Pro­fes­sion zoo­thé­ra­peute

SAN­TÉ. Ca­the­rine Bar­tha­lot ap­plique la mé­dia­tion ani­male au­près de per­sonnes fra­gi­li­sées. Une dis­ci­pline qui vient de faire l’ob­jet d’un con­grès in­ter­na­tio­nal à Pa­ris.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Ca­the­rine Bar­tha­lot, zoo­thé­ra­peute CH­RIS­TINE MATEUS C.M.

SES COL­LÈGUES de tra­vail s’ap­pellent Pin-up, Hap­py, Yu­ki ou Ber­lioz. Les noms de ses chiens, de ses co­chons d’Inde et de ses la­pins avec qui Ca­the­rine Bar­tha­lot in­ter­vient dans des éta­blis­se­ments pour per­sonnes han­di­ca­pées ou pa­tients âgés dé­pen­dants. Neuf ans que cette an­cienne blouse blanche de l’hô­pi­tal Paul-Brousse à Ville­juif (Valde-Marne) est de­ve­nue la pre­mière in­fir­mière zoo­thé­ra­peute. Dans les hô­pi­taux, les cli­niques ou les mai­sons de re­traite, les animaux ont pris leur place au­près des équipes soi­gnantes en com­plé­ment des mé­thodes dites tra­di­tion­nelles : c’est ce qu’on ap­pelle la mé­dia­tion ani­male (ou zoo­thé­ra­pie). Cette dis­ci­pline a fait l’ob­jet d’un con­grès à Pa­ris qui s’est ache­vé hier.

Dans les éta­blis­se­ments d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes, Ca­the­rine in­ter­vient dans des uni­tés où les ré­si­dents ont des troubles cog­ni­tifs très sé­vères de type Alz­hei­mer par exemple. « Des troubles du com­por­te­ment éga­le­ment , a j o u t e la zoo­thé­ra­peute. Comme ce mon­sieur qui souffre d’hy­per dé­am­bu­la­tion et ne s’ar­rête ja­mais de mar­cher en re­gar­dant droit de­vant lui. Lorsque la chienne est pré­sente, il centre son at­ten­tion sur elle. Lui don­ner des gâ­teaux l’oblige à s’as­seoir et donc à s’apai­ser. » Dans une mai­son d’ac­cueil spé­cia­li­sée, elle re­voit « ce jeune schi­zo­phrène, très agres­sif, se cal­mer en bros­sant les poils longs du co­chon d’Inde ».

Ca­the­rine Bar­tha­lot est à la tête de l’as­so­cia­tion 4 Pattes Ten­dresse, si­tuée à L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne). L’aven­ture a dé­bu­té en 1992. Elle est alors « simple » in­fir­mière. « Lors d’une réunion avec la chef de ser­vice, nous cher­chions des solutions pour amé­lio­rer le bien-être des pa­tients. J’avais no­té que lorsque la fille d’une pa­tiente ve­nait avec son chien, ce­la dé­clen­chait plein de ré­ac­tions au­près des autres per­sonnes âgées. Des gens, pros­trés au fond de leur fau­teuil en po­si­tion foe­tale, se re­dres­saient. Leur re­gard éteint re­pre­nait vie. J’ai alors de­man­dé à ma chef l’au­to­ri­sa­tion de ve­nir tra­vailler avec ma ca­niche, Sou­ki. Elle a ap­prou­vé l’idée. » Vingt-quatre ans plus tard, 61 sites d’Ile-de-France pro­fitent de la pré­sence de ses équipes. La mé­dia­tion ani­male ne gué­rit pas mais, grâce aux liens qui se dé­ve­loppent entre hu­mains et animaux, elle en­cou­rage l’ouverture à l’autre, rompt l’iso­le­ment, di­mi­nue le sen­ti­ment de han­di­cap. « J’ai vu des soi­gnants avec des larmes aux yeux à l’is­sue des ate­liers. Les bé­né­fi­ciaires, ce sont eux aus­si, lors­qu’ils ré­cu­pèrent des per­sonnes dé­ten­dues, pointe Ca­the­rine. Un chef de ser­vice m’a même dit un jour que c’était un re­mède an­ti-burn-out des soi­gnants. »

« Des gens pros­trés dans leur fau­teuil se re­dres­saient » Une pra­tique plé­bis­ci­tée

96% des Fran­çais sont convain­cus des ef­fets bé­né­fiques de la re­la­tion hom­mea­ni­mal. C’est ce que ré­vèle une en­quête Opi­nion­Way réa­li­sée pour la Fon­da­tion Adrienne et Pierre Som­mer, qui sou­tient l’étude et la pra­tique de la zoo­thé­ra­pie. Cette dis­ci­pline a fait l’ob­jet d’un con­grès in­ter­na­tio­nal qui s’est ache­vé hier à Pa­ris. Les son­dés pensent qu’elle est sur­tout fa­vo­rable dans le do­maine de la san­té, men­tale ou phy­sique (au­tisme, han­di­cap phy­sique, per­sonnes âgées dé­pen­dantes), mais sont plus ré­ser­vés sur son im­pact so­cial (jeunes en dif­fi­cul­té, dé­te­nus). Le père de la zoo­thé­ra­pie est un psy­chiatre amé­ri­cain, Bo­ris Le­vin­son. A la fin des an­nées 1950, il re­çoit un jeune au­tiste qui doit par­tir dans une ins­ti­tu­tion. Ce jour-là, son chien est pré­sent et l’en­fant se met à le ca­res­ser en sou­riant. Il dé­cide de re­nou­ve­ler l’ex­pé­rience et constate une nette amé­lio­ra­tion de l’état de san­té du pa­tient. En France, c’est à la fin des an­nées 1970 que le vé­té­ri­naire Ange Con­do­ret en­tre­prend des ex­pé­riences au­près d’en­fants ayant des troubles du lan­gage. Grâce à la mé­dia­tion ani­male, il no­te­ra les mêmes ef­fets po­si­tifs.

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