Ab­des­lam ne veut pas être fil­mé 24 heures sur 24

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Me Ber­ton, avo­cat de Sa­lah Ab­des­lam CLÉ­MENT RE­NARD

LE GARDE DES SCEAUX, JeanJacques Ur­voas, pou­vait-il dé­ci­der, seul, de pla­cer la cel­lule de Sa­lah Ab­des­lam sous vi­déo­sur­veillance 24 heures sur 24 ? C’est la ques­tion que va de­voir tran­cher, de­main ven­dre­di, le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Ver­sailles, sai­si en dé­but de se­maine. L’avo­cat du dé­te­nu le plus sur­veillé de France dé­nonce une at­teinte grave et ma­ni­fes­te­ment illé­gale au droit au res­pect de sa vie pri­vée.

Pour bien com­prendre l’af­faire, il faut re­mon­ter au 27 avril der­nier : le prin­ci­pal mis en cause dans les at­ten­tats de 13 No­vembre, in­ter­pel­lé en Bel­gique cinq se­maines au­pa- ra­vant, vient d’être re­mis à la France par les au­to­ri­tés belges, sans que ce trans­fert ne soit réel­le­ment an­ti­ci­pé. Aus­si­tôt mis en exa­men et pla­cé en dé­ten­tion, le mi­nistre de la Justice dé­cide, en ur­gence et en de­hors de tout cadre lé­gal, de pla­cer la cel­lule du dé­te­nu sous sur­veillance per­ma­nente. Une pre­mière en France, alors que le seul texte en la ma­tière, da­tant de 2014, pré­voyait une pos­si­bi­li­té de sur­veillance pour une du­rée de 24 heures seule­ment, en cas de « risque de pas­sage à l’acte sui­ci­daire im­mi­nent ».

Mais dans le cas pré­sent, l’ob­jec­tif de la chan­cel­le­rie n’est plus seule­ment de pro­té­ger le dé­te­nu contre lui-même, mais bien de le main­te­nir vi­vant à tout prix jus­qu’à son pro­cès, dans l’in­té­rêt de l’en­quête ju­di­ciaire et des vic­times. Un ar­rê­té est fi­na­le­ment pris le 9 juin, qui au­to­rise cette vi­déo­pro­tec­tion constante, dé­ci­sion qui fait l’ob­jet du re­cours de­vant le tri­bu­nal.

Hier, à l’au­dience, l’avo­cat de Sa­lah Ab­des­lam, Me Ber­ton, a contes­té la mé­thode : « Si je com­prends l’ob­jec­tif pour­sui­vi, que mon client soit pré­sent vi­vant à son pro­cès, le mi­nistre seul ne pou­vait en dé­ci­der ain­si, tonne-il. Il au­rait fal­lu en pas­ser par une loi, confor­mé­ment aux exi­gences de la con­ven­tion eu­ro­péenne des droits de l’homme. » Sur le fond, avis de spé­cia­listes à l’ap­pui, Me Ber­ton a mis en doute le bien-fon­dé même de cette sur­veillance : « Le seul ré­sul­tat, c’est qu’on va l’iso­ler en­core da­van­tage, le rendre dingue… Même aux Etats-Unis, ça n’existe pas », rap­pe­lant que son client, qu’il a dé­crit à la sor­tie de l’au­dience comme « ob­sé­dé par ces ca­mé­ras », a dé­ci­dé de gar­der le si­lence face aux juges d’ins­truc­tion tant que cette sur­veillance per­du­re­ra. Sa cel­lule est sur­veillée en per­ma­nence par deux ca­mé­ras, dont les images sont vi­sion­nées en di­rect et 24 heures sur 24 par huit sur­veillants spé­cia­le­ment for­més, dans une cel­lule mi­toyenne, per­met­tant ain­si une in­ter­ven­tion en cas d’ur­gence, en quelques se­condes seule­ment. Seul le haut du corps du dé­te­nu est vi­sible par les sur­veillants lors­qu’il se rend aux toi­lettes ou à la douche. La dé­ci­sion, at­ten­due de­main, pour­ra faire l’ob­jet d’un re­cours de­vant le Conseil d’Etat, qui de­vra alors sta­tuer dans les 48 heures de sa sai­sine.

« On va l’iso­ler en­core da­van­tage, le rendre dingue… »

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