ter­ro­ristes per­met de don­ner le beau rôle à ceux qui ont du sang sur les mains. Aux yeux de ces gens­là, la vé­ri­té n’a au­cune im­por­tance.

« Les ré­seaux de l’ex­trême droite conti­nuent à vou­loir cou­vrir les exac­tions de la dic­ta­ture »

A 56 ans, Ma­rie-Em­ma­nuelle Ve­rhoe­ven vient d’être li­bé­rée sous contrôle ju­di­ciaire à New Del­hi, où elle a été em­pri­son­née pen­dant seize mois.

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