« La si­tua­tion de la France n’est pas ras­su­rante »

Bo­ris Han­sel,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Propos recueillis par RE­BEC­CA KHANANIE Propos recueillis par C.M.

SI LA FRANCE sem­blait prés e r v é e de l ’ obé­si t é e t du sur­poids, Bo­ris Han­sel ex­plique que notre pays re­joint pe­tit à pe­tit les mau­vais élèves. En quoi cette étude du « Lan­cet » est-elle im­por­tante ? BO­RIS HAN­SEL. La ques­tion de l’ef­fet de l’obé­si­té sur la mor­ta­li­té et les ma­la­dies est dé­bat­tue de­puis des an­nées. Cer­tains ex­perts ont mon­tré qu’elle était as­so­ciée à une baisse de l’es­pé­rance de vie et à une aug­men­ta­tion des ma­la­dies chro­niques, mais un certain nombre d’études, en re­vanche, ont mis en avant ce qu’on a ap­pe­lé le pa­ra­doxe de l’obé­si­té. Elles ont ain­si ex­po­sé que les per­sonnes en sur­poids, et même obèses, n’étaient pas plus à risque — voire que l es per­sonnes en s ur­poids étaient pro­té­gées — no­tam­ment visà-vis de ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires. Avec cette étude, c’est une nouvelle pierre pour le pre­mier clan. Et pour vous, l’obé­si­té ré­duit-elle l’es­pé­rance de vie ? A l’échelle d’une po­pu­la­tion, c’est vrai. Est-ce qu’il faut mettre en place une po­li­tique de pré­ven­tion concer­nant le sur­poids et l’obé­si­té ? Oui. Est-ce qu’il faut alar­mer les per­son- nes en sur­poids ou obèses en leur di­sant : « Vous al­lez mou­rir plus tôt » ? Non. Ce se­rait faux et contraire à une at­ti­tude mé­di­cale rai­son­nable. Des gens en sur­poids sont en par­faite san­té et ne pré­sentent pas de risques. Donc, pas la peine de cher­cher à leur faire perdre du poids. Même pour une per­sonne obèse, le risque est très dé­pen­dant de l’âge, des an­té­cé­dents fa­mi­liaux… Il faut éva­luer ça in­di­vi- duel­le­ment et dé­fi­nir, en fonc­tion, une prise en charge. Il n’y a pas de trai­te­ment de masse à mettre en place, comme pour la vac­ci­na­tion. La France sem­blait pour­tant pré­ser­vée… Nous sommes juste en re­tard. Certes, l a f ré­quence de l ’ obé­si­té et du sur­poids est plus faible en Eu­rope. Mais notre pays conti­nue d’évo­luer dé­fa­vo­ra­ble­ment. Aujourd’hui, 32 % de la po­pu­la­tion est en sur­poids et 15 % des Fran­çais sont obèses (NDLR : contre 8,5 % en 1997). Donc la si­tua­tion de la France n’est pas ras­su­rante vis-à-vis de ce fléau. Et ce­la aug­mente plus ra­pi­de­ment du cô­té des femmes, des en­fants et des ado­les­cents. Certes, il y a la sé­den­ta­ri­té, mais c’est mul­ti­fac­to­riel. L’obé­si­té n’est pas un problème de vo­lon­té mais une ma­la­die qui s’ins­talle in­si­dieu­se­ment, avec un ter­rain gé­né­tique qui la fa­vo­rise. Il y a aus­si d’énormes dis­pa­ri­tés géo­gra­phiques et so­ciales. Quels sont les moyens d’agir ? La me­sure d’éti­que­tage nu­tri­tion­nel des den­rées est une très bonne dé­ci­sion mais il y a d’autres choses à faire. On bloque les cher­cheurs dans leur vo­lon­té de trouver des ou­tils tech­no­lo­giques de sui­vi per­son­na­li­sé du pa­tient. Et il est fon­da­men­tal de rap­pe­ler l’im­por­tance de l’ac­ti­vi­té phy­sique. Aujourd’hui, on se contente de dire : « Pre­nez l’es­ca­lier, pro­me­nez votre chien… » C’est mal tra­duire les re­com­man­da­tions de l’OMS (Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té). On y parle d’ac­ti­vi­tés d’in­ten­si­té mo­dé­rée (marche ou vé­lo, par exemple), en fonc­tion de la ca­pa­ci­té, de l’âge, par tranche de dix mi­nutes, soit 150 mi­nutes par se­maine. Le risque est qu’une per­sonne qui monte ses es­ca­liers trois fois par jour pense que ce­la suf­fise.

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