Au poil, ces ton­deurs de mou­tons

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Mar­tel (Lot) De nos en­voyés spé­ciaux TEXTES : ÉRIC BU­REAU PHO­TOS ET VI­DÉOS : JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

PAS DE 14 JUILLET SANS FESTOYER. Mais à la Fête na­tio­nale, hier, on a pré­fé­ré la Fête des ton­dailles. On n’est pas mou­tons ! Quoique… Notre cam­ping-car a fait un dé­tour par Mar­tel, près de Sar­lat, pour un concours de tonte de mou­tons. Ce n’est pas tous les jours qu’on as­siste à une com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale dou­blée d’une manche du Cham­pion­nat de France. Sur une place bor­dée de pla­tanes, les bou­listes ont cé­dé la place à une soixan­taine de cham­pions — dont une di­zaine de ton­deuses — fran­çais, néo-zélandais, ita­lien et es­pa­gnol, et 350 bre­bis du Quer­cy.

Sur scène, chaque manche met aux prises quatre ton­deurs, ju­gés à 40 % sur leur ra­pi­di­té et à 60 % sur la qua­li­té de la coupe. « Et ça en­voie le bois », pro­met le spea­ker à un pu­blic four­ni. En fi­nale, le plus ra­pide, Thi­mo­léon Res­neau, de l’Aude, tond 21 bre­bis en 13 mi­nutes 47. « Vous avez de la chance, nous lance le com­men­ta­teur. En dix ans d’ani­ma­tion, je n’avais ja­mais vu ça ! » Avant d’être un sport, la tonte est un mé­tier. « Il faut tondre les mou­tons une fois par an, ex­plique Ch­ris­tophe Rif­faud, pro­fes­sion­nel du Do­rat (Haute-Vienne) et cham­pion de France 2013. C’est pour leur bien-être. Si­non, ils meurent. Il y a trois mé­thodes : l’une aux ci­seaux, tra­di­tion­nelle ; et deux à la ton­deuse élec­trique. La plus ef­fi­cace et res­pec­tueuse de l’ani­mal se fait avec une main et en en­le­vant la toi­son en un seul mor­ceau. »

Des com­pé­ti­teurs très jeunes

« Le mé­tier s’est pro­fes­sion­na­li­sé, pré­cise Alain Ar­cou­tel, ex-ton­deur et éle­veur à Ro­ca­ma­dour. Il peut rap­por­ter 200 € par jour. On tond au prin­temps et en été mais, si on est prêt à par­tir à l’étran­ger, on peut tra­vailler toute l’an­née. » La jeu­nesse des spé­cia­listes sur­prend. L’or­ga­ni­sa­teur du concours et cham­pion de France en titre, Loïc Ley­go­nie, a seule­ment 24 ans. « Je suis né de­dans, sou­rit cet en­fant de Mar­tel. Comme mon père, je suis ton­deur pro­fes­sion­nel, al­lant de ferme en ferme. » « C’est lo­gique qu’il y ait des jeunes, car c’est un mé­tier très phy­sique, qu’on a du mal à faire à fond après 40 ans, té­moigne Pierre Fou­ché, éle­veur ovin dans le Quer­cy. Mais c’est très ré­con­for­tant de voir ap­pa­raître cette nouvelle gé­né­ra­tion. La pré­cé­dente a eu l’in­tel­li­gence de for­mer ses en­fants. »

La nouvelle gé­né­ra­tion, elle, veut ri­va­li­ser avec la Nouvelle-Zé­lande, l’Aus­tra­lie, le pays de Galles ou l’Ecosse. « Nous vou­lons or­ga­ni­ser les Cham­pion­nats du monde en 2019 au Do­rat, an­nonce Ch­ris­tophe Rif­faud. De­puis qua­rante ans, ils n’ont ja­mais eu lieu en France. Nous avons nos chances. » L’es­poir fait vivre, les ri­pailles aus­si. Comme chez As­té­rix, la jour­née a fi­ni hier soir par un ban­quet. Après avoir taillé les bre­bis, on a taillé le bout de gras. @Eric_Bu­reau

Mar­tel (Lot), hier. La Fête des ton­dailles a ras­sem­blé des ton­deurs pro­fes­sion­nels dont cer­tains ve­naient des an­ti­podes.

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