A l’aise dans son ha­bit de chef de guerre

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Propos re­cueillis par RO­MAIN OUERTAL A.D.

PER­SONNE NE L’AT­TEN­DAIT sur ce re­gistre. Fran­çois Hol­lande, l’homme du com­pro­mis et de la syn­thèse au PS, le pro­fes­sion­nel de l’es­quive, ac­cu­sé jusque dans son propre camp de ne pas sa­voir tran­cher, a dé­clen­ché cinq in­ter­ven­tions mi­li­taires de­puis son ar­ri­vée à l’Ely­sée (Ser­val au Ma­li, Bar­khane dans le Sa­hel, San­ga­ris en Cen­tra­frique, Cham­mal en Irak puis en Sy­rie, Sen­ti­nelle en France). Et il s’en est fal­lu de peu pour que l’opé­ra­tion Her­mès voie le jour : c’était le nom de code pré­vu pour une guerre contre le pré­sident sy­rien, Ba­char alAs­sad, an­nu­lée in ex­tre­mis à l’été 2013 après le re­vi­re­ment de Ba­rack Oba­ma. Lui, cet homme sur­nom­mé « Gui­mauve le con­qué­rant » en 2011 par un lieu­te­nant de Laurent Fa­bius, était prêt à s’en al­ler me­ner cette guerre dont les Amé­ri­cains n’ont pas vou­lu. « C’est vrai, ac­quiesce un de ses proches. Avec lui, les ar­mées au­ront été sol­li­ci­tées comme ra­re­ment. Le pré­sident so­cia­liste a en­ga­gé plu­sieurs opé­ra­tions mi­li­taires et a aug­men­té le bud­get de la Dé­fense. »

Certes, le man­dat de Fran­çois Hol­lande coïn­cide avec l’es­sor du ter­ro- risme en Afrique et au Proche-Orient, ses consé­quences ca­tas­tro­phiques en France, vic­time d’at­ten­tats re­ven­di­qués par des Fran­çais is­sus des rangs de groupes dji­ha­distes. Mais le pré­sident s’est sen­ti à l’aise dans son uni­forme de chef de guerre. Et a été pro­fon­dé­ment mar­qué par cette ex­pé­rience in­édite. « Je peux ici vous dire que je viens de vivre la jour­née la plus im­por­tante de ma vie po­li­tique », as­sène ain­si un Hol­lande éton­nam­ment mar­tial, à Ba­ma­ko, le 2 fé­vrier 2013. « A ce mo­ment pré­cis, il a eu un sen­ti­ment d’ac­com­plis­se­ment et de puis­sance, ra­conte un de ceux qui ont par­ti­ci­pé au dé­clen­che­ment de l’opé­ra­tion au Ma­li. Il a pris conscience du pou­voir qui était le sien. Vous ap­puyez sur le bou­ton à 11 h 30, et à 16 heures l’ar­mée passe à l’ac­tion. C’est un mo­ment rare dans la vie d’un pré­sident, où vous avez tel­le­ment de frus­tra­tions. »

En­core 3 opé­ra­tions en cours

D’au­tant que cette pre­mière guerre a per­mis de mettre en dé­route des groupes dji­ha­distes qui comp­taient s’em­pa­rer du Ma­li. « En moins d’un an, un pays a été li­bé­ré, a re­cou­vré sa sou­ve­rai­ne­té. C’est une in­ter­ven­tion mi­li­taire pure et par­faite », ana­lyse un haut gra­dé même si le calme est loin d’être re­ve­nu dans le pays. Une « opex », comme on dit dans le jar­gon, qui a per­mis à la France de re­do­rer son bla­son de puis­sance mi­li­taire à l’étran­ger, no­tam­ment au re­gard des Amé­ri­cains.

Dans une autre an­cienne co­lo­nie, en Cen­tra­frique, c’est le « re­mords rwan­dais » qui s’est ex­pri­mé, se­lon la formule d’un di­plo­mate de haut rang. Ob­jec­tif : évi­ter des mas­sacres de masse entre com­mu­nau­tés chré­tienne et mu­sul­mane. Une opé­ra­tion longue, coû­teuse qui pren­dra fin en oc­tobre. Hier, Fran­çois Hol­lande a an­non­cé le dé­part des troupes tri­co­lores. « On sait ou­vrir des guerres, mais on sait aus­si les fer­mer », re­lève un proche de Jean-Yves Le Drian. L’opé­ra­tion Sen­ti­nelle, dé­ployée sur le sol fran­çais après les at­ten­tats de no­vembre, Cham­mal et Bar­khane, elles, sont loin d’être ache­vées.

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