Les eu­ro­dé­pu­tés dans la « jungle »

RÉ­FU­GIÉS. Une dé­lé­ga­tion d’élus eu­ro­péens ont vi­si­té les camps de Ca­lais et de Grande-Synthe afin d’éta­blir des pro­po­si­tions pour l’ac­cueil des mi­grants.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Ca­lais (Pas-de-Ca­lais) Grande-Synthe (Nord) De notre en­voyée spé­ciale La por­tu­gaise Ana Gomes, qui di­rige la dé­lé­ga­tion ZAH­RA BOUTLELIS

LES EU­RO­DÉ­PU­TÉS ont vi­si­té « le pe­tit bois ». On ne dit pas la « jungle », se­lon Sté­phane Du­val, le di­rec­teur du camp Jules-Fer­ry de Ca­lais qui aime rap­pe­ler à ses vi­si­teurs qu’en réa­li­té ce mot a été in­ven­té par les Af­ghans pour dé­si­gner le camp à son dé­but.

Mer­cre­di, huit par­le­men­taires fran­çais, por­tu­gais, slo­vaque, ita­lien, tchèque et néer­lan­dais de la com­mis­sion Libe* écoutent at­ten­ti­ve­ment leur guide mu­ni d’un mi­cro. Une vi­site gui­dée d’élus ve­nus pour pré­pa­rer l’après-camp, c’est-àdire le vé­ri­table ac­cueil des ré­fu­giés dans les pays eu­ro­péens avec la fu­ture po­li­tique des quo­tas par pays, et ali­men­ter le tra­vail lé­gis­la­tif des ins­ti­tu­tions. Ils sont dé­jà al­lés en Tur­quie et en Grèce, c’est main­te­nant le tour de la France, où ils ex­plorent en une jour­née les camps de Ca­lais et de Grande-Synthe.

Dif­fi­cile de faire plus dif­fé­rents que ces deux lieux : le pre­mier aligne, au­tour du camp Jules-Fer­ry, un ma­quis de tentes et de conte­neurs le long de che­mins boueux. Le se­cond, à 38 km de là, a des al­lures de mi­ni-vil­lage, avec ses 350 ca­ba­nons de bois ran­gés le long d’al­lées de gra­villons. « Gran­deSynthe est un exemple », lâche la por­tu­gaise Ana Gomes, qui di­rige la dé­lé­ga­tion. Ici, 800 mi­grants, p r i n c i p a l e ment kurdes, ont trou­vé re­fuge de­puis mars 2015. Cui­sines col­lec­tives et salles de cours pour ap­prendre le fran­çais sont mises à leur dis­po­si­tion, les condi­tions d’hy­giène y sont cor­rectes et, à l’ho­ri­zon, au­cune pré­sence po­li­cière. « On ne fait au­cun contrôle d’iden­ti­té à l’en­trée du camp et on n’a pas be­soin de forces de l’ordre, tout se passe très bien », sou­ligne le maire de la ville Da­mien Ca­rême. To­mas Zde­chovs- ky, élu tchèque, écoute, scep­tique : « Il n’y a au­cun en­re­gis­tre­ment des mi­grants ? C’est dan­ge­reux », no­tet-il, évo­quant l’idée d’un en­re­gis­tre­ment sys­té­ma­tique des em­preintes di­gi­tales. De même, il est fa­vo­rable à un « tri » au cas par cas entre les mi­grants dits éco­no­miques et les ré­fu­giés fuyant la guerre. Mais comment opé­rer cette dis­tinc­tion se­lon lui ? « Faire des en­quêtes pour connaître le pas­sé des étran­gers. »

« Il ne sert à rien d’éri­ger des bar­rières, de plus en plus de ré­fu­giés vont ar­ri­ver, sa­chons les ac­cueillir », ré­torque l’Ita­lienne Cé­cile Kyenge, e x - mi­nist r e de l ’ I mmi­gra­tion, au­teur d’un rap­port sur le droit d’asile. L’élue, ar­ri­vée clan­des­ti­ne­ment du Con­go en Ita­lie à 19 ans pour faire des études d’oph­tal­mo­lo­gie, n’en est plus re­par­tie et s’est lan­cée en po­li­tique. Ac­cos­tée pen­dant la vi­site de Ca­lais par une Sou­da­naise sou­hai­tant re­joindre son mari qui vient d’ob­te­nir un droit de sé­jour en Grèce, Cé­cile Kyenge prend un moment pour lui don­ner des conseils.

Non loin, Ana Gomes s’adresse à un groupe de femmes : « Vous êtes ve­nues d’Ery­thrée, ils ne peuvent pas vous ren­voyer chez vous ! » mar­tèle-t-elle. Toute la jour­née, l’eu­ro­dé­pu­tée ré­pé­te­ra à ceux qui lui fai­saient part de leur peur d’être ex­pul­sés s’ils en­ta­maient des dé­marches, que les Ery­thréens, les Ira- kiens et les Sy­riens ne pou­vaient être ren­voyés chez eux. Mais dé­jà s’im­pose l’idée que les camps, même les plus ac­cueillants, ne peuvent être que tran­si­toires. « Il fau­drait re­ce­voir les ré­fu­giés di­rec­te­ment dans les villes. Celles-ci doivent être plus flexibles et ap­prendre à re­pen­ser leurs construc­tions », conclut Cé­cile Kyenge. Mo­ha­med, Sou­da­nais de 24 ans ayant fui le Dar­four, s’in­quiète face à la si­tua­tion de cer­tains, ici de­puis plus d’un an : « Ce­la fait deux se­maines que je suis là, je ne sais pas où al­ler mais je ne vais pas res­ter blo­qué là ! »

« Grande-Synthe est un exemple »

* Com­mis­sion des li­ber­tés ci­viles, de la jus­tice et des af­faires in­té­rieures du Par­le­ment de Stras­bourg

Grande-Synthe, mer­cre­di. Da­mien Ca­rême, le maire, montre à la dé­lé­ga­tion de dé­pu­tés eu­ro­péens les ca­ba­nons de bois et les ins­tal­la­tions du camp qu’il a fait amé­na­ger pour les mi­grants.

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