In­cré­du­li­té dans la ville na­tale du tueur

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - M’saken (Tu­ni­sie) Wa­lid, 26 ans, ami d’en­fance de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel J.B.

Ali­gnés contre un mur, dans les quelques cen­ti­mètres d’ombre dis­po­nibles, de pe­tits groupes d’hommes se sont for­més spon­ta­né­ment de­vant la mai­son fa­mi­liale. Ils s’échangent des bribes d’in­for­ma­tions, des ru­meurs ré­col­tées de­puis ven­dre­di ma­tin sur le « fils du quar­tier », Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, l’au­teur du mas­sacre du 14 Juillet à Nice. Ha­bi­tuel­le­ment tran­quille, ce quar­tier ré­si­den­tiel de M’saken voit dé­fi­ler, de­puis ven­dre­di ma­tin, nombre de cu­rieux et de jour­na­listes. En short et po­lo, un jeune homme tend l’oreille lors­qu’un des frères du tueur lâche quelques mots. « Fran­che­ment, je suis cho­qué que ça soit un gars d’ici ! » ex­plique ce jeune Tu­ni­sien. Ici, per­sonne n’a le moindre dé­but d’ex­pli­ca­tions. Per­sonne ne peut ima­gi­ner les mo­ti­va­tions qui ont pous­sé ce chauf­feur-li­vreur de 31 ans à com­mettre un tel acte. Les voi­sins, eux, se sou­viennent d’un jeune homme « nor­mal ». « Du genre calme. Ici, il est connu comme quel­qu’un de gen­til », pré­cise Wa­lid, 26 ans, qui le fré­quente de­puis ses 10 ans. Se­lon lui, son ami d’en­fance ai­mait faire du sport et « prendre soin de lui », mais « je ne l’ai ja­mais vu se ba­gar­rer dans la rue ou bien en­tendre quel­qu’un se plaindre de lui ». On est loin du por­trait qui se des­sine de­puis le car­nage de Nice. En France, comme l’a in­di­qué dès ven­dre­di le pro­cu­reur de Pa­ris, Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel était « connu des ser­vices de po­lice et de jus­tice pour des faits de me­naces, vio­lences, vols et dégradations com­mis entre 2010 et 2016 ». Mais à M’saken, sa ré­pu­ta­tion sem­blait pré­ser­vée. « C’était un gen­til gar­çon », as­sure Mo­ha­med, un Tu­ni­sien ins­tal­lé sur la Côte d’Azur de­puis qua­rante ans. « Je l’ai croi­sé dans un ca­fé à Nice il y a une ving­taine de jours. S’il était dji­ha­diste, il au­rait une barbe et ne traî­ne­rait pas au ca­fé. Je ne peux pas croire qu’il se soit ra­di­ca­li­sé », ajoute Mo­ha­med, in­cré­dule. Aux ter­rasses des ca­fés, tous ne parlent que de ça. Cer­tains s’in­quiètent de la « mau­vaise pu­bli­ci­té » don­née à M’saken, lo­ca­li­té de 55 000 ha­bi­tants. Une im­por­tante com­mu­nau­té de

« Ici, il est connu comme quel­qu’un de gen­til »

Tu­ni­siens de cette ville vit d’ailleurs à Nice et dans sa ré­gion, puisque de nom­breuses fa­milles s’y sont ex­pa­triées de­puis les an­nées 1970. « J’étais en Tu­ni­sie le jour de l’at­taque. J’ai eu peur pour mes amis res­tés à Nice », ex­plique l’un des jeunes hommes re­grou­pés de­vant la mai­son, avant d’ajou­ter : « Ici, on condamne tous cet acte. » Par­mi les 84 vic­times de l’at­taque du 14 Juillet, quatre sont tu­ni­siennes. Le pôle an­ti­ter­ro­riste tu­ni­sien a ou­vert une en­quête ju­di­ciaire du fait de la na­tio­na­li­té de l’au­teur pré­su­mé, mais aus­si de la pré­sence de res­sor­tis­sants tu­ni­siens par­mi les vic­times.

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