Et la mort re­vint han­ter le pré­sident…

GOU­VER­NE­MENT. Le bon dé­rou­le­ment de l’Euro ne les avait pas apai­sés. Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls re­dou­taient un nou­vel at­ten­tat de masse. Ré­cit de ces heures tra­giques dans les cou­lisses du pou­voir.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - AVA DJAMSHIDI, NA­THA­LIE SCHUCK ET PAU­LINE THÉVENIAUD

COMME un mau­vais pré­sage. A Avi­gnon, où il passe la soi­rée jeu­di, Fran­çois Hol­lande se pré­pare à as­sis­ter à la re­pré­sen­ta­tion d’une pièce de théâtre… « les Dam­nés » au pa­lais des Papes. Le pré­sident, dont le père Georges vit à Cannes, non loin de Nice, compte se re­po­ser un peu en toute dis­cré­tion pour le week-end dans le Sud. La veille, lors de son al­lo­cu­tion du 14 Juillet, il a eu cette phrase pro­phé­tique : « Etre pré­sident, c’est être confron­té à la mort. » Il le se­ra à nou­veau, peu après 23 heures. Son té­lé­phone dé­verse un tor­rent de nou­velles dra­ma­tiques. Au bout du fil, ses proches col­la­bo­ra­teurs. A Pa­ris, après avoir as­sis­té au concert du 14 Juillet avec des amis, le té­lé­phone de Ma­nuel Valls sonne alors qu’il rentre chez lui. C’est le mi­nistre de l ’ In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve. L’hor­reur à Nice. Le chef de l’Etat monte dans un avion et fonce vers Pa­ris. Le Pre­mier mi­nistre, lui, ac­tive la cel­lule in­ter­mi­nis­té­rielle de crise. Ber­nard Ca­ze­neuve, in­for­mé de l’at­taque alors qu’il se trouve dans le bu­reau de son ap­par­te­ment de la place Beau­vau, file à l’aé­ro­port mi­li­taire de Villa­cou­blay (Yvelines) pour em­bar­quer dans un avion de la Ré­pu­blique. Di­rec­tion Nice. C’est donc Ma­nuel Valls qui ac­cueille le pré­sident au mi­nis­tère de l’In­té­rieur, à 1 h 30 du ma­tin. Le Pre­mier mi­nistre re­dou­tait un nou­veau drame. « Il y a très peu de temps, il m’avait à nou­veau fait part de son ex­trême in­quié­tude », confie Fran­cis Chouat, son suc­ces­seur à la mai­rie d’Evry (Es­sonne). Fran­çois Hol­lande aus­si était han­té par le risque d’un nou­vel at­ten­tat. « C’est quelque chose qui lui pèse tous les jours. C’est violent pour lui, les gens ne le voient pas », glisse un vieil ami. Dans les en­trailles de l a Place Beau­vau, au­tour de la table du centre de crise, l ’ am­biance est grave. Hol­lande prend des notes. « La date n’a pas été choi­sie au ha­sard », souffle-t-il. Après une nou­velle réunion en petit co­mi­té dans le bu­reau de Ca­ze­neuve, les deux têtes de l’exé­cu­tif filent à l’Ely­sée. Il est 2 h 45. Dans le huis clos du bu­reau du chef de l’Etat, ils pré­parent son al­lo­cu­tion so­len­nelle. « La France est éplo­rée, af­fli­gée, mais se­ra tou­jours plus forte », dé­clare Hol­lande, peu avant 4 heures du ma­tin. Il an­nonce un ren­for­ce­ment des dis­po­si­tifs de sé­cu­ri­té à l’in­té­rieur, comme à l’ex­té­rieur, la pro­lon­ga­tion pour trois mois de l’état d’ur­gence et, seule nou­veau­té, en ap­pelle à la ré­serve opé­ra­tion­nelle. Au petit ma­tin, après un bref mo­ment de re­pos sui­vant une qua­si­nuit blanche, Hol­lande et Valls se re­trouvent pour pré­pa­rer le Conseil de dé­fense. A 9 heures, ils sont re­joints par Jean-Yves Le Drian, qui a pas­sé une par­tie de la nuit à tra­vailler à l’Hô­tel de Brienne après être ren­tré dare-dare de Rennes. Le garde des Sceaux, Jean-Jacques Ur­voas, et le chef d’état-ma­jor des ar­mées, Pierre de Villiers, prennent éga­le­ment place dans le sa­lon Vert qui jouxte le bu­reau pré­si­den­tiel. Ca­ze­neuve, tou­jours à Nice, par­ti­cipe par vi­sio­con­fé­rence. Le sang-froid est de mise. Le pré­sident et le Pre­mier mi­nistre s’en­volent en­suite pour Nice, au che- vet des vic­times. A l’hô­pi­tal, les vi­sages des bles­sés sont mar­qués par la souf­france. Leurs re­gards en disent long sur le trau­ma­tisme su­bi.

Peu après 23 heures : re­tour d’Avi­gnon 1 h 30 : réunions de crise Place Beau­vau 2 h 45 : à l’Ely­sée pour écrire l’al­lo­cu­tion 9 heures : conseil de dé­fense 12 h 21 : ar­ri­vée à Nice Le gou­ver­ne­ment au com­plet ce ma­tin

A des mil­liers de ki­lo­mètres de là, le cau­che­mar de la pro­me­nade des An­glais émeut. Par té­lé­phone, la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel et le pré­sident Ba­rack Oba­ma as­surent leur sou­tien à Hol­lande. De re­tour à l’Ely­sée, les réunions s’en­chaînent. A Beau­vau et Ma­ti­gnon aus­si pour pré­pa­rer le nou­veau Conseil res­treint de dé­fense pré­vu ce ma­tin à 9 heures, avant une réunion du gou­ver­ne­ment au grand com­plet. Mo­bi­li­sa­tion maxi­male. Car dans les cou­lisses du pou­voir, on le re­doute dé­jà : « Il va y en avoir d’autres. » @AvaD­jam­shi­di, @Na­tha­lieS­chuck, @Pau­li­ne_Th

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. Après une nuit presque blanche, Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls ont re­joint le mi­nistre de l’In­té­rieur qui s’était ren­du à Nice dans la nuit. Ils sont al­lés au che­vet des vic­times et à la rencontre du per­son­nel soi­gnant à l’hô­pi­tal Pas­teur (à gauche) et se sont ren­dus à la pré­fec­ture (en haut).

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