Tou­fik, mi­ra­cu­lé mais pas in­demne

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) de l’un de nos en­voyés spé­ciaux Tou­fik,56 ans, ori­gi­naire de Lyon LOUISE COLCOMBET

AVEC SES DEUX GROS ban­dages aux ge­noux, Tou­fik boi­tille, marche dou­lou­reu­se­ment. Cet homme de 56 ans ori­gi­naire de Lyon sait pour­tant qu’il est un mi­ra­cu­lé. Jeu­di soir, il se trou­vait avec son frère sur la pro­me­nade des An­glais, un mo­ment de détente avant le ma­riage de la fille de ce der­nier, pré­vu ce week-end. Et puis est ar­ri­vé le ca­mion fou.

Tou­fik ne sait pas en­core exac­te­ment le mal dont il souffre — les mé­de­cins lui ont pres­crit des exa­mens com­plé­men­taires —, mais il a la dou­lou­reuse conscience d’avoir eu la vie sauve grâce à d’autres vic­times. « Ce sont les gens à cô­té de moi, parce qu’ils ont été hap­pés par le ca­mion, qui ont créé une sorte de souffle et m’ont éjec­té sur le cô­té, juste as­sez pour ne pas fi­nir moi aus­si sous ses roues. Si­non, je ne se­rais pas là… » ana­lyse Tou­fik.

Son frère, qui a six côtes cas­sées et le vi­sage brû­lé par l’abra­sion du bi­tume, doit aus­si son sa­lut à ces per­sonnes qui sont mortes juste à cô­té, le re­pous­sant de quelques cen­ti­mètres sal­va­teurs. Mais pour Tou­fik, dif­fi­cile de se ré­jouir de son propre sort dans de telles cir­cons­tances. « Je me dis : Pour­quoi moi e t pas les autres ? Pour­quoi eux sont morts ? » s’in­ter­roge-t-il, se­couant l a t ê t e . C o mme t a n t d’autres, Tou­fik sait dé­jà que ses sé­quelles ne se­ront pas phy­siques, mais psy­cho­lo­giques. « J’ai vu des hor­reurs, des bles­sures de guerre, des gens qui avaient les jambes re­tour­nées, des mor­ceaux de cer­velle par terre… J’ai vu une dame té­ta­ni­sée, avec son petit gar- çon de 4 ou 5 ans qui avait du sang qui sor­tait de la bouche… Les images me re­viennent en tête, de plus en plus. Il va fal­loir que je consulte, car je ne pour­rai pas vivre avec ça », avoue-t-il avec hu­mi­li­té.

Der­rière lui, une jeune fille au vi­sage tu­mé­fié sort de l’hô­pi­tal, po­sant dou­ce­ment un pied de­vant l’autre, en­ca­drée de deux amis pour la sou­te­nir. Une autre mi­ra­cu­lée. « Je vou­drais juste me re­po­ser… » souffle-t-elle, vi­si­ble­ment épui­sée. Jé­rôme, 34 ans, a lui aus­si une pen­sée pour les per­sonnes qui n’ont pas eu la chance de son père. Ce der­nier, âgé de 61 ans, était al­lé en so­lo au feu d’ar­ti­fice, sans pré­ve­nir per­sonne.

« Il ne ré­pon­dait pas au té­lé­phone, mais ça lui ar­rive… Et puis, il a fi­ni par dé­cro­cher et m’an­non­cer qu’il était à l’hô­pi­tal, les deux jambes dans le plâtre », pour­suit Jé­rôme. En réa­li­té, un scan­ner a ré­vé­lé que l’homme n’avait au­cune frac­ture, mais un « syn­drome de l’écra­se­ment » — un ef­fet tran­si­toire — ain­si que des brû­lures au vi­sage et un choc à la tête. « Il a été heur­té par le ca­mion, dé­taille son fils, mais, par mi­racle, il est pas­sé entre les roues… On a eu une chance in­ouïe », re­con­naît-il.

« Il va fal­loir que je consulte, car je ne pour­rai pas vivre avec ça »

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