Le spectre d’une frac­ture dans le pays

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Un po­li­cier ÉRIC PEL­LE­TIER

DE­PUIS quelques mois, les ser­vices de ren­sei­gne­ment in­té­rieur s’alarment d’une me­nace, presque in­vi­sible, ve­nue de l’ul­tra­droite. Les at­ten­tats de jan­vier et de no­vembre 2015 ont en ef­fet gé­né­ré un trau­ma­tisme dans l’opi­nion dont les consé­quences res­tent dif­fi­ciles à éva­luer. Les actes an­ti­mu­sul­mans ont certes mar­qué un net flé­chis­se­ment (- 80 %) au pre­mier tri­mestre 2016 com­pa­ré à la même pé­riode de l’an­née pré­cé­dente, mais cette baisse doit être re­la­ti­vi­sée après le pic de 2015.

Le 24 mai der­nier, de­vant les députés de la com­mis­sion d’en­quête sur le ter­ro­risme, Pa­trick Cal­var, le pa­tron de la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure (DGSI), confiait son in­quié­tude : « Vous au­rez une confron­ta­tion entre l’ul­tra­droite et le monde mu­sul­man pas l es i sla­mistes, mais bien le monde mu­sul­man. » C’est dé­jà ce qu’il in­di­quait, deux se­maines plus tôt, de­vant la com­mis­sion de la Dé­fense : « Je crains cent fois plus la ra­di­ca­li­sa­tion que le ter­ro­risme. Avec le ter­ro­risme, nous pren­drons des coups, mais nous sau­rons faire face — nous avons connu des évé­ne­ments très graves tout au long de l’his­toire —, mais cette ra­di­ca­li­sa­tion ram­pante, qui va bou­le­ver­ser les équi­libres pro­fonds de la so­cié­té, est à mes yeux beau- coup plus grave. […] L’Eu­rope est en grand dan­ger. » Au mo­ment des ras­sem­ble­ments pa­ci­fiques après les at­ten­tats de Bruxelles, le 27 mars, des groupes d’ul­tras avaient sac­ca­gé un mau­so­lée place de la Bourse.

« Il suf­fit de je­ter une al­lu­mette, l’en­chaî­ne­ment se­ra ra­pide, dé­crypte un po­li­cier spé­cia­li­sé, en pre­nant comme e x e mple la ra­ton­nade me­née à Ajac­cio, à Noël der­nier, après une agres­sion contre des pom­piers corses. Nous n’avons pas en­core at­teint la si­tua­tion de non-re­tour des Etats-Unis, mais le cli­mat se tend… » En mai, un Fran­çais de 25 ans était ar­rê­té en Ukraine avec une car­gai­son de lance-ro­quettes, de ka­lach­ni­kovs et 125 ki­los de TNT. Se­lon les ser­vices se­crets de ce pays, il cher­chait à com­mettre « une quin­zaine d’at­ten­tats pen­dant l’Euro », no­tam­ment contre les Magh­ré­bins. Si la ra­di­ca­li­té du jeune homme, proche du Re­nou­veau fran­çais, ne fait pas de doute, ses dé­cla­ra­tions n’ont pu être confir­mées, une mis­sion de la po­lice ju­di­ciaire par­tie sur place n’ayant, semble-t-il, pas pu le ren­con­trer.

Pour l ’ his­to­rien Ni­co­las Le­bourg, spé­cia­liste de l’ex­trême droite, le risque de dé­rive ter­ro­riste concerne plus des in­di­vi­dus que des groupes très sur­veillés, quand bien même ils s’en­traînent lors de stages com­man­do en fo­rêt. « Chez ces militants, de plus en plus pro­lé­ta­ri­sés, la ques­tion de l’or­ga­ni­sa­tion de l’Etat, les idées fas­cistes par exemple, passe au se­cond plan. Leur conscience politique est cen­trée au­tour des ques­tions ra­ciales. Ils n’af­frontent plus l’Etat, mais la so­cié­té dans sa concep­tion mul­ti­cul­tu­relle. »

« Cette confron­ta­tion, je pense qu’elle va avoir lieu. En­core un ou deux at­ten­tats et elle ad­vien­dra », sou­ligne Pa­trick Cal­var, qui af­firme mettre tous les moyens pour évi­ter ces at­taques ter­ro­ristes. Et leur contre­coup. Un constat te­nu avant le car­nage de Nice.

« Il suf­fit de je­ter une al­lu­mette, l’en­chaî­ne­ment se­ra ra­pide »

Le 24 mai, Pa­trick Cal­var confiait ses in­quié­tudes, de­vant la com­mis­sion d’en­quête sur le ter­ro­risme, à propos d’une pos­sible confron­ta­tion com­mu­nau­taire.

Ukraine, 21 mai. Un Fran­çais de 25 ans avait été ar­rê­té à la fron­tière po­lo­naise avec une car­gai­son de lance-ro­quettes, de AK-47 et de 125 kg de TNT. Se­lon les ser­vices ukrai­niens, il cher­chait à com­mettre une sé­rie d’at­ten­tats contre la po­pu­la­tion magh­ré­bine en France.

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