« On va évi­ter les en­droits où il y a de la foule »

Fa­brice,

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Tou­lon (Var) De notre cor­res­pon­dante So­lène, ori­gi­naire de Franche-Com­té Propos re­cueillis par CH­RIS­TOPHE LACAZE-ESLOUS DIANE ANDRÉSY

À TOU­LON (Var), l’eau a beau être à 26 °C, les plages étaient loin d’être bon­dées, hier. Au len­de­main du drame de Nice, les va­can­ciers ont pré­fé­ré « jouer la sé­cu­ri­té ». « On vient juste dé­jeu­ner ici, sur le pouce, à l’ombre, et on re­part. On ne se baigne même pas au­jourd’hui. Pas en­vie et on ne sait ja­mais… » ra­content Ju­liette et Gé­rald, un couple ve­nu de Stras­bourg (Bas-Rhin) pour une se­maine de far­niente dans le Sud. « De­main, on a pré­vu de re­mon­ter dans l’ar­rière-pays va­rois pour être plus tran­quilles. On se sou­vient de ce qu’un ter­ro­riste, tout seul, a fait sur une plage de Tu­ni­sie (NDLR : 39 morts à Sousse le 26 juin 2015). »

Comme eux, les va­can­ciers fran­çais et eu­ro­péens ont dé­ser­té le sable, à l’image de trois amis al­le­mands ve­nus de Ber­lin pour un sé­jour au so­leil : « Nous al­lons écour­ter nos va­cances et ren­trer plus tôt en Al­le­magne. Le mo­ral n’y est plus ! On ne se sent pas en sé­cu­ri­té t ot al e » , t émoignent Sté­fa­nie, Paul et Ste­fen. D’ins­tinct, ils se sont ins­tal­lés sur l’herbe, en amont des plages du Mou­rillon, si fré­quen­tées ha­bi­tuel­le­ment à la mi­juillet. « Il y a moins de monde et on est plus proches de notre voi­ture. Jeu­di soir, on a vou­lu al­ler voir le feu d’ar­ti­fice à Tou­lon, mais il était an­nu­lé à cause du vent qui souf­flait. On au­rait très bien pu al- ler à Nice, vous sa­vez… Fi­na­le­ment, on est res­tés à l’hô­tel et on a tout dé­cou­vert à la té­lé­vi­sion. »

Par­tout sur le lit­to­ral va­rois, de Ban­dol à Saint-Tro­pez, les dis­cus­sions se po­la­risent sur la tue­rie de Nice : « A moins de deux heures de route d’ici ! » se dé­sole Fa­brice, un père de fa­mille na­tif du Ju­ra. « C’est dé­ci­dé, du­rant nos va­cances, on va évi­ter tous les en­droits où il y a de la foule : fes­ti­vals, fêtes de vil­lage… C’est mal­heu­reux d’en ar­ri­ver là, mais que faire ? » in­ter­roge-t-il.

Cla­ra, So­lène et Maxime, trois amis de Be­san­çon (Doubs), ont pas­sé une nuit d’an­goisse jeu­di soir : « Ma soeur Aly­sée était à Nice et pou­vait être sur la pro­me­nade des An­glais. Fi­na­le­ment, elle ne s’y est pas ren­due, mais, jus­qu’au len­de­main ma­tin, je n’ai pas eu de nou­velles d’elle » , ra­conte So­lène. « Au­jourd’hui, on souffle, mais on se sou­vien­dra toute notre vie de l’été 2016. Pour au­tant, on ne va pas ren­trer en Franche-Com­té plus tôt. On conti­nue de vivre nor­ma­le­ment et de ve­nir à la mer. Mais on pense aux vic­times, bien sûr. »

Mu­rielle, elle, est en co­lère : « Oui, je suis folle de rage de­puis jeu­di soir. On est ici, à Tou­lon, mais on au­rait très bien pu choi­sir Nice comme des­ti­na­tion es­ti­vale. Avec mes en­fants, nous ve­nons des Vosges et je ne com­prends pas que de tels actes, d’une telle lâ­che­té, puissent se pro­duire comme ça, sur des lieux tou­ris­tiques, sans que per­son- ne puisse les ar­rê­ter à temps. Je suis fu­rieuse, car des en­fants sont morts à 150 km à peine d’ici. Qu’on ar­rête de se battre là-bas, au bout du monde, et qu’on s’oc­cupe de nous ici ! »

Pour cette mère de fa­mille comme pour beau­coup de tou­ristes, il n’est plus « ques­tion de s’at­tar­der dans les lieux à concen­tra­tion trop im­por­tante de monde. C’est de­ve­nu trop dan­ge­reux ! » s’ex­clame Mi­chel, ar­ri­vé de la ré­gion pa­ri­sienne pour quelques jours. « J’ai vé­cu le trau­ma­tisme des at­ten­tats à Pa­ris. Et là, dans une ville de pro­vince, ça re­com­mence ! J’avais pré­vu d’al­ler à Saint-Tro­pez de­main avec des amis. D’un com­mun ac­cord, on a tout an­nu­lé. Foule et at­mo­sphère fes­tive : trop ris­qué ! Sans nous… »

« On se sou­vien­dra toute notre vie de l’été 2016 »

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