Dans le centre-ville, la pa­role ra­ciste se li­bère

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De nos en­voyés spé­ciaux Gé­rard, 67 ans CHRISTEL BRIGAUDEAU ET V. MD

IL EST 8 HEURES, hier ma­tin, quand un jeune qua­dra à vé­lo hurle sur la pro­me­nade des An­glais bou­clée aux voi­tures et en­core dé­ser­tée par les ba­dauds : « La France aux Fran­çais, la France aux Fran­çais ! » Un mes­sage at­ti­sant la haine qui était par­ta­gé au len­de­main du car­nage par des mil­liers d’uti­li­sa­teurs de Twit­ter, à tra­vers le ha­sh­tag « Is­lam hors d’Eu­rope ». Ma i s a u s s i p a r plus d’un Ni­çois, dans une ré­gion où, à chaque élec­tion, le Front na­tio­nal réa­lise des scores éle­vés.

Gé­rard, par exemple, re­trai­té de 67 ans, est sur cette même lon­gueur d’onde ex­tré­miste. Il ne s’en cache pas, il vient d’ailleurs spon­ta­né­ment nous in­ter­pel­ler pour « vi­der [son] sac ». « Moi, je suis ra­ciste à mort, je suis FN et je le dis », lâche-t-il en ex­hi­bant sa carte d’adhé­sion 2016 af­fi­chant le vi­sage de Ma­rine Le Pen. Il l’an­nonce même haut et fort de­vant des ha­bi­tants is­sus de la di­ver­si­té. « Nice com­men­çait à être chaud pour le FN et là, ça va chauf­fer sé­vère », pro­nos­tique-t-il. Dans son quar­tier de Car­ras, où il « voit des voi­lées par­tout », le sexa­gé­naire est prêt à en dé­coudre « avec les Arabes », « Ces mecs-là » qui, « si ça conti­nue, nous gou­ver­ne­ront un jour ». « Des mi­lices, j’y crois, je se­rai le pre­mier dans la rue pour cas­ta­gner », pré­vient-il, des « larmes de co­lère » aux yeux. La poche gauche de son ber­mu­da abrite dé­jà un Ta­ser, celle de droite une bombe la­cry­mo­gène. Il montre du doigt le gou­ver­ne­ment qui « a fait preuve de laxisme » avant que deux pas­sants ayant en­ten­du ses propos n’ac­quiescent.

Ma­rie-Pierre, pa­tronne d’une li­brai­rie dans le Vieux-Nice, s’in­quiète de cette pa­role li­bé­rée, ou­ver­te­ment is­la­mo­phobe. « J’ai peur d’une mon­tée du ra­cisme. Ces der­niers temps, j’avais dé­jà sen­ti des ten­sions entre cer­tains de mes clients aux ori­gines dif­fé­rentes », ob­serve-t-elle.

Re­né, sep­tua­gé­naire, y voit « un échec de l’in­té­gra­tion ». « Mais main­te­nant, on ne peut plus rien faire, il est beau­coup trop tard, ils sont fran­çais. La seule so­lu­tion, c’était de les ren­voyer chez eux il y a dé­jà long­temps », ful­mine-t-il.

« Il va y avoir des dé­ra­pages », craint Imène, étu­diante de 24 ans de confes­sion mu­sul­mane, un bou­quet de roses à la main qu’elle sou­haite dé­po­ser sur la plage, au plus près de la tra­gé­die.

Syl­vie re­jette, elle aus­si, « les rac­cour­cis fa­ciles » , les boucs émis­saires. « Ce que je re­tiens, moi, c’est que des in­no­cents re­gar­daient le ciel pen­dant le feu d’ar­ti- fice et qu’en­suite ils sont mon­tés au ciel à cause d’un hu­main pire qu’une bête », in­siste-t-elle.

Au cours Sa­leya, ré­pu­té pour son mar­ché aux fleurs, Ro­ger, un tou­riste, échange avec Phi­lippe, un res­tau­ra­teur du coin. « Ces gens-là ne de­vraient pas avoir le droit d’être sur notre ter­ri­toire, il faut net­toyer tout ça », sug­gère le pre­mier. « Mais non, il y a des gens mer­veilleux chez les Tu­ni­siens, j’ai dé­jà tra­vaillé avec eux, je n’ai eu au­cun pro­blème. Des dingues, il y en a par­tout dans le monde, on n’est pas plus en dan­ger à Nice qu’ailleurs. On ne peut pas em­pê­cher les fous d’être fous ! La vraie ques­tion, c’est : Mais où était la po­lice ? » s’in­ter­roge le se­cond.

D’autres com­mer­çants re­fusent d’al­ler sur le ter­rain de l’in­to­lé­rance. L’un d’eux a ins­crit sur l’ar­doise de sa bras­se­rie « Pray for Nice », « Priez pour Nice ». Son confrère, lui, a ac­cro­ché à la de­van­ture de sa bras­se­rie un maillot noir frap­pé du slo­gan en langue ré­gio­nale « Sieu Nis­sart ». Tra­dui­sez : « Je suis ni­çois ».

« Des mi­lices, j’y crois, je se­rai le pre­mier dans la rue pour cas­ta­gner »

Nice, hier. Gé­rard, re­trai­té de 67 ans, montre du doigt le gou­ver­ne­ment qui « a fait preuve de laxisme », se­lon lui.

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