Am­biance ten­due aux Quatre-Temps à La Dé­fense

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Lucie, 25 ans Un re­trai­té, client du centre com­mer­cial MAT­THIEU PELLOLI Propos re­cueillis par AR­THUR LINDON

« C’ EST COMME À L’ AÉ­RO­PORT, ma ché­rie, ex­plique une ma­man à sa pe­tite fille qui fait la gri­mace alors qu’un vi­gile ap­proche son dé­tec­teur de mé­taux. Main­te­nant, dans tous les ma­ga­sins, on vé­ri­fie ce qu’il y a dans les sacs. » Hier après­mi­di, le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té était i mpr e s s i o n n a n t à L a Dé f e n s e (Hauts-de-Seine) : po­li­ciers et mi­li­taires en pa­trouille sur la dalle, ou­ver­ture sys­té­ma­tique des sacs par des vi­giles à l’en­trée du Cnit et du centre com­mer­cial des Qua­treTemps, puis nou­velle fouille à l’en­trée de nom­breux ma­ga­sins. Après l’at­ten­tat per­pé­tré à Nice jeu­di, les craintes d’une at­taque sont à nou­veau vives, alors que le quar­tier d’af­faires et le centre com­mer­cial — fré­quen­tés par des cen­taines de mil­liers de per­sonnes tous les jours — de­meurent des cibles pri­vi­lé­giées pour les ter­ro­ristes. Avant de mou­rir lors de l’as­saut du Raid vi­sant un ap­par­te­ment de Saint-De­nis (Sei­neSaint-De­nis), l’or­ga­ni­sa­teur pré­su­mé des at­ten­tats du 13 No­vembre, Ab­del­ha­mid Abaaoud, et un com­plice avaient pro­gram­mé de com­mettre un at­ten­tat sui­cide contre le com­mis­sa­riat de La Dé­fense ain­si qu’aux Quatre-Temps.

Hier après-mi­di, pour ac­cé­der au par­king du Cnit, il fal­lait donc mon­trer patte blanche… et faire la queue plu­sieurs mi­nutes, le temps qu’un agent de sé­cu­ri­té pro­cède au contrôle sys­té­ma­tique des coffres des vé­hi­cules. A l’in­té­rieur du Cnit et du centre com­mer­cial, la ten­sion était vi­sible — il a suf­fi qu’un bal­lon d’en­fant ex­plose pour que les vi­sages se crispent im­mé­dia­te­ment — mais les clients s’étaient dé­pla­cés nom­breux pour pro­fi­ter des soldes. « Le risque d’at­ten­tat ? Bien sûr, j’y pense, ad- met Lucie, 25 ans, grande brune élé­gante. Mais il faut conti­nuer à vivre. Les pa­trouilles, les vi­giles, les ca­mé­ras de sé­cu­ri­té, ça me ras­sure. »

La di­rec­tion des Quatre-Temps — qui n’a pas ré­pon­du à nos sol­li­ci­ta­tions — sem­blait d’ailleurs l’avoir bien com­pris, tout comme les en­seignes, avec le dé­ploie­ment d’un dis­po­si­tif im­po­sant d’agents de sé­cu­ri­té. Pas de ren­forts pour au­tant de­puis l’at­ten­tat de Nice : « De­puis no­vembre der­nier, nous sommes dé­jà au maxi­mum de ce que nous pou­vons faire », confiait la gé­rante d’une en­seigne de prêt-à-por­ter. Même écho à Dé­cath­lon : « Après les at­ten- « Pas vrai­ment. Sur le prin­cipe, leur pré­sence peut faire du bien, de­vant les grands ma­ga­sins par exemple. Ce­la fe­rait bi­zarre d’y voir l’ar­mée ou la po­lice. Ce qui m’in­quiète, c’est que la sé­cu­ri­té pri­vée est un mar­ché comme un autre. De­puis 2015, les re­cru­te­ments se font à tour de bras et la formation ou le sui­vi ne sont pas for­cé­ment as­su­rés. On ne peut com­pa­rer leur ef­fi­ca­ci­té à celle des forces de l’ordre. » tats du 13 No­vembre, la sé­cu­ri­té a été lar­ge­ment ren­for­cée, sou­ligne Char­lotte Fran­cil­lon, la res­pon­sable d’ex­ploi­ta­tion. Nous avons em­bau­ché trois agents sup­plé­men­taires dans le ma­ga­sin pour vé­ri­fier les sacs et pour pa­trouiller. De­puis Nice, nous n’avons pas re­çu de consignes par­ti­cu­lières, ni d’Uni­bail- Ro­dam­co (NDLR : pro­prié­taire du Cnit et des Quatre-Temps) ni de l’Etat. »

La sé­cu­ri­té est of­fi­ciel­le­ment « maxi­male » mais cer­tains ba­dauds, pour­tant, ne se sen­taient pas ras­su­rés. « Les vi­giles, c’est pu­re­ment psy­cho­lo­gique. L’unique bon cô­té des choses, c’est que ça fait de l’em­ploi », lâche un re­trai­té… Cer­tains vi­giles eux-mêmes l’ad­mettent, sous cou­vert d’ano­ny­mat : « Nous avons le droit de faire ou­vrir les sacs, mais pas da­van­tage. Un vi­gile sans arme, à qui l’on in­ter­dit de fouiller, c’est pas plus ef­fi­cace qu’une hô­tesse d’ac­cueil ! » La pré­fec­ture des Hauts- de-Seine es­père pour­tant le contraire. De­puis quelques se­maines, elle teste Vi­gie, une formation pour les agents de sé­cu­ri­té du quar­tier d’af­faires. Ob­jec­tif : leur ap­prendre à gé­rer ou à évi­ter une at­taque dji­ha­diste. Un spé­cia­liste de la mou­vance is­la­mique est ve­nu dé­tailler les signes de com­por­te­ment sus­pects que les agents doivent sa­voir re­pé­rer : la ner­vo­si­té, la te­nue, le re­gard, les mou­ve­ments…

Le hic ? Beau­coup de clients, trau­ma­ti­sés par les évé­ne­ments de­puis qua­rante-huit heures, af­fichent une cer­taine ner­vo­si­té et ces re­gards in­quiets.

« Le risque d’at­ten­tat ? Bien sûr, j’y pense. » « Les vi­giles, c’est pu­re­ment psy­cho­lo­gique. L’unique bon cô­té des choses, c’est que ça fait de l’em­ploi. »

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