Bo­jo, mi­nistre des bourdes étran­gères

GRANDE-BRE­TAGNE. A quand la pre­mière crise di­plo­ma­tique ? La no­mi­na­tion du to­ni­truant Bo­ris John­son au Fo­rei­gn Of­fice tra­casse les chan­cel­le­ries eu­ro­péennes.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Jean-Marc Ay­rault, mi­nistre des Af­faires étran­gères CHARLES SAPIN

« DEAR WORLD… SORRY ( NDLR : « Cher monde… Dé­so­lé »). » C’est par ces quelques mots que le quo­ti­dien « Dai­ly Mir­ror » a sa­lué hier l’in­tro­ni­sa­tion du nou­veau chef de la di­plo­ma­tie bri­tan­nique, Bo­ris John­son. On pen­sait le tru­cu­lent ex­maire de Londres sur la touche après qu’il avait re­non­cé à concou­rir au poste de Pre­mier mi­nistre. Il avait, de fait, pré­fé­ré s’of­frir une par­tie de cri­cket… A la sur­prise gé­né­rale, la nouvelle lo­ca­taire du 10 Dow­ning Street, The­re­sa May, l’a rap­pe­lé mer­cre­di pour oc­cu­per une place de choix dans son équipe gou­ver­ne­men­tale. L’éter­nel ri­val de Da­vid Ca­me­ron a l’avan­tage d’être bien connu des di­ri­geants du monde en­tier. Mais il doit da­van­tage sa re­nom­mée à ses mul­tiples gaffes qu’à la jus­tesse de ses ana­lyses in­ter­na­tio­nales. Car ce conser­va­teur de 52 ans, étran­ger à l’hu­mour Bri­tish, est abon­né aux dé­ra­pages gra­ve­leux à en faire rou­gir la cou­ronne !

En 2006, Bo­jo — son sur­nom — avait ain­si qua­li­fié les ha­bi­tants de la Pa­poua­sieNou­velle-Gui­née de « can­ni­bales », puis com­pa­ré l’an­née sui­vante Hilla­ry Clin­ton à une « in­fir­mière sa­dique d’un hô­pi­tal psy­chia­trique ». Le chef de file des pro-Brexit est al­lé jus­qu’à s’épan­cher dans un poème, en mai, sur les amours du pré­sident turc avec… un bouc.

Si le porte-pa­role du dé­par­te­ment d’Etat amé­ri­cain, Mark To­ner, jure être im­pa­tient de tra­vailler avec le nou­veau pa­tron du Fo­rei­gn Of­fice, ses ho­mo­logues eu­ro­péens sont moins amènes. « Je n’ai pas du tout d’in­quié­tude à l’égard de Bo­ris John­son, mais vous sa­vez bien quel est son style, sa mé­thode. Dans la cam­pagne, il a beau­coup men­ti aux Bri­tan­niques, et main­te­nant c’est lui qui est au pied du mur », a ré­agi Jean-Marc Ay­rault. Le pré­sident du Par­le­ment eu­ro­péen, Mar­tin Schulz, re­doute quant à lui un « cercle vi­cieux dan­ge­reux » pour l’Eu­rope.

Fra­gi­li­sé sur la scène in­ter­na­tio­nale de­puis le vote en fa­veur du Brexit, le Royaume-Uni au­ra be­soin d’un avo­cat de talent pour né­go­cier les mo­da­li­tés de sa sor­tie de l’UE. Or les échanges s’an­noncent mus­clés entre les res­pon­sables eu­ro­péens et l’homme qui com­pa­rait, il y a quelques mois en­core, les vel­léi­tés de Bruxelles de créer « un su­per Etat » à celles… d’Adolf Hit­ler. Bo­ris John­son de­vrait ren­con­trer ses 27 ho­mo­logues eu­ro­péens lors d’une réunion lun­di. L’am­biance s’an­nonce ébou­rif­fante.

« Dans la cam­pagne, Bo­ris John­son a beau­coup men­ti aux Bri­tan­niques »

@csa­pin

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