« Un ou­til com­mode pour ras­sem­bler »

Ar­naud-Do­mi­nique Houte,

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Propos re­cueillis par N.S.

MAÎTRE de confé­rences à l’uni­ver­si­té Pa­ris-Sor­bonne, Ar­naud-Do­mi­nique Houte est his­to­rien, spé­cia­liste de l’his­toire so­ciale et cultu­relle en France. Il es­time que le re­cours de plus en plus fré­quent au deuil na­tio­nal — au­tre­fois très rare — n’est pas seule­ment dû à la mul­ti­pli­ca­tion des évé­ne­ments tra­giques, mais aus­si à « l’hy­per­mé­dia­ti­sa­tion de l’ac­tua­li­té ». Pour­quoi le deuil na­tio­nal, ap­pa­ru en France en 1930, est-il très uti­li­sé ces der­nières an­nées ? AR­NAUD-DO­MI­NIQUE HOUTE. Son ap­pa­ri­tion cor­res­pond à l’émer­gence de la so­cié­té mé­dia­tique. La dé­mo­cra­ti­sa­tion de la ra­dio et des jour­naux na­tio­naux a eu lieu exac­te­ment à la même époque. Les po­li­tiques ont donc eu be­soin d’un moyen de tou­cher toute la po­pu­la­tion. L’hy­per­mé­dia­ti­sa­tion de l’ac­tua­li­té au­jourd’hui oblige de la même fa­çon à trou­ver des moyens de nom­mer les choses. Le deuil na­tio­nal est un ou­til com­mode pour ras­sem­bler. Les évé­ne­ments tra­giques ont pour­tant tou­jours exis­té ? Il est vrai qu’en 1959 par exemple, la rup­ture d’un bar­rage à Fré­jus (Var) a fait plu­sieurs cen­taines de morts et l’idée n’est pas ve­nue d’ins­tau­rer un deuil na­tio­nal. A l’époque, le re­li­gieux avait une place beau­coup plus im­por­tante et se char­geait de prendre les choses en main dans les mo­ments de crise. Qu’est-ce qui a chan­gé ? La so­cié­té est beau­coup plus ato­mi­sée. Il est très com­pli­qué d’iden­ti­fier les groupes, y com­pris lors des drames. Le re­cours au deuil na­tio­nal est ty­pique d’un be­soin de re­créer des ri­tuels. Ce­la peut donc de­ve­nir le rôle des po­li­tiques de ras­sem­bler lors des at­ten­tats, par exemple.

« Un be­soin de re­créer des ri­tuels »

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