La vie re­prend

AT­TEN­TAT. La pro­me­nade des An­glais a été ren­due aux Ni­çois. Hier, ils y ont re­pris leurs ha­bi­tudes sans ou­blier pour au­tant les nom­breuses vic­times.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - ÉLODIE CHERMANN ET LAU­RENCE VOYER

MOINS de qua­rante-huit heures après l’at­taque ter­ro­riste qui a coû­té la vie à 84 per­sonnes jeu­di soir, la cir­cu­la­tion a re­pris hier ma­tin sur la pro­me­nade des An­glais à Nice. Seule­ment dans un sens. Et avec moins de tra­fic que d’ha­bi­tude. Dès mi­di, les pié­tons ont eu le feu vert pour dé­am­bu­ler à nou­veau en front de mer, prendre un bain de so­leil sur la plage ou se bai­gner.

C’est le signe que la vie com­mence — dou­ce­ment — à re­prendre le des­sus mal­gré l’hor­reur et le cha­grin. Mal­gré le deuil na­tio­nal de trois jours en­ta­mé hier et les 121 per­sonnes tou­jours hos­pi­ta­li­sées, dont 30 en­fants, se­lon le der­nier bi­lan du mi­nis­tère de la Santé, qui pré­cise que 26 sont en­core en ré­ani­ma­tion. « Il ne faut pas chan­ger ses ha­bi­tudes. Si on le fait, c’est don­ner une prime aux ter­ro­ristes », ré­agit le pé­do­psy­chiatre Al­do Naou­ri. « J’ai connu les bom­bar­de­ments et les fu­sillades de la Se­conde Guerre mon­diale. Ça reste, bien sûr, gra­vé dans ma mé­moire, mais ça ne m’a pas em­pê­ché de vivre », ex­plique-t-il. Après « Char­lie » et l’Hy­per Ca­cher en jan­vier 2015, les at­ten­tats de Pa­ris et Saint-De­nis du 13 No­vembre, il ne nous reste pas cin­quante op­tions mais une seule, nous dit le pé­do­psy­chiatre : il va bien fal­loir vivre avec cette épée de Da­mo­clès au-des­sus de la tête.

Pro­fi­ter de chaque jour­née

Avec cette pe­tite voix qui nous ta­raude. Puis-je as­sis­ter à ce concert ? Estce bien rai­son­nable de s’at­ta­bler en ter­rasse ? Et le pro­chain feu d’ar­ti­fice, j’irai ? Oui, oui, oui, a-t-on tous en­vie de ré­pondre, peut-être un peu plus vite que lors des at­ten­tats pré­cé­dents.

Est-ce trop tôt ? « C’est le signe que l’on s’adapte plus ra­pi­de­ment, ana­lyse la psy­cho­trau­ma­to­logue Eve­lyne Josse. Ven­dre­di, une amie est ve­nue dî­ner chez moi et on n’a pas du tout évo­qué le su­jet. Lors des at­ten­tats de Pa­ris, c’était im­pen­sable », ra­conte-telle. Et le pé­do­psy­chiatre Sté­phane Cler­get de faire le pa­ral­lèle avec les Is­raé­liens, qui vivent avec un risque d’at­taque per­ma­nent. « Ils ont une vi­sion de la vie à plus court terme et pro­fitent de chaque jour­née comme si c’était la der­nière. »

Ju­liette Méa­del, sé­cré­taire d’Etat aux vic­times, a an­non­cé hier soir que les pre­mières in­dem­ni­sa­tions se­ront ver­sées dès la fin de la se­maine pro­chaine.

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