« Si mon pays ne réus­sit pas, le coût se­ra dé­vas­ta­teur »

MAGHREB. Khe­maïes Jhi­naoui, chef de la di­plo­ma­tie tu­ni­sienne, ap­pelle la France et l’Eu­rope à épau­ler da­van­tage son pays, frap­pé par des at­ten­tats en 2015 et 2016.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Propos recueillis par AVA DJAMSHIDI

LE MI­NISTRE des Af­faires étran­gères de Tu­ni­sie, qui était mer­cre­di en France, dresse le bi­lan de la tran­si­tion dé­mo­cra­tique de­puis 2011 et en ap­pelle à l’Union eu­ro­péenne. Comment se porte la Tu­ni­sie de­puis la ré­vo­lu­tion de 2011 ? KHE­MAÏES JHI­NAOUI. Bien ! Elle s’ar­rime dans le concert des na­tions dé­mo­cra­tiques. Elle a en­tre­pris les me­sures né­ces­saires pour vivre cette expérience en adop­tant une Consti­tu­tion mo­derne, unique dans cette par­tie du monde, qui donne l’éga­li­té entre les hommes et les femmes. Elle dis­pose d’un gou­ver­ne­ment qui a en­tre­pris des ré­formes ma­jeures en ma­tière éco­no­mique pour rendre le pays plus at­trac­tif au­près des investisseurs. Mais ce­la ne peut pas ca­cher les dé­fis aux­quels nous fai­sons face. Les in­di­ca­teurs éco­no­miques sont en berne… Nous avons quelque 600 000 chô­meurs, dont 250 000 di­plô­més. L’Etat a tout fait, mais re­cru­ter des jeunes dans le ser­vice pu­blic n’est pas toujours une bonne chose. Il faut que le secteur privé en prenne une par­tie en charge. Nous de­vons aus­si in­té­grer les ré­gions in­té­rieures, à l’ori­gi- ne de la ré­vo­lu­tion de 2011. Il y a une im­pa­tience lé­gi­time des Tu­ni­siens. On mo­bi­lise tous nos moyens. Mais on ne peut pas le faire seuls. Vous avez ren­con­tré les au­to­ri­tés fran­çaises, dont Fran­çois Hol­lande, mer­cre­di. Quel mes­sage leur avez-vous adres­sé ? Un mes­sage d’ami­tié pour tout ce que la France, notre pre­mier par­te­naire com­mer­cial, nous a ap­por­té. Mais nous vou­lons dé­ve­lop­per da­van­tage cette re­la­tion. La France a son poids au sein de l’UE et sur l’échi­quier mon­dial. Elle pour­rait être le porte-pa­role de la Tu­ni­sie au­près de nos autres par­te­naires afin de nous ai­der. Le sou­tien de la France est-il à la hau­teur de vos at­tentes ? C’est une ques­tion dé­li­cate ! Nos at­tentes sont plus grandes car nos be­soins sont bien plus i mpor t a n t s . No s amis eu­ro­péens doivent s’en­ga­ger da­van­tage. Sur la sé­cu­ri­té par exemple, en aug­men­tant celle de la Tu­ni­sie, on pro­tège l’Eu­rope, la Mé­di­ter­ra­née, pour ne pas dire le monde en­tier. C’est un in­ves­tis­se­ment ga- gnant-ga­gnant. La réus­site de la tran­si­tion tu­ni­sienne est im­por­tante pour tout le monde. Si, par mal­heur, on ne réus­sit pas, le coût se­ra dé­vas­ta­teur. Pour la pre­mière fois, au sud de la Mé­di­ter­ra­née, un pays se dote d’ins­ti­tu­tions dé­mo­cra­tiques et dit que l’is­lam n’est pas contre la dé­mo­cra­tie. On peut de­ve­nir un mo­dèle si on nous aide. Pour le moment, nous ne sommes qu’une ex­cep­tion. Concrè­te­ment, qu’at­ten­dez-vous de vos par­te­naires ? Nous vou­lons dé­ve­lop­per tous types de co­opé­ra­tions. Nous avons creu­sé un fos­sé sur les 500 km de fron­tières com­munes avec la Li­bye. Ce­la vaut ce que ça vaut. Nous vou­lons dé­ve­lop­per un sys­tème mo­derne de pro­tec­tion élec­tro­nique pour évi­ter toute in­tru­sion sur notre ter­ri­toire. Nos amis amé­ri­cain et al­le­mand se sont en­ga­gés à nous ai­der. Nous avons be­soin d’équi­pe­ments, d’ou­tils, de for­ma­tion et d’une co­opé­ra­tion in­tense en termes d’échanges de ren­sei­gne­ments. Le ter­ro­risme ne concerne pas que la Tu­ni­sie. C’est un phénomène mon­dial contre le­quel nous de­vons tous co­opé­rer.

« Sur la sé­cu­ri­té par exemple, en aug­men­tant celle de la Tu­ni­sie, on pro­tège l’Eu­rope » « On peut de­ve­nir un mo­dèle si on nous aide. Pour le moment, nous ne sommes qu’une ex­cep­tion. »

@AvaD­jam­shi­di

Paris, mer­cre­di. Khe­maïes Jhi­naoui, mi­nistre des Af­faires étran­gères tu­ni­sien : « Nous vou­lons dé­ve­lop­per tous types de co­opé­ra­tions. »

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