« Eh les ma­chistes, lais­sez-nous vivre ! »

SEXISME. Elles veulent être par­tout chez elles. Ex­clues de lieux confis­qués par les hommes — des ca­fés, par exemple —, des femmes ré­agissent. Comme hier à Villiers-le-Bel.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Yves Rai­baud, géo­graphe CLAU­DINE PROUST AVEC THI­BAULT CHAFFOTTE

COM­MAN­DER un ca­fé au comp­toir. Grim­per dans un bus en jupe un peu courte. Par­ti­ci­per aux fêtes es­ti­vales d’une ville tard dans la nuit sans pas­ser pour une proie fa­cile et puis oser ren­trer chez soi seule. Trois fois rien pour vous, mes­sieurs ? Pour nombre de femmes, et pas seule­ment lors­qu’elles vivent dans un quar­tier es­tam­pillé dif­fi­cile ou en proie à un re­pli com­mu­nau­taire, c’est un sou­ci quo­ti­dien. Un sou­ci trop sou­vent sol­dé par un re­non­ce­ment im­pli­ci­te­ment ac­cep­té de tous. Mais plus de toutes.

On est loin des dé­fi­lés mi­li­tants dé­mons­tra­tifs des fé­mi­nistes il y a soixante ans. Mais, en ce dé­but de XXIe siècle, et c’est une vague qui ne gros­sit pas qu’en France, les femmes partent à la conquête de ces ter­ri­toires où, dans la vie de tous les jours, l’éga­li­té leur est de fait re­fu­sée. Ni har­pies ni guer­rières, à l’image de ces ha­bi­tantes de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), en ban­lieue pa­ri­sienne, qui ont in- ves­ti pa­ci­fi­que­ment un ca­fé hier soir (lire ci-contre), elles montent en dou­ceur au cré­neau se ré­ap­pro­prier des es­paces confis­qués par les hommes.

Pour­quoi un ca­fé ? « Les ca­fés ne posent pas pro­blème en soi. Ils sont juste l’élé­ment le plus vi­sible de l’oc­cu­pa­tion mas­cu­line de l’es­pace pu­blic », sou­ligne Ch­ris Bla- che, co­or­di­na­trice de Genre et ville, très im­pli­quée dans cette prise de conscience. « C’est un pro­blème so­cial glo­bal. L’es­pace ur­bain est un ter­ri­toire pen­sé par et pour les hommes », confirme le géo­graphe Yves Rai­baud (lire ci-des­sous). I nsi­dieu­se­ment i mpré­gnées de cet état de fait dès le plus jeune âge, « édu­quées à évi­ter le risque contrai­re­ment à leurs pairs mas­cu­lins », ren­ché­rit Ch­ris Blache, les femmes y ont droit de pas­sage, mais pas de jouis­sance égale.

« Pas ques­tion de lutte : il faut que l’on par­vienne à un ter­ri­toire par­ta­gé agréable pour tous. Où moi, homme, je puisse aus­si me dire, lorsque je marche der­rière une femme et qu’il se fait tard, qu’elle ne me crain­dra pas comme un pré­da­teur », ré­agit Yves Rai­baud. Y par­ve­nir est un tra­vail de longue ha­leine.

Pour se­couer le co­co­tier, du bas de l’échelle ci­toyenne aux hautes sphères du pou­voir, en pas­sant par chaque col­lec­ti­vi­té lo­cale, il faut d’abord prendre la me­sure de cette in­égale ci­toyen­ne­té, iden­ti­fier les failles sur le ter­rain, puis for­cer à re­pen­ser les amé­na­ge­ments, pe­tits et grands. Les femmes s’y em­ploient.

« Pas ques­tion de lutte : il faut que l’on par­vienne à un ter­ri­toire par­ta­gé agréable pour tous »

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