A la re­cherche des dis­pa­rus

Alors que seize vic­times n’ont tou­jours pas été iden­ti­fiées, cer­tains proches tentent déses­pé­ré­ment d’avoir des nou­velles de leurs amis ou de leur fa­mille, in­trou­vables de­puis l’at­ten­tat de jeu­di soir.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De notre en­voyé spé­cial Pra­neth, une étu­diante de Ber­ke­ley à la re­cherche de trois ca­ma­rades Ch­ris­tophe Beau­pré, ami d’une dis­pa­rue JEAN-MARC DUCOS

UNE LONGUE et pé­nible quête a com­men­cé pour les proches des vic­times. De­puis jeu­di soir, des frères, des soeurs, des pères, des mères, des en­fants, des amis, des cou­sins, des voi­sins tentent de connaître le sort de ce­lui qu’ils re­cherchent tant après le car­nage com­mis sur la cé­lèbre pro­me­nade des An­glais. Le vi­sage cris­pé, le teint blanc sous un so­leil de plomb, ils font leur che­min de croix entre les hô­pi­taux de la ville et la mai­son d’ac­cueil des vic­times pour cher­cher une ré­ponse par­fois tant re­dou­tée.

Hier, seize per­sonnes étaient en­core non iden­ti­fiées par les ser­vices ju­di­ciaires. Des per­sonnes dé­cé­dées mais aus­si par­fois des bles­sés in­cons­cients en cours de soins qui, au mi­lieu du car­nage, ont lâ­ché une main sal­va­trice, per­du le contact avec ceux qui les ac­com­pa­gnaient ou des tou­ristes qui avaient tout sim­ple­ment lais­sé leurs pa­piers à leur hô­tel avant d’être les vic­times du « ca­mion tueur » conduit par Mo­ha­med La- houaiej Bouh­lel, 31 ans, leur bour­reau. Des in­con­nus pro­vi­soires en quête d’iden­ti­té.

« S’il vous plaît, ai­dez-nous à re­trou­ver nos trois ca­ma­rades. Nous ne sa­vons pas ce qu’ils sont de­ve­nus de­puis le soir du 14 juillet. Nous étions tous au feu d’ar­ti­fice. Il nous manque Nick Les­lie, 2 0 a n s , Mi s h a B a z e l e v s k y y , 22 ans, et Ri­ckard Kruus­berg, 21 ans », ex­plique Pra­neth, une étu­diante asia­tique, aux longs che­veux d’ébène, qui a en­tre­pris d’édi­ter des tracts qu’elle colle dans la ville de Nice avec deux autres étu­diants « pour avoir des nou­velles ». Un peu per­dus dans la ca­pi­tale de la Côte d’Azur, les trois étu­diants an­glo­phones ont du mal à se faire com­prendre des of­fi­ciels fran­çais. Un nu­mé­ro d’ap­pel de leur tract ren­voie à l’am­bas­sade amé­ri­caine à Pa­ris. Hier, le petit groupe trac­tait dans l’ après- mi­di aux alen­tours de l’im­po­sant ly­cée Mas­sé­na à Nice.

