« De­hors ça ti­rait, alors j’ai at­ten­du à l’hô­tel »

Mus­ta­fa*,

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - VINCENT VÉRIER

Sa tarte aux ce­rises, Mus­ta­fa* ne la fi­ni­ra ja­mais. Ven­dre­di soir, quand le coup d’Etat éclate, ce père de fa­mille turc de 43 ans, dont qua­rante pas­sés en France, dîne avec une connais­sance à l’hô­tel Rixos, un éta­blis­se­ment luxueux d’An­ka­ra, si­tué à quelques en­jam­bées du Par­le­ment turc. « J’ai re­çu un SMS de ma femme qui me di­sait qu’il se pas­sait des choses graves. Des chars s’étaient po­si­tion­nés sur un pont du Bos­phore, à Is­tan­bul, ra­conte ce di­rec­teur com­mer­cial dans une en­tre­prise de bâ­ti­ment. Quelques ins­tants après, on a en­ten­du des avions de chasse F-16 pas­ser en rase-mottes au-des­sus du Par­le­ment, puis des di­zaines de chars sont ar­ri­vés. On a com­pris qu’il y avait un coup d’Etat. » Pas ques­tion alors pour ce père de trois en­fants de quit­ter l’éta­blis­se­ment. « De­hors, ça ti­rait par­tout, alors j’ai at­ten­du à l’hô­tel. On ne sa­vait pas qui étaient les put­schistes et qui étaient les loya­listes. Les chars écra­saient des voi­tures, ti­raient. La foule a gros­si ra­pi­de­ment après l’ap­pel d’Er­do­gan. C’est elle qui a ar­rê­té les put­schistes. » Au­tour de 3 heures du ma­tin, des bruits d’ex­plo­sions re­ten­tissent. « Ça ve­nait du pa­lais pré­si­den­tiel, si­tué à 1,5 km. On a vu ar­ri­ver une de­mi-dou­zaine d’hé­li­co­ptères. Ils ont ti­ré plu­sieurs mis­siles sur le Par­le­ment. » Vers 7 h 30, c’est le re­tour au calme. « Je suis sor­ti en cou­rant pour ré­cu­pé­rer ma voi­ture. Il y avait une di­zaine de ca­davres, confie Mus­ta­fa. Les mé­dias parlent de 250 morts. Je pense qu’il y en a eu au moins le double. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.