« Au­cune me­sure n’au­rait per­mis d’em­pê­cher ce drame »

Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta,

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Propos re­cueillis par CHARLES SA­PIN

LE DÉ­PU­TÉ so­cia­liste Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta a été rap­por­teur de l a com­mis­sion d’en­quête sur les at­ten­tats du 13 no­vembre. Doit-on se ré­si­gner à « vivre avec le ter­ro­risme », comme l’a dit Ma­nuel Valls ? SÉ­BAS­TIEN PIE­TRA­SAN­TA. Il faut gar­der à l’es­prit que même avec les meilleurs ser­vices de ren­sei­gne­ment du monde, comme aux EtatsU­nis ou en Is­raël, le risque zé­ro n’existe pas. Il faut conti­nuer de ren­for­cer notre dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té na­tio­nal comme eu­ro­péen, même si, je le dis avec mo­des­tie, par­mi les qua­rante me­sures que nous avons pro­po­sées dans notre rap­port, au­cune n’au­rait per­mis d’em­pê­cher le drame de jeu­di soir. Il n’y a pas de re­cette mi­racle. Nos au­di­tions ont mon­tré que l’état d’ur­gence n’a au­jourd’hui qu’un ef­fet li­mi­té. Ses prin­ci­paux bé­né­fices, au ni­veau opé­ra­tion­nel, se sont concen­trés sur les pre­miers jours et ont per­mis aux forces de l ’ ordre de bé­né­fi­cier d’un cer­tain ef­fet de sur­prise. La re­con­duc­tion vise un double ob­jec­tif : ré­af­fir­mer l’au­to­ri­té de l’Etat et, de fa­çon hau­te­ment sym­bo­lique, mon­trer à la po­pu­la­tion que l’Etat ne cé­de­ra ja­mais. Peu de gens au­raient com­pris qu’on mette fin à ce ré­gime d’ex­cep­tion au len­de­main d’un at­ten­tat ter­ro­riste aus­si meur­trier. La crainte lé­gi­time de Ber­nard Ca­ze­neuve est de pro­vo­quer un big bang dans le monde du ren­sei­gne­ment. Nos ser­vices font face à des dé­fis ma­jeurs, il ne fau­drait pas qu’ils soient dis­traits. Quelques me­sures se­raient ce­pen­dant à même d’amé­lio­rer la co­or­di­na­tion des ser­vices de ren­sei­gne­ment et de par­faire leur maillage ter­ri­to­rial. Nous avons, par exemple, des gen­darmes qui font un tra­vail ex­cep­tion­nel en ma­tière de ré­colte d’in­for­ma­tions. Leur rap­pro­che­ment, au sein d’une même di­rec­tion, avec les po­li­ciers spé­cia­li­sés dans la dé­tec­tion des « si­gnaux faibles » se­rait un pas im­por­tant. Après l’at­ten­tat contre « Char­lie Heb­do », l’union na­tio­nale avait du­ré dix jours. Cette fois, les po­li­tiques n’ont pas te­nu la ma­ti­née… Ce temps de dé­cence n’a pas du­ré deux se­condes. C’est ef­fa­rant. Peu im­porte la cou­leur politique du gou­ver­ne­ment, nous ne pou­vons pas, quelques heures seule­ment après le drame, cher­cher à poin­ter des res­pon­sa­bi­li­tés ou faire de la ré­cu­pé­ra­tion po­li­ti­cienne. C’est très ir­res­pec­tueux par rap­port aux fa­milles des vic­times, à leur dou­leur. On a le sen­ti­ment d’avoir af­faire à des vau­tours. Alain Jup­pé as­sure que « si tous les moyens avaient été pris, l’at­ten­tat n’au­rait pas eu lieu ». Qu’il nous ex­plique quelle me­sure au­rait per­mis d’em­pê­cher ce pas­sage à l’acte ! C’est ri­di­cule, il n’y en a au­cune. Cette sur­en­chère entre les can­di­dats à la pri­maire de la droite est mor­ti­fère. La pro­vince a-t-elle bé­né­fi­cié des mêmes me­sures de pro­tec­tion que Pa­ris ? Nous avons in­ter­ro­gé nombre d’in­ter­lo­cu­teurs dans le cadre de notre com- mis­sion d’en­quête. Tous nous ont as­su­ré qu’une mise à ni­veau très im­por­tante des forces de po­lice et de se­cours avait eu lieu ces der­niers mois sur l’en­semble du ter­ri­toire. Cette prise en compte du risque est d’au­tant plus vraie pour la ville de Nice, puisque, en tant qu’hôte de l’Euro de foot­ball, elle a pro­fi­té de nom­breuses me­sures de sé­cu­ri­té cal­quées sur celles mises en place dans la ca­pi­tale. Evi­dem­ment, la den­si­té mé­di­cale et po­li­cière y est moins im­por­tante qu’à Pa­ris. Il faut d’au­tant plus sa­luer l’ex­tra­or­di­naire cou­rage des forces de se­cours et de po­lice mo­bi­li­sées de­puis jeu­di soir.

« L’état d’ur­gence n’a au­jourd’hui qu’un ef­fet li­mi­té » « L’union na­tio­nale n’a pas du­ré deux se­condes. On a le sen­ti­ment d’avoir af­faire à des vau­tours. »

@csa­pin Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta : « La France est l’en­ne­mi nu­mé­ro 1 de Daech »

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