« Il avait des crises, où il cas­sait tout »

Le père de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - M’saken (Tu­ni­sie) De notre cor­res­pon­dante Ja­ber, frère de Mo­ha­med JIHANE BERGAOUI

POUR TEN­TER d’échap­per aux ca­mé­ras, les soeurs sortent de la mai­son le vi­sage dis­si­mu­lé par un fou­lard. Les échanges avec la fa­mille sont suc­cincts. Sur les nerfs, épui­sée, elle s’est re­tran­chée dans la mai­son du père de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, dans le quar­tier tran­quille de Ja­bliyin à M’saken, ville po­pu­laire à 10 km en­vi­ron de Sousse. « Je ne com­prends pas ce qui s’est pas­sé. C’est une fa­mille tran­quille. Les soeurs sont ran­gées, le père est res­pec­té par la moi­tié de la ville », confie une voi­sine qui sou­haite gar­der l’ano­ny­mat.

La thèse de la ra­di­ca­li­sa­tion ? La fa­mille ne veut pas y croire. « Il ne priait pas, ne fai­sait pas le ra­ma­dan ! » lâche Ja­ber, l’un de ses frères. Mais la fa­mille connais­sait-elle vrai­ment Mo­ha­med ? De­puis qu’il était par­ti en France, au mi­lieu des an­nées 2000, les liens entre l’as­saillant de Nice et sa fa­mille s’étaient dis­ten­dus. Il n’était « pas ren­tré à M’saken de­puis quatre ans, af­firme son père, le vi­sage creu­sé par la dou­leur. Il don­nait ra­re­ment des nou­velles. » Le soir du 6 juillet, il a ap­pe­lé à l’oc­ca­sion de la fête de l’Aïd-el-Fi­tr, qui marque la fin du ra­ma­dan. « Il a pas­sé le bon­jour à tout le monde. On n’a rien re­mar­qué d’étrange. »

« Peut-être a-t-il eu une crise ? » s’in­ter­roge son père. Lui met en avant une fra­gi­li­té psy­cho­lo­gique, des « troubles ner­veux ». Et pour ap­puyer sa thèse, il bran­dit la pho­to­co­pie d’une or­don­nance d’un psy­chiatre da­tée de 2004.

« Mon fils a pas­sé des pé­riodes dif­fi­ciles. Je l’ai em­me­né chez un psy­chiatre. Il a pris ses trai­te­ments et on pen­sait qu’il al­lait bien. Mais, de temps en temps, il avait des crises, où il cas­sait tout. Il a eu des pro­blèmes avec sa femme, je crois que ça a in­fluen­cé son es­prit », re­con­naît fi­na­le­ment son père. Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel était ma­rié avec une Ni­çoise fran­co-tu­ni­sienne. Une cou­sine ori­gi­naire de la même ville de M’saken, avec qui il a eu trois en­fants. Mais, après des vio­lences conju­gales, le couple s’était sé­pa­ré.

Se­lon le frère, Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel comp­tait ren­trer en Tu­ni­sie le 17 juillet « pour fê­ter la cir­con­ci­sion de son fils ».

« Il ne priait pas, ne fai­sait pas le ra­ma­dan ! »

M’saken (Tu­ni­sie), ven­dre­di. Des ha­bi­tants viennent voir la mai­son fa­mi­liale de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, l’au­teur du mas­sacre de Nice, dans la­quelle il a pas­sé son en­fance.

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