S’il vous plaît, un peu de dé­cence

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Un proche de Fran­çois Hol­lande OLI­VIER BEAU­MONT (AVEC N.SC. ET P.TH.)

UN PAYS BOULEVERSÉ, des fa­milles en­deuillées et une classe politique… dé­jà di­vi­sée. Hier ma­tin, quelques heures seule­ment après le dr a me, l e s c o r ps de s v i c t i mes n’étaient pas tous évacués de la pro­me­nade des An­glais que la droite et le FN bri­saient dé­jà l’uni­té na­tio­nale. Entre op­por­tu­nisme et im­pu­dence, ils ont en­chaî­né les prises de pa­role en cas­cade pour dé­non­cer « l’im­puis­sance » de l’exé­cu­tif, se­lon le mot du dé­pu­té LR Georges Fe­nech, pré­sident de la com­mis­sion d’en­quête sur les at­ten­tats de 2015. Et ce alors que les condi­tions pré­cises de l’at­taque, le pro­fil de l’as­saillant et ses mo­ti­va­tions n’étaient pas dé­ter­mi­nés. « Com­bien de po­li­ciers na­tio­naux étaient en poste pour pro­té­ger cet évé­ne­ment (NDLR : le feu d’ar­ti­fice), là où nous ré­cla­mons des ren­forts de­puis des mois ? » s’est ra­pi­de­ment em­por­té Ch­ris­tian Es­tro­si, ex­maire de Nice, sur le ton de la polémique.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’op­po­si­tion s’est li­vrée à un fes­ti­val de sur­en­chère, en un temps re­cord ! Ain­si d’Hen­ri Guai­no qui a re­gret­té que les mi­li­taires à Nice n’aient pas eu… de lance-ro­quettes, de Fré­dé­ric Le­febvre qui a de­man­dé l’état de siège, à Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan qui a ré­cla­mé l’ex­pul­sion sys­té­ma­tique des étran­gers condam­nés, au terme de leur peine.

Flo­rian Phi­lip­pot, nu­mé­ro deux du FN, a pour sa part re­mis sur la table la ques­tion de l’ex­pul­sion sys­té­ma­tique des bi­na­tio­naux fi­chés S, alors même que l’au­teur de l’at­taque, Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, est de na­tio­na­li­té tu­ni­sienne et n’était pas connu des ser­vices de ren­sei­gne­ment ! « Mais tout le monde sait que Nice est une pou­drière is­la­miste », at­taque la dé­pu­tée FN Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen. Se­lon les en­quê­teurs, rien n’at­teste pour­tant à ce stade que l’in­di­vi­du était ra­di­ca­li­sé. « L’is­lam ra­di­cal exige des me­sures ra­di­cales, comme la fer­me­ture des fron­tières, un chan­ge­ment pro­fond de notre politique car­cé­rale et, bien sûr, la re­mise en cause du droit du sol », en­fonce-t-elle.

« On a le sen­ti­ment d’avoir af­faire à des vau­tours », ré­pugne le dé­pu­té so­cia­liste Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta (lire notre in­ter­view en page 14). « La droite est sans ver­gogne. Tous les coups sont per­mis, quelles que soient les cir­cons­tances », ren­ché­rit son col­lègue PS Phi­lippe Dou­cet. Même Alain Jup­pé, d’or­di­naire me­su­ré en pa­reilles cir­cons­tances, n’y est pas al­lé avec le dos de la cuillère, dé­cla­rant dès po­tron-mi­net, sur RTL, que « si tous les moyens avaient été pris », l’at­ten­tat de Nice « n’au­rait pas eu lieu ».

« C’est à vo­mir… » s’étrangle un proche de Fran­çois Hol­lande. « Une faute de quart ma­gis­trale ! » re­prend l’en­tou­rage de Bru­no Le Maire, qui sus­pecte Jup­pé de s’être lan­cé dans une course à l’écha­lote sé­cu­ri­taire pour ne pas lais­ser le ter­rain libre à son prin­ci­pal concur­rent à la pri­maire de la droite, Ni­co­las Sar­ko­zy.

Le pa­tron des Ré­pu­bli­cains est pour­tant res­té dis­cret hier, même s’il a in­ter­rom­pu ses va­cances en Corse pour par­ti­ci­per à la cé­ré­mo­nie re­li­gieuse en hommage aux vic­times à la ca­thé­drale de Nice. « On ne peut pas tous les six mois ve­nir pour pleu­rer les vic­times », a néan­moins lâ­ché l’an­cien pré­sident, le ton grave, en sor­tant de l’of­fice. « A un mo­ment, il va fal­loir dire les choses. Non pas pour les dire, mais pour les faire », a-t-il en­chaî­né, don­nant le ton de sa fu­ture cam­pagne. Un peu plus tôt, Fran­çois Hol­lande avait an­ti­ci­pé la cri­tique, érein­tant les ef­fec­tifs po­li­ciers « hé­las dé­gra­dés » par son pré­dé­ces­seur, sans le ci­ter…

« C’est à vo­mir »

@oli­vier­beau­mont

Ch­ris­tian Es­tro­si (LR), Hen­ri Guai­no (LR), Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan (De­bout la France), Flo­rian Phi­lip­pot (FN), Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen (FN) et Alain Jup­pé (LR) ont bri­sé l’uni­té na­tio­nale dès les pre­mières heures qui ont sui­vi le drame.

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