17 mil­lions d’obèses

SAN­TÉ. D’ici quinze ans à peine, un quart des Fran­çais se­ront at­teints par ce fléau qui, se­lon une étude pu­bliée hier, ré­duit consi­dé­ra­ble­ment l’es­pé­rance de vie.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - CH­RIS­TINE MA­TEUS ET CLAU­DINE PROUST

UN AN DE VIE en moins pour des ki­los en trop ? Ce n’est pas une me­nace en l’air et ce­la n’a rien à voir avec le dik­tat sai­son­nier de la min­ceur pour avoir de l’allure en maillot de bain. Mais c’est le constat d’une vaste étude de l’uni­ver­si­té de Cam­bridge (Royaume-Uni) pu­bliée hier dans la pres­ti­gieuse re­vue mé­di­cale bri­tan­nique « The Lan­cet » : 239 études conduites entre 1970 et 2015 et les don­nées de quelque 3,9 mil­lions de per­sonnes adultes ont été pas­sées au crible pour abou­tir à ce pro­nos­tic peu ras­su­rant. Plus on gagne en poids, plus on perd en es­pé­rance de vie : les gens mo­dé­ré­ment obèses perdent ain­si trois ans de vie en moyenne. Pour une obé­si­té sé­vère, c’est car­ré­ment dix ans, pointent les cher­cheurs. De quoi en­fon­cer le clou des alertes ré­pé­tées de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS), qui si­gnale que le nombre de cas a dou­blé de­puis 1980 et pré­vient des dan­gers d’une épi­dé­mie mon­diale à l’ho­ri­zon 2030.

Se­lon ces mêmes pro­jec­tions, la France ne se­ra pas épar­gnée : 1 Fran­çais sur 4 (soit près de 17 mil­lions d’adultes) pour­rait alors être obèse. Sans comp­ter les en­fants, dont le sur­poids crois­sant alarme dé­jà les mé­de­cins. Souf­france ex­trême et si­tua­tion culpa­bi­li­sante pour ceux qui la vivent, l’obé­si­té ouvre la voie à une ky­rielle de pa­tho­lo­gies (dia­bète, cho­les­té­rol, hy­per­ten­sion, can­cers, apnée du som­meil, pro­blèmes car­diaques… sans parler des dé­gâts psy­cho­lo­giques) et re­pré­sente une vraie me­nace mor­telle de san­té pu­blique.

Pas de mé­di­ca­ment mi­racle à at­tendre

A qui la faute ? A un mode de vie de­ve­nu plus sé­den­taire ; à une ali­men­ta­tion in­dus­tria­li­sée qui ne mé­nage pas sucres et sels ca­chés mais qui se ré­vèle bien com­mode, et sur­tout meilleur mar­ché, pour les fri­gos des foyers les plus dé­fa­vo­ri­sés ; à une in­éga­li­té de pré­dis­po­si­tions gé­né­tiques, aus­si. Les mé­de­cins ne cessent de le rap­pe­ler, l’obé­si­té est une ma­la­die, pas un manque de vo­lon­té in­di­vi­duelle. S’il n’y a pas de mé­di­ca­ment mi­racle à at­tendre, con­trai­re­ment à ceux qui se dé­ve­loppent contre d’autres ma­la­dies ter­ri­fiantes comme les can­cers, les spé­cia­listes ap­pellent les pou­voirs pu­blics à prendre la me­sure de cette épi­dé­mie. En re­dou­blant d’ef­forts pour sou­te­nir la re­cherche, dé­ve­lop­per des ou­tils de pré­ven­tion et d’ac­com­pa­gne­ment de ma­lades de plus en plus nom­breux.

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