Trois gé­né­ra­tions de Lor­rains fau­chés

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Her­se­range (Meurthe-et-Mo­selle) Gé­rard Di­de­lot, maire d’Her­se­range KE­VIN GRETHEN

LE SITE IN­TER­NET de la ville d’Her­se­range est bar­ré de­puis hier par un large ban­deau noir. En lettres blanches, les pré­noms de Ch­ris­tiane, Vé­ro­nique, Fran­çois et Mi­chaël, morts jeu­di soir sous les roues du ca­mion de Nice, s’af­fichent. « Hommage à nos amis… » est-il so­bre­ment écrit. C’est une fa­mille en­tière, sur trois gé­né­ra­tions, qui a été fau­chée, et qu’Her­se­range pleure dé­sor­mais.

« Dans une ville de 4 400 ha­bi­tants, on se connaît tous. La perte de ces per­sonnes est un im­mense choc pour tout le monde ici. Ils étaient très connus, ce­la ajoute sans doute à la tris­tesse gé­né­rale », éclaire le maire de cette com­mune si­tuée dans le PaysHaut meurthe-et­mo­sel­lan, Gé­rard Di­de­lot.

Fran­çois Lo­ca­tel­li, 82 ans, et son épouse Ch­ris­tiane, 78 ans, étaient ins­tal­lés ici de­puis plu­sieurs dé­cen­nies. « Ils étaient an­crés dans le pay­sage », dé­peint un proche. L’oc­to­gé­naire avait été ar­ti­san dans le sa­ni­taire et le ther­mique. Sa femme l’épau­lait au sein de leur pe­tite en­tre­prise.

Après un se­cond ma­riage cé­lé­bré en mai­rie d’Her­se­range, leur fille Vé­ro­nique Lion, 55 ans, avait sui­vi son nou­veau com­pa­gnon, ori­gi­naire du Sud, à Car­cas­sonne. La fa­mille s’était re­trou­vée pour pas­ser quelques jours de va­cances à Nice. Le fils de Vé­ro­nique, Mi­chaël Pel­le­gri­ni, les avait re­joints. Agé de 28 ans, il en­sei­gnait les sciences éco­no­miques au ly­cée pri­vé Notre-Dame-des-Ré­col­lets, à Longwy. « Je l’ai vu gran­dir. Il était res­té proche des siens et avait te­nu à re­ve­nir ici à l’is­sue de ses études », ra­conte le maire de la com­mune. A ses col­lègues, le jeune homme avait an­non­cé, lors du pot de fin d’an­née, qu’il al­lait re­trou­ver sa mère dans le Sud. « Il s’en fai­sait une joie », re­late le di­rec­teur de l’éta­blis­se­ment dans la presse lo­cale.

« Nous sommes tous conster­nés par ce qui est ar­ri­vé à ces gens. Ils fai­saient par­tie des nôtres. Le père de Mi­chaël s’est re­trou­vé au conseil mu­ni­ci­pal avec moi. Vrai­ment, ils étaient hy­per­in­ves­tis dans le monde as­so­cia­tif et politique », pour­suit Gé­rard Di­de­lot, qui en­vi­sage de leur rendre un hommage. « Mais ça se­ra en ac­cord avec les autres membres de la fa­mille. On ver­ra. » Sans at­tendre, la triste nou­velle ayant ra­pi­de­ment fait le tour des ré­seaux so­ciaux, quelque 300 per­sonnes se sont dé­jà spon­ta­né­ment re­cueillies hier soir, place Darche dans le centre de Longwy, où tra­vaillait le jeune pro­fes­seur.

« Mi­chaël, Vé­ro­nique, Ch­ris­tiane et Fran­cis, ils pre­naient du bon temps […] pen­dant cette fête qui nous rend fiers de notre pays. Mais la fo­lie et la bê­tise hu­maine ont mis fin à ce mo­ment de convi­via­li­té », a lan­cé Pier­rick Bour­geois, un des ini­tia­teurs du ras­sem­ble­ment, avant d’in­vi­ter à une mi­nute de si­lence.

Les par­ti­ci­pants ont dé­po­sé des roses blanches et al­lu­mé des bou­gies de­vant l’hô­tel de ville. Cer­tains ont lu des poèmes. « Je n’ai pas de mots », ra­conte, ému, Ch­ris­tophe Fra­ti­ni, pro­vi­seur de l’en­semble sco­laire des Ré­col­lets. « On perd un col­lègue, je perds un ami. Ce n’est pas un manque, c’est un trou béant que l’on n’ar­ri­ve­ra pas à re­bou­cher de si­tôt », a-t-il confié tan­dis qu’une élève en larmes du ly­cée se sou­vient d’un pro­fes­seur « tou­jours sou­riant ». A Her­se­range, le maire avait vu Fran­çois Lo­ca­tel­li il y a une quin­zaine de jours pour la der­nière fois, lors d’un en­ter­re­ment. « Lorsque je lui ai de­man­dé comment il al­lait, Fran­çois m’avait dit que tant qu’on est là, ça va. Ces mots me sont re­ve­nus après Nice. Et ils ré­sonnent en moi de f açon t r ès par­ti­cu­lière au­jourd’hui… »

« Nous sommes tous conster­nés par ce qui est ar­ri­vé à ces gens. Ils fai­saient par­tie des nôtres »

Longwy (Meurthe-et-Mo­selle), hier. 300 per­sonnes se sont spon­ta­né­ment re­cueillies dans le centre de Longwy, où tra­vaillait Mi­chaël Pel­le­gri­ni, jeune pro­fes­seur de sciences éco­no­miques au ly­cée Notre-Dame-des-Ré­col­lets.

Mi­chaël Pel­le­gri­ni, 28 ans (ci-des­sus), sa mère Vé­ro­nique Lion, 55 ans (ci-des­sous) et ses grands-pa­rents Fran­çois et Ch­ris­tiane Lo­ca­tel­li (82 ans et 78 ans), tous ori­gi­naires d’Her­se­range, ont été tués jeu­di soir à Nice.

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