Sur un châ­teau per­ché

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Penne (Tarn) De nos en­voyés spé­ciaux TEXTES : ÉRIC BUREAU @ERIC__UREAU PHOTOS : JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

IL NE FAUT JA­MAIS re­non­cer à ses rêves d’en­fant. Axel Le­tel­lier en est une preuve vi­vante. Ga­min pas­sion­né de châ­teaux forts, cet ar­chi­tecte tou­lou­sain de 40 ans ac­com­pa­gnait sou­vent son père, ar­chi­tecte des Bâ­ti­ments de France dans le Tarn-et-Ga­ronne. A 11 ans, il dé­cou­vrit à Penne une for­te­resse dé­fiant les lois de l’ape­san­teur du haut d’un épe­ron ro­cheux de 200 m. « J’en suis tom­bé amou­reux et j’ai dit à mon père : il faut qu’on l’achète. A 14 ans, j’ai fait ma pre­mière pro­po­si­tion d’achat, pas vrai­ment prise au sé­rieux. Je l’ai fi­na­le­ment ache­té en 2007 pour 100 000 €. Après la dis­pa­ri­tion de mon père, je me suis dit : la vie est courte, il faut s’écla­ter. »

La for­te­resse royale de Penne était ou­bliée de­puis 450 ans. Der­nier châ­teau ca­thare à se rendre aux pro­tes­tants en 1251, il a été mi­ra­cu­leu­se­ment sau­vé de la des­truc­tion. Lors­qu’ils n’al­laient pas y pique-ni­quer, les 30 ha­bi­tants du village y ont long­temps pillé ses pierres. Lorsque Axel et So­phie Le­tel­lier l’ont ac­quis, ils ont dû lan­cer d’énormes tra­vaux de sau­ve­tage. « Il a fal­lu quatre ans pour le sé­cu­ri­ser avant de l’ou­vrir au pu­blic. Nous fai­sons 100 000 € par an de tra­vaux, par­ta­gés à moi­tié par le conseil dé­par­te­men­tal et la Drac (NDLR : Di­rec­tion ré­gio­nale des af­faires cultu­relles). »

Deux chan­tiers sont me­nés en pa­ral­lèle : l’un toute l’an­née pour re­ta­per le don­jon et la cha­pelle, l’autre l’été avec l’as­so­cia­tion les Bâ­tis­seurs mé­dié­vaux, ba­sée à Cordes-sur-Ciel, qui uti­lise des tech­niques an­ces­trales pour re­bâ­tir la salle des gardes. « Les pierres ne peuvent être ache­mi­nées que par hé­li­co­ptère, c ’ e s t i mp r e s s i o n n a n t » , t é mo i g n e Thier­ry, un an­cien mo­ni­teur de spé­léo­lo­gie em­bau­ché à l’an­née pour veiller sur le châ­teau. « J’en suis tom­bé moi aus­si amou­reux, dit-il. J’y fais tout, dé­brous­saillage, taille de pierre, fa­bri­ca­tion d’une ta­verne, ani­ma­tions pour en­fants et sur­tout des fouilles. J’ai trou­vé cent pièces de mon­naie du XIe au XXe siècle, une dague, qu’on conserve pour un fu­tur mu­sée. »

« Nous ne ver­rons pas la fin du sau­ve­tage de notre vi­vant, mais ce n’est pas grave, avoue Axel Le­tel­lier. Mon but était juste de per­mettre aux gens de pro­fi­ter comme moi en­fant de ce châ­teau in­croyable, ir­réel. » Qu’il en soit ici re­mer­cié. La dé­cou­verte de la for­te­resse de Penne est une émo­tion rare. Ou­vert jus­qu’au 31 août chaque jour de 10 h 30 à 19 h 30 ; visite 5 € (adultes), 3 € (en­fants de plus de 7 ans) ; ren­sei­gne­ments et ani­ma­tions sur www.cha­teau­de­penne.com.

Les Bâ­tis­seurs mé­dié­vaux, une as­so­cia­tion de pas­sion­nés, par­ti­cipe à la ré­no­va­tion du châ­teau de Penne et tra­vaille se­lon les an­ciennes mé­thodes du Moyen Âge.

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