A Pa­ris, des tou­ristes étran­gers entre crainte et fa­ta­lisme

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Frank, un tou­riste aus­tra­lien FLO­RIAN LOI­SY

« WE’RE in God’s hands. »* Lee, Chi­nois de 50 ans, se pro­me­nait hier avec trois amis sur l’ave­nue des Champs-Ely­sées, à Pa­ris (VIIIe ar­ron­dis­se­ment). Au cours de son pé­riple dans l’Hexa­gone, il doit se rendre à Nice dans deux jours. Sans ap­pré­hen­sion par­ti­cu­lière. Mais il s’en re­met à Dieu : « Je crois en lui, lâche-t-il en poin­tant son doigt vers le ciel tout en lé­chant une glace. Je pense que ce n’est pas mon heure. De toute fa­çon, c’est trop tard pour an­nu­ler mon voyage. »

A l’ins­tar de Lee, de nom­breux autres tou­ristes os­cil­lent entre crainte et fa­ta­lisme. « Des at­ten­tats, il y en a eu avant et il y en au­ra après nos va­cances en France, c’est triste et ça nous af­fecte. Mais ce­la ne change rien à nos pro­jets. Je vou­lais que ma femme vienne dé­cou­vrir ce pays », dit Mar­cos, ori­gi­naire d’Es­pagne, ins­tal­lé en Co­rée du Sud de­puis plu­sieurs an­nées avec Sij-Kong. « On avait choi­si de ve­nir dès le mois de dé­cembre, juste après les at­ten­tats de Pa­ris. Ces nou­veaux évé­ne­ments ne nous fe­ront pas ren- trer chez nous », as­surent de leur cô­té Hris­to et Min­de­va, ve­nus pour dix jours de Bul­ga­rie avec leur fille, qu’ils tentent de « pré­ser­ver de toute cette hor­reur ».

« Ça nous rend triste de voir ça, on est à l’abri chez nous au Ca­na­da, mais on a l’ha­bi­tude de ces ter­ribles nou­velles chez nos voi­sins amé­ri­cains », glisse Da­ryl, sexa­gé­naire de To­ron­to qui ne peut plus mo­di­fier ses va­cances quoi qu’il ar­rive. « Tous ces morts à Nice, ça cham­boule les es­prits, on fait da­van­tage at­ten­tion, on ne prend pas le mé­tro par exemple, on fait tout en taxi de­puis deux jours, dé­taille Frank, un Aus­tra­lien ve­nu en fa­mille vi­si­ter Pa­ris. On a peur pour nos en­fants. J’y re­flé­chi­rai à deux fois avant de re­faire un voyage en France. »

D’autres semblent aux aguets près du rond-point de l’Etoile. « Je re­garde à deux fois main­te­nant avant de tra­ver­ser une rue, je sais c’est bi­zarre, mais on y pense for­cé­ment », sou­pire Si­ham, une Tu­ni­sienne ve­nue re­trou­ver des amis à Pa­ris pour quelques jours.

Va­len­tine et Me­la­ry, deux im­menses Russes de 19 ans ac­com­pa­gnées de leurs co­pains « hé­sitent main­te­nant » à se rendre à la tour Eif­fel. « On a peur, mais on va quand même faire le tour des mo­nu­ments pré­vus, af­firme Va­len­tine. On ne pren­dra pas le mé­tro, mais on fe­ra tout ce qu’on avait pré­vu. » Leur pé­riple les em­mène en­suite en Bre­tagne. « On se sen­ti­ra mieux là­bas, il y a moins de risque je pense », se ras­sure-t-elle.

Fran­ces­co, voya­geur dans l’âme et Lon­do­nien d’adop­tion, ba­laye toute ap­pré­hen­sion. « En France ou ailleurs, ces at­ten­tats peuvent ar­ri­ver n’im­porte où et n’im­porte quand. Donc il faut vivre, sans s’en sou­cier. »

« On fait tout en taxi de­puis deux jours »

* « Nous sommes dans les mains de Dieu. »

Champs-Ely­sées (Pa­ris VIIIe), hier. « Des at­ten­tats, il y en a eu avant et il y en au­ra après nos va­cances en France », es­timent Mar­cos et sa femme, ins­tal­lés en Co­rée du Sud.

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