A l’hô­pi­tal des en­fants, le plus jeune bles­sé n’a que 6 mois

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De nos en­voyés spé­ciaux Lae­ti­tia, 30 ans, en va­cances avec son fils de 8 ans et son com­pa­gnon CHRISTEL BRIGAUDEAU

C’EST UN COUPLE de tren­te­naires, grands, so­lides. Mais leurs jambes semblent à peine les por­ter quand ils des­cendent les marches de l’hô­pi­tal des en­fants Len­val. L’ex­pres­sion de leurs vi­sages tor­dus de dou­leur, leurs pleurs figent un ins­tant la rue de la Ca­li­for­nie et le par­vis de cet éta­blis­se­ment pé­dia­trique im­po­sant, le troi­sième plus grand de France, de­ve­nu jeu­di soir l’un des épi­centres des se­cours après l’at­taque sur la pro­me­nade des An­glais. Les pous­settes et les trot­ti­nettes aban­don­nées tôt le ma­tin près de la plage en té­moignent : le spec­tacle et le feu d’ar­ti­fice étaient aus­si, d’abord, une fête pour les en­fants.

A Len­val ont été ad­mis 30 pe­tits bles­sés, âgés de… 6 mois à 18 ans. Deux sont dé­cé­dés peu après leur ar­ri­vée, jeu­di. Hier en fin d’après-mi­di, 15 étaient tou­jours hos­pi­ta­li­sés, dont 5 en ré­ani­ma­tion, dans un état grave. Par­mi eux, un en­fant âgé d’une di­zaine d’an­nées en­vi­ron, qui n’avait pas en­core pu être iden­ti­fié.

« Les en­fants souffrent de frac­tures, de trau­ma­tismes liés à l’écra­se­ment, ex­plique-t-on au centre hos­pi­ta­lier. Une cel­lule psy­cho­lo­gique ac­cueille les proches, no­tam­ment les frères et soeurs des vic­times, et le bloc a tour­né toute la nuit. Soixante soi­gnants ont été rap­pe­lés en ur­gence. » Par­mi eux, Fré­dé­ric Sol­la, chi­rur­gien or­tho­pé­dique, a « cou­ru comme ja­mais » de­puis sa voi­ture jus­qu’à son lieu de tra­vail, après avoir re­çu par SMS l’alerte « plan Blanc » (dis­po­si­tif de mise en alerte des hô­pi­taux et des ser­vices d’ur­gence et de santé pu­blique) à 23 heures jeu­di. Un ma­ra­thon « sans mé­daille à la fin, juste pour le bien com­mun », ex­plique-t-il en sor­tant en­fin de l’hô­pi­tal, dix-sept heures après son ar­ri­vée. « Les en­fants ne souf­fraient pas for­cé­ment de bles­sures très sé­vères, mais l’émo­tion était in­tense, et le nombre de vic­times in­ha­bi­tuel », ré­sume-t-il.

Par­mi elles fi­gu­rait Kim­ber­ley, 16 ans, frêle jeune fille sur ses bé­quilles, de longs che­veux châ­tains en­ca­drant son vi­sage lar­moyant. Elle était sur la tra­jec­toire du ca­mion blanc. Phy­si­que­ment, elle a été bles­sée à la jambe gauche — fê­lure du mé­nisque. « Elle s’est fait pié­ti­ner dans le mou­ve­ment de foule », ex­plique son beau-père, Fré­dé­ric. « Mais elle est sur­tout, psy­cho­lo­gi­que­ment, com­plè­te­ment trau­ma­ti­sée, re­prend sa ma­man, Ed­wige, le­vant vers le ciel un re­gard bleu em­preint d’une im­mense fa­tigue. Elle hurle dès qu’elle aper­çoit la cou­leur rouge, elle a très peur de sor­tir de l’hô­pi­tal. Il fau­dra la suivre long­temps, elle était au mi­lieu de tout. »

« On a tous tout vu, la nuit a été dure, sur­tout pour le petit, il en a vo­mi »

La jeune fille, ve­nue avec sa meilleure amie faire la fête sur la pro­me­nade, a ap­pe­lé sa mère, pa­ni­quée, peu après l’at­taque. « Elle m’a dit, il y a du sang par­tout, des têtes cou­pées, des bras cou­pés, viens », ra­conte Ed­wige. Elle a im­mé­dia­te­ment conduit sa fille aux ur­gences de Len­val, croi­sant le che­min de di­zaines d’autres pa­rents qui, dans la nuit, cher­chaient par­tout leurs en­fants, per­dus dans la co­hue qui a sui­vi l’at­ten­tat.

Lae­ti­tia, une va­can­cière de 30 ans ar­ri­vée de Boege, en Haute-Sa­voie, avec son com­pa­gnon, son fils de 8 ans, Ty­ron, et ses beaux-pa­rents, se fé­li­cite en­core que « tout le monde soit res­té à peu près grou­pé », pen­dant la pa­nique gé­né­rale qui a sui­vi le pas­sage du ca­mion meur­trier. « On a tous tout vu, la nuit a été dure, sur­tout pour le petit, il en a vo­mi », ra­conte la fa­mille. « Mais on va res­ter jus­qu’à la fin de nos va­cances, sa­me­di pro­chain, pour lui mon­trer que la vie conti­nue, et qu’il faut en pro­fi­ter. C’est d’ailleurs ce que lui ont ex­pli­qué les psy­cho­logues pour en­fants, ici à l’hô­pi­tal », rap­porte Lae­ti­tia. Ty­ron, sous sa cas­quette du PSG, ne dit mot. Que veut-il faire main­te­nant ? « Du vé­lo, pour al­ler à l’hô­pi­tal », af­firme-t-il. Lae­ti­ta com­mente : « Il veut que nous aus­si, les adultes, on voie un psy­cho­logue. On va le faire. »

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