AT­TEN­TAT.

Le mas­sacre per­pé­tré à Nice par le ter­ro­riste au ca­mion a re­pous­sé les li­mites de l’abo­mi­na­tion. On dé­plore au moins 84 morts dont de nom­breux en­fants.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - THI­BAULT RAISSE

UN JOUR DE FÊTE de­ve­nu jour de deuil. Alors que les der­niers éclats des feux d’ar­ti­fice ré­son­naient en­core dans le ciel ni­çois jeu­di soir, Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel fon­çait sur la pro­me­nade des An­glais, pié­to­ni­sée au vo­lant d’un ca­mion à re­morque de 19 t. Deux ki­lo­mètres d’un car­nage aveugle qui a tué au moins 84 in­no­cents, dont 10 en­fants et ado­les­cents, et en bles­sait 202 autres, dont 52 étaient en­core hos­pi­ta­li­sés en ur­gence ab­so­lue hier après-mi­di. Le 14 juillet 2016 s’ajoute aux 7, 8, 9 jan­vier, et 13 no­vembre 2015 dans l’épou­van­table liste des at­ten­tats de masse qui ont frap­pé la France du XXIe siècle, dont il consti­tue le pre­mier per­pé­tré hors de la ca­pi­tale.

Car si les zones d’ombre res­tent nom­breuses, le ca­rac­tère ter­ro­riste du mas­sacre com­mis par ce Tu­ni­sien de 31 ans, abattu par la po­lice dans sa ca­bine, ne fait pas de doute. Nul be­soin de mo­bile, ni de re­ven­di- ca­tion, qu’elle soit is­la­miste ou non : seul le mode opé­ra­toire créa­teur de ter­reur im­porte aux yeux de la loi. Or, du ter­ro­risme, ce chauf­feur-li­vreur au ca­sier ju­di­ciaire mince en in­carne la ver­sion la plus dan­ge­reuse, car la plus im­pré­vi­sible : in­vi­sible sur les ra­dars, tuant à l’aide d’une arme lé­gale.

Comme dans un mau­vais film trop re­dif­fu­sé, hom­mages et cé­lé­bra­tions ont ac­com­pa­gné toute la jour­née d’hier l’émo­tion res­sen­tie par tout un pays et au-de­là. « Tra­gique et ef­froyable », pour Ba­rack Oba­ma. « Nous sommes dans la peine, dans l’hor­reur et en même temps dans la fier­té de voir ce que sont ca­pables de faire nos forces de sé­cu­ri­té », a sou­li­gné Fran­çois Hol­lande, qui a dé­ci­dé de pro­lon­ger l’état d’ur­gence pour trois mois sup­plé­men­taires. La reine d’Angleterre s’est dite « cho­quée et at­tris­tée », tan­dis qu’une mi­nute de si­lence sui­vie d’une « Mar­seillaise » re­ten­tis­sait dans le centre de la ca­pi­tale al­le­mande.

Le temps du re­cueille­ment

Sur Twit­ter, le mot clé, « At­ten­tat Nice », était peu à peu rem­pla­cé hier soir par « L’Amour Plus Fort Que La Haine » au fir­ma­ment du ré­seau so­cial. Une in­can­ta­tion aux al­lures de thé­ra­pie col­lec­tive qui n’ef­fa­ce­ra pas d’un trait ce nou­veau trau­ma­tisme. L’en­quête s’at­telle dès main­te­nant à mieux com­prendre les cir­cons­tances de la tra­gé­die et le pro­fil de son au­teur, mais elle n’au­ra pas non plus à elle seule le pou­voir de pan­ser les plaies. Le temps des ques­tion­ne­ments, des po­lé­miques et des ré­ponses po­li­tiques à ap­por­ter a dé­jà com­men­cé. Mais pour le mo­ment, c’est le temps du re­cueille­ment qui pré­vaut. Et peut-être aus­si, dé­jà, du sur­saut. « Ils ne vo­le­ront pas notre fête na­tio­nale », lan­çait hier, bravache, un Ni­çois té­moin du drame. Et re­voi­là l’es­prit fran­çais. Ce­lui du 14 Juillet.

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