« Une vengeance contre la so­cié­té »

Fa­rhad Khos­ro­kha­var,

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Propos re­cueillis par ARIANE RIOU

SPÉ­CIA­LISTE des ques­tions de ra­di­ca­li­sa­tion et de dji­ha­disme, Fa­rhad Khos­ro­kha­var est pro­fes­seur à l’Ecole des hautes études en sciences so­ciales. Il es­time que l’at­ten­tant de Nice ouvre la voie à un nou­veau genre de ter­ro­risme. A-t-on af­faire à un nou­veau pro­fil de ter­ro­riste ? F ARHAD KHOS­RO­KHA­VAR. Oui, ce­la n’a rien à voir avec ce qu’on a connu ces der­niers temps. Les ter­ro­ristes étaient di­rec­te­ment t élé­com­man­dés par Daech, i l s avaient fait des voyages en Sy­rie et étaient lour­de­ment ar­més. Là, il n’y a rien de tout ça. Même si l’Etat is­la­mique a re­ven­di­qué l’at­ten­tat, il n’y a, jus­qu’à preuve du contraire, rien qui lie Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel à cette or­ga­ni­sa­tion ter­ro- riste. Son acte ne semble pas lié à une ra­di­ca­li­sa­tion re­li­gieuse. Le mo­dus ope­ran­di est le même que ce­lui uti­li­sé par Daech, mais les mo- Il y a des si­mi­li­tudes. Omar Ma­teen, le ter­ro­riste d’Or­lan­do, avait aus­si une soif de vengeance : il vou­lait la­ver son ho­mo­sexua­li­té en tuant des ho­mo­sexuels. Mais il y a quand même une grosse dif­fé­rence : quelques heures avant de pas­ser à l’acte, il avait prê­té al­lé­geance à Daech. Comme pour le ter­ro­riste qui a tué un couple de po­li­ciers à Ma­gnan­ville dans les Yvelines. Il a beau avoir agi seul, il avait lui aus­si men­tion­né l’Etat is­la­mique. Si Daech n’avait pas exis­té, le ter­ro­riste de Nice se­rait quand même pas­sé à l’acte ? Pas f or c é ment, parce que les gens psy­cho­lo­gi­que­ment i ns­tables, comme lui, sont très in­fluen­çables par leur en­vi­ron­ne­ment. Or, avec la mul­ti­pli­ca­tion des at­ten­tats de jan­vier et no­vembre 2015, ce­la a créé un contexte par­ti­cu­lier. Et il a dû s’en ins­pi­rer. Ce­la n’a rien d’idéo­lo­gique. Parce qu’il est in­stable men­ta­le­ment. Avant, les gens dé­pres­sifs se sui­ci­daient. Main­te­nant, l’en­vi­ron­ne­ment créé par Daech les pousse cer­tai­ne­ment à agir ain­si. Le ter­ro­riste de Nice s’est dit : « Moi aus­si je peux faire comme eux. » Daech a in­di­rec­te­ment contri­bué à ce com­por­te­ment. Ce­la si­gni­fie-t-il que la ty­po­lo­gie des ter­ro­ristes est en­core ame­née à évo­luer ? Cer­tai­ne­ment, tant qu’il y au­ra des gens fra­giles psy­cho­lo­gi­que­ment. Et il fau­dra faire at­ten­tion à ne pas at­tri­buer au­to­ma­ti­que­ment ces actes de vio­lence à l’Etat is­la­mique. Ça peut être dan­ge­reux parce qu’on lui ac­corde une puis­sance qu’il n’a pas.

« Avant, les gens dé­pres­sifs se sui­ci­daient. Main­te­nant, l’en­vi­ron­ne­ment créé par Daech les pousse à agir ain­si »

Fa­rhad Khos­ro­kha­var.

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