Ce cham­pi­gnon fait trem­bler l’hô­pi­tal

SAN­TÉ. La dé­cou­verte de moi­sis­sures po­ten­tiel­le­ment in­fec­tieuses au coeur de salles d’opé­ra­tion de Georges-Pom­pi­dou (Pa­ris XVe) oblige à fer­mer presque un tiers d’entre elles pour les dés­in­fec­ter.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - CH­RIS­TINE MATEUS

AU MICROSCOPE, il res­semble à un char­mant pis­sen­lit, avec sa tige et son ca­pi­tule for­mé d’une mul­ti­tude de pe­tites fleurs. Mais ce qui a été dé­cou­vert dans trois salles du bloc no 1 de l’Hô­pi­tal eu­ro­péen Geor­gesPom­pi­dou, si­tué dans le XVe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, n’est pas cette plante cham­pêtre mais un cham­pi­gnon fi­la­men­teux. L’As­per­gil­lus peut en­traî­ner des in­fec­tions no­so­co­miales (que l’on contracte lors d’un sé­jour dans un éta­blis­se­ment de san­té), dont des troubles res­pi­ra­toires. En oc­tobre 2010, quatre pa­tients hos­pi­ta­li­sés en ré­ani­ma­tion à l’hô­pi­tal Nord de Mar­seille étaient morts en rai­son de l’ag­gra­va­tion de leur état liée à la pré­sence dans les lo­caux de ce cham­pi­gnon. A Geor­gesPom­pi­dou, tou­te­fois, l’As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris (APHP) pré­cise qu’au­cun pa­tient n’a été conta­mi­né.

Hier ma­tin, le net­toyage com­plet des pre­mières salles tou­chées, cen­sé pour­tant être sté­riles et donc dé­pour­vues de cette moi­sis­sure, a dé­mar­ré. « Par me­sure de pré­cau­tion, la di­rec­tion et le pré­sident du co­mi­té de lutte contre les in­fec­tions no­so­co­miales (Clin) de l’hô­pi­tal ont pris la dé­ci­sion de fer­mer le bloc 1 pour pou­voir pro­cé­der aux opé­ra­tions de dés­in­fec­tion de l’en­semble des salles », a ex­pli­qué l’AP-HP, dont dé­pend le pres­ti­gieux éta­blis­se­ment. Les neuf salles concer­nées (sur 24 au to­tal) sont ain­si fer­mées au pu­blic au moins jus­qu’au 18 juillet.

D’autres pré­lè­ve­ments sont pré­vus avant la ré­ou­ver­ture, afin de s’as­su­rer de l’ab­sence de tout risque. Même dé­ci­sion de fer­me­ture pour les ur­gences ab­so­lues, or­tho­pé­diques et vis­cé­rales. Des ins­truc­tions ont ain­si été don­nées au Sa­mu pour as­su­rer l’orien­ta­tion des pa­tients vers d’autres éta­blis­se­ments.

Cette dé­cou­verte tombe mal à la veille du 14 Juillet, tra­di­tion­nel­le­ment char­gé dans les ser­vices d’ur­gences, alors que les ef­fec­tifs ont dé­jà com­men­cé à se ré­duire en rai­son des congés d’été. Et qui plus est, en plein état d’ur­gence. Le cham­pi­gnon a été re­pé­ré grâce aux « ré­sul­tats de pré­lè­ve­ments qui sont réa­li­sés très ré­gu­liè­re­ment dans les blocs opé­ra­toires dans le cadre de contrôles qua­li­té ». Des pré­lè­ve­ments de rou­tine, donc. D’après une étude de l’Ins­ti­tut de veille sa­ni­taire (InVS) da­tant de 2012, un pa­tient hos­pi­ta­li­sé sur vingt contracte une in­fec­tion dans l’éta­blis­se­ment où il est soi­gné. Un chiffre à peu près stable de­puis 2006. Ce­la re­pré­sente en- vi­ron 750 000 in­fec­tions par an, qui se­raient la cause di­recte de 4 000 dé­cès en France.

A l’hô­pi­tal, la porte d’en­trée de l’As­per­gil­lus est sou­vent les sys­tèmes de ven­ti­la­tion et les pous­sières. in­ha­lées par les pa­tients. L’in­fec­tion la plus dan­ge­reuse éma­nant de ces cham­pi­gnons est l’as­per­gil­lose in­va­sive. « C’est la se­conde cause de mor­ta­li­té par in­fec­tion fon­gique à l’hô­pi­tal », in­dique l’Ins­ti­tut Pas­teur. Heu­reu­se­ment, dans leur en­semble, les cham­pi­gnons sont ra­re­ment in­cri­mi­nés dans le cadre des in­fec­tions no­so­co­miales (3,7 %), contrai­re­ment aux bac­té­ries, res­pon­sables no­tam­ment de la lé­gio­nel­lose… qui s’était dé­jà ins­tal­lée à Pom­pi­dou en 2000 (lire ci-contre).

Re­pé­ré grâce à des pré­lè­ve­ments de rou­tine, il n’a conta­mi­né au­cun pa­tient se­lon l’AP-HP

L’As­per­gil­lus, le pe­tit cham­pi­gnon fi­la­men­teux dé­cou­vert dans plu­sieurs salles d’opé­ra­tion de l’hô­pi­tal Pom­pi­dou, peut en­traî­ner des in­fec­tions no­so­co­miales et no­tam­ment de graves troubles res­pi­ra­toires.

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