Un tueur at­ti­ré par les si­rènes ma­lé­fiques de Daech ?

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Un ex­pert psy­cho­logue ST.S.

AC­TION TER­RO­RISTE concer­tée ou geste ex­trême d’un dés­équi­li­bré ? Hier soir, les en­quê­teurs, char­gés de faire toute la lu­mière sur l’at­taque au ca­mion qui a fait 84 morts et plus de 200 bles­sés à Nice (Alpes-Ma­ri­times), jeu­di soir, s’in­ter­ro­geaient en­core sur les réelles « mo­ti­va­tions » de l’au­teur des faits.

Cet at­ten­tat, — qui n’avait tou­jours pas été re­ven­di­qué hier soir —, « s’ins­crit et cor­res­pond très exac­te­ment aux ap­pels per­ma­nents aux meurtres » des or­ga­ni­sa­tions de type Al-Qaï­da ou Etat is­la­mique (EI), a rap­pe­lé, hier, Fran­çois Mo­lins, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Pa­ris. Des ap­pels aux meurtres que ces or­ga­ni­sa­tions « dif­fusent dans les nom­breu- ses re­vues et vi­déos » mises ré­gu­liè­re­ment sur In­ter­net, a en­core sou­li­gné Fran­çois Mo­lins. Une ré­fé­rence di­recte à un mes­sage au­dio dif­fu­sé en sep­tembre 2014 par le porte-pa­role of­fi­ciel de l’EI, Abou Mo­ham­med a l - Ad­na­ni. A l’époque, ce Tu­ni­sien, membre émi­nent de la di­rec­tion de Daech, en­cou­ra­geait ceux qu’il nomme « les sol­dats du ca­li­fat » à uti­li­ser n’im­porte quelle arme dis­po­nible.

« Si vous ne pou­vez pas faire sau­ter une bombe ou ti­rer une balle, leur di­sait-il, dé­brouillez-vous […] ren­ver­sez-les avec votre voi­ture. » Ce der- nier mode opé­ra­toire a été adop­té — qua­si­ment mot pour mot, mais avec un vé­hi­cule au­tre­ment plus dé­vas­ta­teur — par Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, le conduc­teur du 19 t lan­cé sur la pro­me­nade des An­glais.

Au dé­but du mois de mai, Pa­trick Cal­var, le pa­tron de la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure (DGSI), s’était in­quié­té, de­vant la com­mis­sion de la Dé­fense na­tio­nale de l’As­sem­blée na­tio­nale, d’« une nou­velle forme d’at­taque » ter­ro­riste « dans des lieux où est ras­sem­blée une foule im­por­tante ».

Pour au­tant, les en­quê­teurs n’ont, pour l’heure, éta­bli au­cun lien entre Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel et une quel­conque or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Le même n’était pas connu des ser­vices de ren­sei­gne­ment et ne semble pas avoir ver­sé dans le ra­di­ca­lisme re­li­gieux.

Alors, ce chauf­feur-li­vreur de pro­fes­sion a-t-il pu être « sim­ple­ment » être in­fluen­cé par la pro­pa­gande hai­neuse de Daech et ses si­rènes ma­lé­fiques ? « Evi­dem­ment que ce­la fi­nit par in­fluen­cer des per­sonnes fra­giles, es­time un ex­pert psy­cho­logue, ha­bi­tué des cours d’as­sises. Ce res­pon­sable de Daech jette ses ap­pels aux meurtres à la can­to­nade en sa­chant qu’il y au­ra tou­jours un pauvre type pour les ra­mas­ser et pas­ser à l’acte. »

Plu­sieurs sources avan­çaient, hier, l’idée que Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel au­rait pu agir sous le coup d’« une sé­pa­ra­tion dif­fi­cile » d’avec son épouse. « Mais cette pos­si­bi­li­té est in­au­dible pour le grand pu­blic, pour­suit l’ex­pert. Quand vous met­tez à ge­noux un pays, la cause ne peut être un pro­blème de divorce. Les gens ne peuvent pas en­tendre ça. »

En dé­cembre 2014, un au­to­mo­bi­liste avait bles­sé treize per­sonnes en fon­çant dans la foule à Di­jon (Cô­ted’Or), après avoir scan­dé « Al­la­hou ak­bar ». Il s’est avé­ré que l’au­teur des faits avait ef­fec­tué près de 160 sé­jours en hô­pi­tal psy­chia­trique, et l’af­faire n’avait pas re­te­nu l’at­ten­tion du par­quet an­ti­ter­ro­riste.

« L’Etat is­la­mique jette ses ap­pels aux meurtres à la can­to­nade »

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