Une ra­di­ca­li­sa­tion express

Le ter­ro­riste Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel au­rait bas­cu­lé ré­cem­ment et ra­pi­de­ment, évo­quant même Daech, qui a re­ven­di­qué l’at­ten­tat de Nice. Cinq per­sonnes, dont son ex-femme, étaient tou­jours en garde à vue hier soir.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - STÉ­PHANE SELLAMI (AVEC TI­MO­THÉE BOUTRY À NICE)

DEUX JOURS après l’at­taque au ca­mion qui a semé la mort et la dé­so­la­tion sur la pro­me­nade des An­glais à Nice (Alpes-Ma­ri­times), le groupe ter­ro­riste Daech a re­ven­di­qué cet at­ten­tat, hier ma­tin. « L’au­teur de l’opé­ra­tion […] me­née à Nice en France est un sol­dat de l’Etat is­la­mique. Il a exé­cu­té l’opé­ra­tion en ré­ponse aux ap­pels lan­cés pour prendre pour cible les res­sor­tis­sants des pays de la coa­li­tion qui com­bat l’EI », a af­fir­mé l’agence Amaq, liée au groupe dji­ha­diste, ci­tant une « source de sé­cu­ri­té ». Pour l’heure, même si cette re­ven­di­ca­tion de­meure « vague », plu­sieurs spé­cia­listes du groupe Etat is­la­mique sou­lignent que ses di­ri­geants ne se sont ja­mais jus­qu’ici at­tri­bué des at­taques de ma­nière « op­por­tu­niste ».

De leur cô­té, les en­quê­teurs de la Di­rec­tion cen­trale de la po­lice ju­di­ciaire (DCPJ) n’ont pas dé­cou­vert d’élé­ments in­di­quant que l’au­teur de ce car­nage avait prê­té al­lé­geance à ce groupe ter­ro­riste avant son pas­sage à l’acte. Se­lon nos in­for­ma­tions, l’ex­ploi­ta­tion de son or­di­na­teur por­table n’au­rait rien ré­vé­lé de sus­pect.

Se­lon Ber­nard Ca­ze­neuve, la tue­rie de masse per­pé­trée par Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, 31 ans, est « un at­ten­tat d’un type nou­veau », com­mis par des per­sonnes qui s’en­gagent « sans né­ces­sai­re­ment avoir par­ti­ci­pé aux com­bats, sans né­ces­sai­re­ment avoir été en­traî­nées ».

Pour au­tant, les gardes à vue de cinq per­sonnes — son ex-épouse et quatre hommes dont les nu­mé­ros de té­lé­phone ont été re­le­vés dans ce­lui du ter­ro­riste — ont per­mis d’ap­prendre que Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel se se­rait « ra­di­ca­li­sé ra­pi­de­ment » et au­rait évo­qué Daech a u c o ur s des der­niers jours. Tou­jours se­lon eux, le ter­ro­riste au­rait éga­le­ment quelque peu chan­gé d’at­ti­tude ré­cem­ment, no­tam­ment au re­gard de « sa consom­ma­tion d’al­cool ».

Par­mi les gar­dés à vue fi­gure Ram­zie A., un jeune Fran­çais d’ori­gine tu­ni­sienne de 22 ans, ar­rê­té dans des condi­tions par­ti­cu­liè­re­ment mus­clées, sous les yeux de sa mère al­lon­gée au sol et te­nue en joue par des po­li­ciers.

Se­lon son avo­cat, Me Jean-Pas­cal Pa­do­va­ni, « la pré­sence » de son client dans le re­gistre té­lé­pho­nique de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel ne jus­ti­fiait pas « un tel trai­te­ment ». « Les sus­pi­cions de sou­tien lo­gis­tique ne sont ab­so­lu­ment pas étayées, pour­suit le pé­na­liste. Lors de la per­qui­si­tion, les en­quê­teurs n’ont dé­cou­vert au­cun élé­ment le rat­ta­chant de près ou de loin à l’is­lam ra­di­cal. »

« Le tueur était en re­la­tion avec des per­sonnes elles-mêmes en contact avec des is­la­mistes ra­di­caux », a af­fir­mé une source proche de l’en­quête. Hier soir, des vé­ri­fi­ca­tions étaient tou­jours en cours pour éta­blir « le de­gré de re­la­tion » entre Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel et ces is­la­mistes ra­di­caux. Mais, tou­jours se­lon nos in- for­ma­tions, ce lien sem­ble­rait re­la­ti­ve­ment té­nu.

« Pour l’heure, son nom n’ap­pa­raît, ni de près ni de loin, dans au­cun dos­sier de ter­ro­risme, as­sure un proche de l’af­faire. Certes, sa ra­di­ca­li­sa­tion par pe­tites touches semble dé­sor­mais se des­si­ner mais ce­la n’ex­plique pas son geste. En re­vanche, sa pro­pen­sion à perdre le contrôle de ses nerfs et à de­ve­nir violent a lar­ge­ment été confir­mée. »

En­fin, le scé­na­rio de l’im­pré­vi­sible at­taque fo­men­tée par le ter­ro­riste a été pré­ci­sé, hier, par les au­to­ri­tés. Celles-ci ont in­di­qué que le conduc­teur du ca­mion fri­go­ri­fique de 19 t avait « for­cé le pas­sage en mon­tant sur le trot­toir », pour ac­cé­der à la par­tie pié­tonne de la pro­me­nade des An­glais. Se­lon la mai­rie de Nice, il s’est écou­lé à peine 45 se­condes entre le mo­ment où le ca­mion a pé­né­tré dans la zone in­ter­dite et le mo­ment où son chauf­feur a été abatt u, après avoir écra­sé près de 300 per­sonnes.

Le conduc­teur du ca­mion fri­go­ri­fique a « for­cé le pas­sage en mon­tant sur le trot­toir » pour ac­cé­der à la par­tie pié­tonne de la pro­me­nade des An­glais

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. La po­lice a pro­cé­dé à l’ar­res­ta­tion de trois membres de l’en­tou­rage de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel hier ma­tin avant de les pla­cer en garde à vue. C’est eux qui af­firment que le ter­ro­riste se se­rait ra­di­ca­li­sé ra­pi­de­ment.

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