« Qu’Al­lah pro­tège notre pays contre ces fa­na­tiques »

L’émo­tion et la co­lère étaient vives hier à la mos­quée En-Nour, à Nice-Ouest, où nous avons as­sis­té à la prière. Beau­coup craignent d’être ran­gés « dans le camp de la cruau­té ».

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Mo­ham­med, père de fa­mille VINCENT MONGAILLARD

DANS SON PRÊCHE lors de la grande prière du ven­dre­di, hier à 13 h 40, à la nou­velle mos­quée En­nour, à Nice-Ouest, le rec­teu­ri­mam Mah­moud Ben­za­mia com­mence par condam­ner « la haine aveugle et ir­ra­tion­nelle » qui a frap­pé la pro­me­nade des An­glais. Il pré­sente ses condo­léances « à toutes les fa­milles » des dé­funts, dont une en par­ti­cu­lier, celle du « frère » Ham­za. Pen­dant que ce­lui-ci ins­tal­lait jeu­di soir la cli­ma­ti­sa­tion dans le lieu de culte, sa ma­man « tom­bait sur le champ », tuée par la fo­lie. « La France est en deuil, Nice est en deuil et nos mos­quées sont en deuil » , pleure l’imam, qui est aus­si pro­fes­seur de technologie.

Face à cet homme de­bout, quelque 300 fi­dèles as­sis. Les vi­sages, pour­tant éclai­rés par le so­leil tra­ver­sant la cou­pole trans­pa­rente, res­tent graves. L’af­fluence est net­te­ment moindre que celle de la se­maine der­nière. « Comme à chaque at­ten­tat », la com­mu­nau­té a peur, elle craint l ’ amal­game, elle se « s e nt vi s é e par l e r e gard de l’autre », elle ré­duit ses dé­pla­ce­ments, même spi­ri­tuels. « Le mu­sul­man, en sor­tant de chez lui, jette un coup d’oeil à droite et à gau- che pour voir la ré­ac­tion de ses conci­toyens », dé­crit le di­gni­taire re­li­gieux qui s’ex­prime en fran­çais et, par­fois, en arabe lit­té­raire. « Nous ne sommes pas là pour nous jus­ti­fier. Ces actes sont très loin de la mi­sé­ri­corde de l’is­lam. Is­lam vient du mot sa­lam, l’une des si­gni­fi­ca­tions de la paix. Le ter­ro­risme est une me­nace pour l’is- lam, ce­la nuit à notre re­li­gion », mar­tèle ce sage avant d’évo­quer le « ca­rac­tère sa­cré de la vie hu­maine ». « Qu’Al­lah pro­tège notre pays contre ces fa­na­tiques, que la paix règne, inch Al­lah ! » lance-t-il.

In­sé­pa­rable de sa ta­blette nu­mé­rique sur la­quelle il a no­té quelques idées pour mieux trou­ver ses mots, il s’en­gage éga­le­ment de­vant l’as­sis­tance à tout faire pour lut­ter contre la ra­di­ca­li­sa­tion. « Les jeunes qui sont ten­tés par la haine ne viennent pas ici, il faut al­ler les voir, les cher­cher, les convaincre », nous ex­plique-t-il.

Dans l’as­sem­blée qui se pros­terne sur la mo­quette bleue en di­rec­tion de La Mecque, il y a Aziz, un Fran­co-Ma­ro­cain de 48 ans. Il est anéan­ti, lui qui a per­du une cou­sine et une pe­tite-cou­sine dans la « tra­gé­die ». « Je n’ai pas dor­mi de la nuit, je n’ai pas man­gé, je me sens faible, je n’ai plus de force, je ne suis pas al­lé sur mon chan­tier », ra­conte cet ar­ti­san dans le bâ­ti­ment. A ses yeux, « le voyou » au vo­lant du ca­mion est « quel­qu’un qui n’a pas de cer­veau », qui n’a « rien com­pris à l’is­lam ».

Avec cette « bar­ba­rie », Mo­ha­med, lui, s’est re­plon­gé dans des sou­ve­nirs plus que dou­lou­reux. « En 1995, mon père et deux de mes frères sont morts en Al­gé­rie, cibles des is­la­mistes. J’ai l’im­pres­sion, quand je vois ce qui s’est pas­sé à Nice, qu’on re­part en­core de zé­ro », lâche ce com­mer­çant. Se­lon lui, « la mi­sère so­ciale » ne peut ex­cu­ser des actes de vio­lence. « Moi, si je n’y ar­rive pas dans la vie, je vais me battre, je ne vais pas as­sas­si­ner des in­no­cents », té­moigne-t-il. Le père de fa­mille tient la main de son fils Ab­del-Nour, 12 ans, qui se met à pleu­rer au mo­ment de par­ler de l’hor­reur.

Son fils aî­né, Ka­rim, étu­diant en école d’in­gé­nieurs, re­doute ceux qui « vont at­ti­ser la haine ». « Ceux qui, en­core, vont re­gar­der tout mu­sul­man d’un oeil sus­pect en se de­man­dant : Est-ce qu’il fait par­tie du camp de la cruau­té ? » s’alarme-t-il. « Le ter­ro­riste est un jeune désoeu­vré qui en avait marre de la vie, qui a vou­lu se ven­ger au lieu de se sui­ci­der. Mais au fi­nal, c’est en­core l’is­lam qui paie », pour­suit l’un de ses amis. « C’est tou­jours le triste et même re­frain », ré­sume, ac­ca­blé, Nor­dine, 53 ans, avant de se re­chaus­ser.

« Moi, si je n’y ar­rive pas dans la vie, je vais me battre, je ne vais pas as­sas­si­ner des in­no­cents »

Nice, hier. Face à 300 fi­dèles, le rec­teur-imam Mah­moud Ben­za­mia s’est en­ga­gé à tout faire pour lut­ter contre la ra­di­ca­li­sa­tion.

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