« Ici, il n’y avait que des ba­tailles de fleurs »

Jean-Jacques Ailla­gon,

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Propos re­cueillis par YVES JAEGLÉ

Jean-Jacques Ailla­gon, an­cien mi­nistre de la Culture de Jacques Chi­rac, qui a di­ri­gé le Centre Pom­pi­dou et le châ­teau de Ver­sailles, porte de­puis 2015 la can­di­da­ture de la ville de Nice pour faire en­trer la pro­me­nade des An­glais au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té, à l’Unes­co. Il a or­ga­ni­sé en 2013 une sé­rie d’ex­po­si­tions sur Ma­tisse et Nice, puis en 2015 sur l’his­toire de la Pro­me­nade elle-même, dans plu­sieurs mu­sées de la ville. La pro­me­nade des An­glais, ce n’est pas seule­ment un front de mer, mais un sym­bole cultu­rel, ar­tis­tique ? JEAN-JACQUES AILLA­GON. C’est d’abord le sym­bole d’une ville. Quand Nice m’a confié en 2015 le pro­jet de can­di­da­ture pour ins­crire la pro­me­nade au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té, j’avais lan­cé un ap­pel à sou­ve­nirs, dans la po­pu­la­tion. J’ai été très ému par tout ce que nous avions re­çu : dans toutes les fa­milles ni­çoises, on s’est fait pho­to­gra­phier avec les bé­bés, les en­fants, les grands-pa­rents, sur la pro­me­nade. C’est leur lieu de ras­sem­ble­ment. Un lieu qui in­carne aus­si tout ce que cer­tains dé­testent : la re­cherche du bon­heur, à par­tir de la fin du XVIIIe siècle. C’est quoi, cette re­cherche du bon­heur ? Au­tre­fois, on voya­geait pour faire la guerre, ou du com­merce. Pas pour la beau­té d’un pay­sage, du ri­vage. La ville nou­velle de Nice s’est for­mée pour les vil­lé­gia­tures d’hi­ver, puis les va­cances d’été. C’est l’une des pre­mières villes en Eu­rope où l’on a construit des im­meubles face à la mer, plu­tôt que des rem­parts pour s’en pro­té­ger. De 1760 à 1860 en­vi­ron, la seule ac­ti­vi­té à Nice, c’est le tourisme. Des guides an­glais, al­le­mands pa­raissent très tôt. Les An­glais amou­reux de la ville s’as­so­cient fi­nan­ciè­re­ment entre eux pour trans­for­mer ce qui n’était qu’un sen­tier de bord de mer, de fond de jar­dins, en lieu de pro­me­nade, une pe­tite route en pierres, d’où le nom de pro­me­nade des An­glais… Les pre­miers pal­miers ar­rivent vers 1860, la route s’élar­git. Les peintres, qui com­prennent tout de suite cette mo­der­ni­té, suivent, Ma­tisse mais aus­si Du­fy, qui consacre une bonne par­tie de sa vie à la peindre. Qu’a-t-elle de si spé­cial pour eux, cette pro­me­nade ? Il y a une sorte de per­fec­tion entre cet ur­ba­nisme des pa­laces, des mai­sons et cette courbe ma­gni­fique de la baie des Anges, qui est comme une scé­no­gra­phie, avec les col­lines et les mon­tagnes au fond. Si ces 6 km de pro­me­nade étaient rec­ti­lignes, ce ne se­rait pas du tout pa­reil. Cette grâce a tou­ché tout le monde. ici, il n’y avait jusque-là que des ba­tailles… de fleurs, avec le car­na­val. La pro­me­nade des An­glais est tou­jours can­di­date au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té, ou ce­la pa­raît se­con­daire dans ces cir­cons­tances ? J’ai fait un tweet ven­dre­di, pour dire qu’au­jourd’hui en­core plus qu’hier la pro­me­nade fait par­tie du pa­tri­moine de l’hu­ma­ni­té bles­sée, de ceux qui croient à la li­ber­té, à la to­lé­rance.

« Un lieu qui in­carne la re­cherche du bon­heur »

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