« Nous sommes aus­si al­lés à l’hô­pi­tal Pas­teur. Nous ne sa­vons pas s’ils sont morts ou bles­sés », glisse un autre jeune homme qui pré­cise qu’ils ap­par­tiennent tous au « même pro­gramme uni­ver­si­taire et cultu­rel » qui com­prend un long sé­jour en France vi­sant à éta­blir une co­hé­sion dans ce groupe des­ti­né à in­té­grer la pres­ti­gieuse uni­ver­si­té de Ber­ke­ley (Ca­li­for­nie). Un stage de quinze jours sur l’en­tre­pre­neu­riat et l’in­no­va­tion en Eu­rope qui de­vait prendre fin le 24 juillet. Par­mi eux, Nick Les­lie. Le jeune homme au­rait échap­pé à la col­li­sion avec le ca­mion, se­lon ses amis, mais n’a pas don­né l a moindre nou­velle de­puis et n’a pas re­joint sa chambre. Ri­ckard Kruus­berg, un étu­diant es­to­nien en sciences de l’in­for­ma­tique, est lui aus­si por­té man­quant tout comme l’Ukrai­nien Mi­sha Ba­ze­levs­kyy, en li­cence de com­merce in­ter­na­tio­nal à l’uni­ver­si­té d’Ed­mon­ton (Ca­na­da), qui par­ti­ci­pait lui aus­si à un pro­gramme d’été. Les ser­vices consu­laires amé­ri- cains de­vaient hier se rap­pro­cher des au­to­ri­tés ju­di­ciaires pour re­trou­ver les étu­diants. Et per­sonne ne vou­lait croire à une fugue de ces trois étu­diants.

De­vant la mai­son d’ac­cueil des vic­times, rue Gu­ber­na­tis, les proches viennent cher­cher un signe, un es­poir ou une vé­ri­té par­fois i nsou­te­nable. C’est l e cas de Ch­ris­tophe Beau­pré. Ce gref­fier re­cherche deux amies : l’avo­cate ni­çoise My­riam Bel­la­zouz, 29 ans, et sa mère Léa, 68 ans. Le soir du 14 Juillet, lui était ve­nu avec ses en­fants et son épouse tout en ac­com­pag nant My­riam, son com­pa­gnon Ni­co­las et Léa. Ils ont été sé­pa­rés par l’ar­ri­vée du ca­mion tueur à la hau­teur de l’hô­tel Ne­gres­co. « J’ai ten­té de la rap­pe­ler. Ça son­nait dans le vide puis sa mes­sa­ge­rie se dé­clen­chait », té­moigne Ch­ris­tophe Beau­pré.

« Avec le com­pa­gnon de My­riam, Ni­co­las, nous nous sommes par­ta­gé la tâche entre hô­pi- taux, morgue et ici… », lâche-t-il d’une voix sobre. « My­riam ne fi­gure pas par­mi les vic­times ad­mises à l’hô­pi­tal… On m’a orien­té vers cette struc­ture. Je reste très ten­du. Je com­prends bien que c’est le temps de l’en­quête que nous su­bis­sons. J’ai l’es­poir de les re­trou­ver, mais je crains d’avoir des nou­velles que je re­doute. Mais il est bien né­ces­saire d’avoir des nou­velles, bonnes ou mau­vaises », conti­nue le fonc­tion­naire en bran­dis­sant son té­lé­phone où les p h o t o s d e My­riam et de Léa s’af­fichent comme pour ne pas mon­trer son émo­tion, pour­tant pal­pable. « Il faut que cet état d’in­cer­ti­tude cesse. C’est mo­ra­le­ment dif­fi­cile. J’ai l’im­pres­sion que le temps est comme sus­pen­du », pour­suit Ch­ris­tophe pour qui « les dis­pa­rus sont des gens qu’il ne faut pas ou­blier, tout comme tous ceux qui as­sis­taient au feu d’ar­ti­fice ce jeu­di soir. »

« Nous ne sa­vons pas s’ils sont morts ou bles­sés » « J’ai l’im­pres­sion que le temps est comme sus­pen­du »

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. Ri­ckard Kruus­berg (en haut, à g.), Mi­sha Ba­ze­levs­kyy (en bas, à g.) et Nick Les­lie (sur l’af­fiche ci­des­sus), trois étu­diants de Ber­ke­ley, sont in­trou­vables de­puis l’at­ten­tat de jeu­di soir. Leurs ca­ma­rades ont pla­car­dé les vi­trines de la ville d’avis de re­cherches. My­riam Bel­la­zouz (en haut, à d.) et sa mère Léa (en bas, à d.) sont éga­le­ment por­tées dis­pa­rues.

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