« Le meilleur moyen de ne pas res­sas­ser, c’est d’al­ler sur la plage »

Fré­dé­rique,

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice De l’un de nos en­voyés spé­ciaux VINCENT MONGAILLARD

AU GUI­DON DE SON VTT de cham­pion, Eric, 54 ans, a te­nu hier ma­tin à ar­pen­ter la pro­me­nade des An­glais comme il le fait cinq fois par se­maine « de­puis une éter­ni­té ». « Au len­de­main du drame, je n’avais pas réus­si, j’ap­pré­hen­dais trop. Mais là, je me suis for­cé parce que je veux que la vie triomphe », ré­pète ce cy­cliste aux che­veux blancs. Le re­tour est vi­tal mais dou­lou­reux. « La Prom, je ne la vois plus avec les mêmes yeux, j’ai du mal à pro­fi­ter de l’ho­ri­zon. C’est la baie des Anges ici, mais ces anges sont par­tis ailleurs », confie-t-il.

A l’image de ce Ni­çois « de longue date », des mil­liers de lo­caux, de tou­ristes hexa­go­naux comme du monde en­tier ont sou­hai­té re­con­qué­rir les Champs-Ely­sées de la Côte d’Azur aban­don­nés bru­ta­le­ment jeu­di soir à la haine d’un fou. Sans ja­mais faire abs­trac­tion de la tra­gé­die mais avec dé­cence et la fa­rouche vo­lon­té de ne pas tom­ber dans la psy­chose.

La cir­cu­la­tion a été rou­verte aux voi­tures dans un sens. En fin d’après-mi­di, des jeunes ma­riés y pa­radent à bord d’une li­mou­sine. Sur les im­menses trot­toirs, les grandes foules ne sont pas au ren­dez­vous comme elles de­vraient l’être en cette pé­riode es­ti­vale. Il n’em­pêche, l’ave­nue aux dra­peaux en berne et les plages de ga­lets sont loin d’être dé­ser­tées. Sur le front de mer, sous un so­leil qui tape fort, Ro­land, 45 ans, mé­de­cin de pro­fes­sion, fait son jog­ging le coeur ser­ré. « Je cours parce que j’aime ça, mais j’ai beau­coup de mal à me vi­der l’es­prit. Avant, c’était l’in­sou­ciance to­tale. Au­jourd’hui, je n’ai plus cette lé­gè­re­té », com­mente ce spor­tif à la cas­quette rouge.

Va­nes­sa, 36 ans, agente de ser­vice pu­blic, se ba­di­geonne de crème so­laire puis se dore la pi­lule, là même où elle as­sis­tait au feu d’ar­ti­fice il y a trois jours. « J’ai quit­té les lieux juste avant le car­nage. Mais j’avais be­soin de re­ve­nir sur place, c’est une ma­nière pour moi de faire le deuil même si je n’ai per­du au­cun proche », es­time-t-elle. Aux yeux de cette Ni­çoise, c’est éga­le­ment un « acte mi­li­tant », ce­lui qui consiste à mon­trer qu’elle ne cède pas à la peur. « Ha­bi­tuel­le­ment, on est ser­rés comme des sar­dines. Beau­coup de tou­ristes étran­gers ont fait leurs va­lises. Ven­dre­di ma­tin, j’ai été cho­quée de voir à la gare des Chi­nois cou­rir dans tous les sens. Ils fuyaient », re­grette-t-elle.

Face à un bleu in­tense, Fré­dé­rique, 44 ans et son fis­ton Loïs, 8 ans, va­can­ciers en pro­ve­nance de Bour­gogne, ont éten­du leur ser­viette à fleurs. Sur un coin de la plage, l’en­fant tape dans un bal­lon. « De la fa­mille in­quiète, des col­lègues, des voi­sins nous ont ap­pe­lés pour nous de­man­der : Quand est-ce que vous ren­trez ? Mais on a dé­ci­dé de res­ter sans nous cloî­trer à l’hô­tel. Le meilleur moyen de ne pas res­sas­ser, c’est d’al­ler sur la plage », sou­ligne cette em­ployée de banque.

Elle re­con­naît néan­moins être da­van­tage sur ses gardes. « Dès que je vois un ca­mion, je pense au pire tout de suite et je serre un peu plus la main de mon gar­çon », dé­crit-elle. Avec lui, elle a pris le temps de mettre des mots et des images concrètes sur le drame qui s’est dé­rou­lé à quelques cen­taines de mètres de ses yeux. « On est al­lés voir en­semble où ça s’est pas­sé », re­late-t-elle. Eton­nam­ment, les rôles se sont in­ver­sés et c’est l’en­fant qui a ras­su­ré l’adulte. « Il est très pro­tec­teur. Il m’a dit : Ma­man, si ça nous était ar­ri­vé, je t’au­rais sau­vé des mé­chants… »

Jon­na, une ma­mie da­noise, elle, a, choi­si de ne pas en par­ler à son petit-fils de 6 ans, qui saute comme un ca­bri. « Sa fraî­cheur nous ré­con­forte », ap­pré­cie-t-elle, alors que les pa­ra­sols des pla­gistes, un temps fer­més, offrent de nou­veau de l’ombre. Les pa­ra­chutes as­cen­sion­nels re­nouent, eux, avec les airs.

Pour les mar­chands am­bu­lants de lu­nettes de so­leil ou de ca­ca­huètes grillées à 2 €, les af­faires, aus­si, semblent re­prendre.

L’ave­nue aux dra­peaux en berne et les plages de ga­lets sont loin d’être dé­ser­tées

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