« L’Eu­rope cour­tise les An­glais et nous mé­prise »

An­dreas,

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Athènes (Grèce) I.M.

L’AN­NI­VER­SAIRE n’a pas été cé­lé­bré. Il y a un an, le 5 juillet 2015, les Grecs or­ga­ni­saient leur ré­fé­ren­dum sur les me­sures d’aus­té­ri­té vou­lues par les créan­ciers eu­ro­péens. Le ver­dict des urnes n’avait alors lais­sé place à au­cune am­bi­guï­té : plus de 61 % des élec­teurs avaient vo­té « oxi », un grand non qui met­tait alors le pays sur la voie du Grexit. Pour­tant, quelques jours plus tard, le 13 juillet, sous la pres­sion de Bruxelles, le Pre­mier mi­nis- tre, Alexis Tsi­pras, dé­ci­dait de pas­ser outre ce ré­sul­tat pour faire ap­pli­quer le plan de ri­gueur. « Un dé­ni de dé­mo­cra­tie », avaient alors pen­sé des Grecs en co­lère contre les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes. Un sen­ti­ment ren­for­cé à l’is­sue du Brexit, le ré­fé­ren­dum par le­quel les Bri­tan­niques se sont pro­non­cés en fa­veur d’une sor­tie de l’Union eu­ro­péenne le 23 juin.

« Pour­quoi sont-ils pris au sé­rieux alors que per­sonne ne nous a en­ten­dus ? » s ’ i nter­roge Gaia, 46 ans, cadre dans une en­tre­prise de té­lé­com­mu­ni­ca­tions. « C’est hu­mi­liant, ça donne l’im­pres­sion d’une Eu­rope à deux vi­tesses. Et la Grèce est vi­si­ble­ment en deuxième di­vi­sion, elle doit se sou­mettre aux vo­lon­tés des grands pays, c’est i njuste. » Se­lon An­dreas, 29 ans, « l’Eu­rope cour­tise les An­glais et mé­prise les Grecs ». Ce jeune ar­chi­tecte avait vo­té non aux me­sures d’aus­té­ri­té sans pour au­tant vou­loir sor­tir de la zone eu­ro, comme l’im­mense ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion. « Nous sommes at­ta­chés à l’Eu­rope, mais on su­bit un chan­tage per­ma­nent, Bruxelles me­nace sys­té­ma­ti­que­ment de nous ex­clure dès qu’on s’op­pose à telle ou telle ré­forme. Alors qu’ils font tout pour re­te­nir les An­glais qui, eux, veulent cla­quer la porte ! »

Si le Brexit est ve­nu pi­quer au vif l’or­gueil des Grecs, ses consé­quences po­li­tiques en ras­surent aus­si cer­tains. « Au Royaume-Uni, l’ave­nir semble très flou, per­sonne ne sait vrai­ment où va le pays », es­time Di­mi­tris, cui­si­nier de 55 ans. « A l’époque de notre ré­fé­ren­dum, nous ne vou­lions qu’une chose : de la sta­bi­li­té pour sor­tir de la crise. Et je suis heu­reux que nous ne soyons pas plon­gés dans la même in­cer­ti­tude que les Bri­tan­niques. »

Amers ou sou­la­gés, les Grecs se re­joignent sur un point : tous sui­vront de près l’évo­lu­tion de la si­tua­tion dans les pro­chains mois. « Ça pour­rait nous don­ner des idées », mur­mure-t-on à Athènes…

« On su­bit un chan­tage per­ma­nent »

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