« Je ne vais pas me bar­ri­ca­der chez moi »

Mi­chel, 60 ans, sup­por­teur du Tour

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - De Bourg-Saint-An­déol à la Ca­verne du Pont-d’Arc (Ar­dèche) De nos en­voyés spé­ciaux Na­tha­lie, spectatrice ori­gi­naire de Pa­ris Yvon Ma­diot, di­rec­teur spor­tif de la FDJ OLI­VIER FRAN­ÇOIS (AVEC DA­VID OPOCZYNSKI)

LA COURSE A CONTI­NUÉ, mais le bruit s’est ar­rê­té. Plu­sieurs fois. Le Tour de France a ren­du hommage à sa fa­çon, hier, aux vic­times de l’at­ten­tat de Nice. Une mi­nute de si­lence a été ob­ser­vée lors du po­dium pro­to­co­laire à l’ar­ri­vée de la 13e étape à la Ca­verne du Pont-d’Arc (Ar­dèche), comme le ma­tin même au mo­ment de lan­cer ce contre-la-montre de 37,5 km. La ca­ra­vane aus­si s’est tue et a dé­fi­lé en sour­dine, sans musique ni klaxons. Il y a peut-être eu moins de monde en fin de compte au bord de la route en rai­son de la fer­me­ture de cer­tains axes, mais il y avait bien foule au vil­lage dé­part à Bourg-SaintAn­déol. Du ja­mais-vu, se­lon les ha­bi­tants du coin. Et les réactions sont al­lées à peu près toutes dans le même sens. « Je pen­sais que tout ça al­lait être an­nu­lé, confie Co­rinne, qui ré­side à trois rues de là. Je suis ve­nue parce que je n’ai pas peur pour moi et qu’on ne doit pas se plier à la bar­ba­rie, mais évi­dem­ment je ne suis pas tran­quille pour mes en­fants et mes pe­tits-en­fants. Nous ne sommes pas dans une grande ville, mais la psy­chose est dé­jà là. »

Un peu plus l oin, Mi­chel, l a soixan­taine, ne cache pas sa co­lère : « Je vis ici et j’ai peur. Tout m’in­quiète. On n’est à l’abri de rien. J’ai l’im­pres­sion que notre vie est de­ve­nue une ques­tion de chance, mais, bon, je ne vais pas me bar­ri­ca­der chez moi. C’est hor­rible parce que la pre­mière des li­ber­tés, c’est de pou­voir se pro­me­ner tran­quille­ment. Il va fal­loir prendre de vé­ri­tables me­su- res, ar­rê­ter d’être ri­di­cules et sa­voir une fois pour toutes si on est en guerre ou non comme le disent nos di­ri­geants. »

Jé­rôme et Na­tha­lie sont Pa­ri­siens et se ba­ladent avec leur fillette de 5 ans, Isa­belle. « On est en va­cances ici et on n’a pas an­nu­lé parce qu’on avait pro­mis à la pe­tite de l’em­me­ner voir le Tour, ex­plique la jeune femme. On ne veut pas qu’elle s’in­quiète, mais moi, j’ai peur. » Son com­pa­gnon se montre ferme. « Il faut ré­sis­ter en ne chan­geant rien à nos ha­bi­tudes, as­sure-t-il. Si­non, ils au­ront ga­gné et il n’y au­ra plus de li­ber­té pos­sible. » Sur la ligne d’ar­ri­vée, à la Ca­verne du Pont-d’Arc, les dis­cours sont les mêmes. « Il faut être là, sou­ligne Ch­ris­tine, une Or­léa­naise qui s’est ins­tal­lée dans la ré­gion. J’ai un fils de 24 ans qui va mon­ter faire ses études à Pa­ris et ça ne me ras­sure pas, mais c’est comme ça. Il est temps de prendre des dé­ci­sions et de ta­per très fort. » Blaise non plus ne se sent pas tran­quille, mais il a te­nu à as­sis­ter à l’ar­ri­vée des cham­pions cy­clistes. « Je suis ve­nu ici parce qu’il n’est pas ques­tion que je change ma fa­çon de vivre, in­dique le jeune homme de 26 ans, in­gé­nieur en va­cances chez des amis. Mais c’est vrai que main­te­nant je suis mé­fiant et je re­garde au­tour de moi tout ce qui pour­rait pa­raître sus­pect. »

Au sein de cette grande ker­messe iti­né­rante, les spec­ta­teurs ne sont pas les seuls à se po­ser des ques­tions. « On se de­mande ce qu’on fait là, ré­agit Yvon Ma­diot, le di­rec­teur spor­tif de la FDJ. On vou­drait ren­trer chez nous se mettre à l’abri. Le pro­blème, c’est qu’on n’est plus à l’abri nulle part. » Amaël Moi­nard, le cou­reur de l’équipe BMC, lui, re­fuse de cé­der à la pa­nique : « Ar­rê­ter tout, c’est don­ner rai­son à ceux qui font ça. Il faut conti­nuer à mon­trer que, nous, on est heu­reux de vivre. J’ha­bite à cô­té de Nice. Si je n’avais pas été sur le Tour, j’au­rais em­me­né mes en­fants voir ce feu d’ar­ti­fice… » « Il ne faut pas cé­der aux pres­sions de gens qui veulent que nous chan­gions notre fa­çon de vivre. Le Tour de France conti­nue­ra dans la so­brié­té et dans la di­gni­té », a pour sa part as­su­ré Ch­ris­tian Prud­homme, le di­rec­teur de l’épreuve.

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