« Je suis ma­lade dans ma tête »

Ha­bib,

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De nos en­voyés spé­ciaux Ha­bib, 49 ans VINCENT MONGAILLARD

DE­PUIS JEU­DI SOIR, Ha­bib n’a pas réus­si à fer­mer l’oeil plus d’une heure sans se ré­veiller en sur­saut. « Je n’ar­rive plus à dor­mir, je tourne en rond, j’ai du mal à sor­tir de chez moi. Je ne veux plus dis­cu­ter avec les autres, je n’ose pas re­gar­der la té­lé, plus conduire. Je ne me sens vrai­ment pas bien. Je suis ma­lade dans ma tête », ré­sume ce Tu­ni­sien de 49 ans do­mi­ci­lié dans le quar­tier po­pu­laire du Ri­quier à Nice.

Lors du feu d’ar­ti­fice meur­trier, il était sta­tion­né sur la pro­me­nade des An­glais, et se trou­vait dans l’ha­bi­tacle de sa 307 Peu­geot bleue aux cô­tés de son épouse Ha­fi­da et de son bé­bé de 19 mois. C’était juste avant la zone pié­ton­ni­sée, là où les pre­mières vic­times ont été fau­chées par le ca­mion de l’hor­reur. L’im­pen­sable. La fo­lie ab­so­lue. « Des pous­settes et un scoo­ter sont par­tis en l’air. Des mor­ceaux de corps, des jambes, des pieds ont été pro­je­tés sur la por­tière du pas­sa­ger avant mais aus­si sous la voi­ture. Il y avait une quin­zaine de ca­davres par­tout sur le sol. J’ai crié, c’était une scène d’apo­ca­lypse. Au dé­but, je ne com­pre­nais pas, j’ai cru que c’était moi qui avais ren­ver­sé des gens dans la foule. On m’a dit : Cir­cu­lez ! Je suis ren­tré à la mai­son, j’ai vo­mi », ex­plique-t-il.

« Les images re­viennent tou­jours dans mon cer­veau. Je reste pé­tri­fié. »

Comme des cen­taines de té­moins di­rects, Ha­bib a des sé­quelles psy­cho­lo­giques très graves, des bles­sures in­vi­sibles qu’il faut d’ur­gence soi­gner. « Les images re­viennent tou­jours dans mon cer­veau. Je reste pé­tri­fié. Je n’avais ja­mais vu la mort de près. Dès que je ferme les yeux, je re­vois la scène atroce, j’en­tends les cris. Lorsque j’es­saie d’en par­ler, j’ai la chair de poule. Je n’ar­rive même plus à m’oc­cu­per de mon bé­bé. Pour­tant, il fau­drait, il a pas­sé toute la jour­née ( hier) à crier. Je ne pense pas qu’il com­prenne ce qui s’est pas­sé, mais il doit quand même res­sen­tir quelque chose », lâche-t-il. Il peut comp­ter sur le sou­tien pré­cieux de sa femme. « Elle est moins tou­chée que moi, elle est res­tée à l’in­té­rieur de la voi­ture, der­rière avec le bé­bé, elle n’a pas vu les ca­davres », pré­cise-t-il.

Ven­dre­di, le père de fa­mille s’est ren­du à l’hô­pi­tal. « On m’a don­né des ca­chets. Mais je ne constate pas beau­coup d’ef­fets », ra­conte-t-il, avant de mon­trer la boîte d’an­xio­ly­tiques. De­main, sur les conseils du pra­ti­cien hos­pi­ta­lier, il re­tour­ne­ra voir un psy­cho­logue dans son quar­tier. Il est éga­le­ment al­lé dans une sta­tion de net­toyage pour la­ver sa voi­ture et ef­fa­cer les traces de sang. L’im­pact des chocs de­meure, lui, très vi­sible sur la car­ros­se­rie.

Après presque deux ans sans ni­co­tine, l’an­cien ma­çon en in­va­li­di­té vient de se re­mettre à fu­mer. « Après mon AVC, mon mé­de­cin me l’a in­ter­dit mais là, je ne peux pas m’en pas­ser. Je bois aus­si beau­coup de ca­fé alors que je ne de­vrais pas », dit-il. Le qua­dra­gé- naire ori­gi­naire de Sfax est ré­vol­té contre « ce fou » du 14 Juillet. « Il m’a dé­truit. S’il n’était pas mort, je l’au­rais tué… » le­pa­ri­sien.fr Les bles­sures in­vi­sibles d’Ha­bib

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. « Il y avait une quin­zaine de ca­davres par­tout sur le sol », confie Ha­bib qui a as­sis­té au car­nage.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.