« On me dé­vi­sage comme un steak vi­vant »

Sa­ma­ra*,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - A.L.

La co­quette jeune femme lève les yeux au ciel. Elle ne sup­porte plus la pres­sion per­ma­nente su­bie dans les rues des Quatre-Che­mins, à Pan­tin. A 27 ans, Sa­ma­ra* tra­vaille de­puis des an­nées dans ce quar­tier de Seine-Saint-De­nis qu’elle connaît par coeur. Si bien d’ailleurs que, de­puis deux ans, elle s’au­to­cen­sure. Exit les pe­tites robes courtes ou les tu­niques lé­gè­re­ment trans­pa­rentes. « Moi qui adore les jo­lis vê­te­ments, je me suis cal­mée sur mon look », avoue-t-elle, un peu désa­bu­sée. Et tant pis s’il fait chaud : le jean-tee-shirt est de ri­gueur au quo­ti­dien. « Si­non, on me dé­vi­sage comme un steak vi­vant ! dé­nonce-telle. Quand je veux sor­tir ou re­joindre mon co­pain dans Pa­ris après le tra­vail, je prends des vê­te­ments dans mon sac et je me change en ar­ri­vant. » Ces der­niers jours, l’at­mo­sphère pe­sante a même grim­pé d’un cran. Pour prendre quelques mi­nutes de pause dans son tra­vail, Sa­ma­ra est al­lée fu­mer une ci­ga­rette sur le trot­toir. « Un type est pas­sé et a dit à son co­pain, en arabe, sur un ton de re­proche : Re­garde cette femme, elle fume pen­dant le ra­ma­dan ! » Inex­cu­sable pour Sa­ma­ra, qui n’en re­vient tou­jours pas. « Quand tu es une femme, ici, tu ne peux pas faire ce que tu veux, et ce n’est pas nor­mal, grince-t-elle. Si je vais à quelques pâ­tés de mai­sons, au bord du ca­nal, boire des verres en ter­rasse avec des amies, per­sonne ne me di­ra rien. C’est le jour et la nuit et ce n’est pas ac­cep­table. »

« Quand je veux sor­tir, je me change en ar­ri­vant »

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