« Le fa­ta­lisme n’est pas une politique »

Après l’at­taque de Nice, Alain Jup­pé ac­cuse le gou­ver­ne­ment d’avoir per­du du temps face à la me­nace ter­ro­riste et le somme de pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Propos re­cueillis par OLI­VIER BEAU­MONT

CAN­DI­DAT à la pri­maire de la droite et du centre, l’an­cien Pre­mier mi­nistre re­vient sur les propos po­lé­miques qu’il a te­nus après l’at­taque de jeu­di et dé­ve­loppe ses pro­po­si­tions face au ter­ro­risme. Vous avez ac­cu­sé l’exé­cu­tif en dé­cla­rant que « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’au­rait pas eu lieu ». Ce­la a beau­coup sur­pris… ALAIN JUP­PÉ. Je vou­drais d’abord re­dire ma com­pas­sion pour les vic­times. Ne les ou­blions pas dans ce mo­ment de choc pour la na­tion. Je ne fais de polémique avec per­sonne. Je connais la dif­fi­cul­té de la tâche, mais le fa­ta­lisme n’est pas une politique. Nous pou­vons faire plus et mieux même si, bien sûr, le risque zé­ro n’exis­te­ra ja­mais. Vous consi­dé­rez que Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls n’en font pas as­sez ? Je ne veux pas don­ner de le­çons. Mais il est clair qu’au­jourd’hui il faut pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure dans ce com­bat qui est une me­nace per­ma­nente et d’une ex­trême gra­vi­té. Je ne me ré­signe pas à ces évé­ne­ments tra­giques. Si nous sommes en guerre, ti­rons-en les consé­quences.

« Il faut res­ser­rer le maillage du ren­sei­gne­ment, car d’évi­dence il y a en­core des dé­faillances »

Comment, con­crè­te­ment ? Nous avons des pro­grès à faire dans plu­sieurs do­maines. J’ai fait des pré­co­ni­sa­tions en jan­vier dans mon livre « Pour un Etat fort » (Ed. JC Lat­tès). Nous de­vrions mieux dé­ployer nos forces de l’ordre sur le ter­rain, c’est-à-dire les po­li­ciers, les gen­darmes et les mi­li­taires de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle. Ils ac­com­plissent un tra­vail re­mar­quable, mais ils sont épui­sés après des mois de mo­bi­li­sa­tion. Dans mon livre, je pré­co­ni­sais un re­cours et un dé­ploie­ment des ré­serves opé­ra­tion­nelles pour les sou­la­ger. J’ob­serve que le pré­sident de la Ré­pu­blique l’a an­non­cé avant-hier… C’est bien, mais c’est tard. Y a-t-il eu des failles en termes de ren­sei­gne­ment ? Jus­te­ment, il faut res­ser­rer le maillage du ren­sei­gne­ment, car d’évi­dence il y a en­core des dé­faillances, en par­ti­cu­lier dans le ren­sei­gne­ment ter­ri­to­rial qui ne dis­pose pas des moyens suf­fi­sants et qui n’as­so­cie pas suf­fi­sam­ment la gen­dar­me­rie, très pré­sente sur le ter­rain. De plus, nous de­vons dur­cir la ré­ponse pé­nale, no­tam­ment pour un cer­tain nombre de crimes ter­ro­ristes. Et pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure dans la lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion des es­prits, no­tam- ment au sein de l’école, sur In­ter­net et dans les pri­sons. En ce qui concerne les pri­sons, je sug­gère d’ailleurs la créa­tion d’une po­lice pé­ni­ten­tiaire. J’ai vu que Jean-Jacques Ur­voas ( NDLR : le mi­nistre de la Jus­tice) me re­joi­gnait sur ce point. Eh bien, très bien, pas­sons à l’acte ! Il y avait plus de 120 po­li­ciers jeu­di soir à Nice, ville où la vi­déo­sur­veillance est la plus dé­ve­lop­pée de France. Ce­la n’a pas em­pê­ché le drame… Il faut sa­voir pour­quoi ce sys­tème de vi­déo­pro­tec­tion très per­fec­tion­né n’a pas suf­fi. J’étais à Nice il y a quelques se­maines, on m’a ex­pli­qué son ex­trême ef­fi­ca­ci­té. Il faut com­prendre ce qui n’a pas fonc­tion­né afin d’en ti­rer les conclu­sions pour l’ave­nir. Comment un ca­mion aus­si lourd peut-il pé­né­trer sur un site pié­ton­nier aus­si sé­cu­ri­sé ? Ch­ris­tian Es­tro­si a eu rai­son de po­ser la ques­tion. Est-on face à une nou­velle forme de ter­ro­risme ? Mais qui en­tre­tient cette polémique par la vio­lence de ses propos ? Les mi­nistres fe­raient mieux d’as­su­mer leurs res­pon­sa­bi­li­tés plu­tôt que de s’en prendre à l’op­po­si­tion. Les choses doivent être dites. Et je me sou­viens de la ré­ac­tion de Fran­çois Hol­lande après les crimes abo­mi­nables de Mo­ha­med Me­rah… On vous sus­pecte de cou­rir après Ni­co­las Sar­ko­zy sur les ques­tions de sé­cu­ri­té ! Je dis ce que je pense de­puis long­temps. @oli­vier­beau­mont

Alain Jup­pé es­time que « nous ne pou­vons pas vivre en état d’ur­gence comme nous vi­vons d’ha­bi­tude ». Il ap­pelle donc le gou­ver­ne­ment à en ti­rer les consé­quences sur l’or­ga­ni­sa­tion des grandes ma­ni­fes­ta­tions pu­bliques.

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