Comment en est-on ar­ri­vé là ?

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - C.M. ET C.P.

D’OÙ VIENT cette « épi­dé­mie » d’obé­si­té ? Pour­quoi le sur­poids pro­gresse-t-il de ma­nière aus­si ver­ti­gi­neuse ? Qui sont les per­sonnes les plus tou­chées ? Etat des lieux.

Trop de sé­den­taires. Le doc­teur Laurence Plu­mey, nu­tri­tion­niste et dié­té­ti­cienne, in­siste sur ce point. « S’il y a plus d’obèses aujourd’hui, ce­la ne re­lève pas que de la mal­bouffe mais de l’ab­sence d’ac­ti­vi­té phy­sique. Nous sommes de­ve­nus un peuple de sé­den­taires. Au­tre­fois, les gens man­geaient en­core plus gras, mais ils se dé­pen­saient da­van­tage. Vous pou­vez manger équi­li­bré, mais si vous res­tez vis­sé à votre chaise… » A l’ori­gine de 5,3 mil­lions de dé­cès sur la pla­nète, « la sé­den­ta­ri­té est en train de de­ve­nir la pre­mière cause de dé­cès dans le monde ! » s’alarme la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de car­dio­lo­gie, qui n’a de cesse de rap­pe­ler com­bien il est cru­cial de re­trou­ver le goût… de bou­ger. En fai­sant une ac­ti­vi­té phy­sique ré­gu­lière (30 min par jour), en évi­tant de prendre la voi­ture pour un tra­jet de 200 m, en pre­nant les es­ca­liers…

Des in­éga­li­tés so­ciales. La pau­vre­té ac­croît-elle le risque d’être obèse ? On compte hé­las pl us d’adultes obèses chez les ar­ti­sans, com­mer­çants, agri­cul­teurs, ou­vriers et em­ployés que chez les cadres su- pé­rieurs. Près d’un adulte sur deux (48,4 %) tou­ché par l’obé­si­té vit dans un foyer aux re­ve­nus in­fé­rieurs à 1 200 €. Ils ne sont que 7 % par­mi les re­ve­nus men­suels su­pé­rieurs à 5 300 €. Pour­quoi ? Ta­ba­gisme ma­ter­nel, pe­tit poids de nais­sance et ab­sence d’al­lai­te­ment — fac­teurs fa­vo­ri­sant l’obé­si­té — sont plus fré­quents dans les po­pu­la­tions dé­fa­vo­ri­sées, ex­pliquent les cher­cheurs. Avec peu de moyens, dif­fi­cile aus­si d’ins­crire son en­fant au sport ou d’ache­ter des ali­ments bruts re­com­man­dés pour la san­té (fruits, lé­gumes, pois­son, produits cé­réa­liers com­plets), dé­lais­sés au pro­fit d’ali­ments in­dus­tria­li­sés, plus éco­no­miques (pâtes, chips, bois­sons su­crées, vien­noi­se­ries…) et plus ca­lo­riques. En­fin, c’est un cercle vi­cieux. Avoir un pa­rent obèse est un fac­teur de risque, plus fré­quent pour un en­fant dé­fa­vo­ri­sé, lui-même né de pa­rents dé­fa­vo­ri­sés, plus sou­vent obèses que les autres.

Des ori­gines gé­né­tiques à prendre en compte. On peut être obèse en ayant une bonne hy­giène de vie et pas de trouble du com­por­te­ment ali­men­taire : 70 % de notre prise de poids est en ef­fet liée à nos gènes. Les va­ria­tions de l’en­vi­ron­ne­ment (ali­men­ta­tion, sé­den­ta­ri­té…) sont res­pon­sables des 30 % res­tants. Plus de 200 gènes sont po­ten­tielle- ment im­pli­qués dans cette ma­la­die et dé­ter­minent donc si une per­sonne pren­dra du poids ou non. Cette découverte per­met de pro­po­ser des stra­té­gies per­son­na­li­sées à chaque pa­tient : adap­ter le ré­gime, évo­quer une chi­rur­gie…

Mal­bouffe : un com­bat dif­fi­cile. Le sucre, c’est ad­dic­tif. Des ca­lo­ries vides qui font juste gros­sir et qu’on avale par litres en bu­vant des so­das. Dif­fi­cile de ré­sis­ter à l’ap­pel d’une ca­nette ? En­core plus dif­fi­cile de re­fré­ner l’in­dus­trie ali­men­taire. Té­moin, la bron­ca sou­le­vée lorsque la France a ins­tau­ré une taxe pour i nci­ter à en i ngur­gi­ter moins. « Scan­da­leux » ju­geait le pré­sident de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des in­dus­tries ali­men­taires, tan­dis que Co­ca-Co­la se pro­cla­mait « bouc émis­saire d’ar­gu­ments de san­té pu­blique qui ne tiennent pas la route ». Las. La taxe so­da est en­trée en vi­gueur en 2012. Le 22 juin der­nier, un rap­port par­le­men­taire a pro­po­sé de la faire grim­per de 2,51 à 4,6 cen­times d’eu­ro par ca­nette de 33 cl. La taxe sur l’huile de palme, pré­sente dans nombre de confi­se­ries, gâ­teaux et plats pré­pa­rés, dite taxe Nu­tel­la, a plus de plomb dans l’aile. Le Sé­nat vou­lait l’im­po­ser à 900 €/tonne d’ici à 2020, l’As­sem­blée a ré­duit la voi­lure : ce se­ra 90 € par tonne.

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