Le temps du re­cueille­ment

MI­NUTE DE SI­LENCE. Trois jours après l’attentat qui a eu lieu sur la pro­me­nade des An­glais à Nice, tout le pays rend hom­mage aux 84 per­sonnes qui ont per­du la vie.

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - ÉLODIE CHERMANN

APRÈS LE CHOC et la si­dé­ra­tion, l’heure est au re­cueille­ment à Nice. Alors que les pre­miers per­mis d’in­hu­mer sont dé­li­vrés aux fa­milles en­deuillées et que 49 vic­times se trouvent tou­jours en ur­gence vi­tale à l’hô­pi­tal, tou­ristes et lo­caux se re­laient sans in­ter­rup­tion, de­puis hier, sur la pro­me­nade des An­glais. Le vi­sage fer­mé, les yeux rem­plis de larmes, cer­tains viennent dé­po­ser des fleurs, d’autres al­lument des bou­gies ou disent des prières, en mé­moire des 84 per­sonnes qui ont pé­ri dans l’attentat de Nice.

A mi­di, l’hom­mage na­tio­nal

« Dans toutes les cultures, les hommes ont cou­tume d’ac­com­pa­gner leurs morts et de leur rendre hom­mage », constate Hé­lène Ro­ma­no, doc­teur en psy­cho­pa­tho­lo­gie et au­teur d’« Après l’orage : Comment par­ler des at­ten­tats avec les en­fants » (Ed. Courtes et Longues). « Mettre des fleurs et des bou­gies au len­de­main d’un drame est un moyen pour eux de re­de­ve­nir ac­teurs de leur des­tin et de ré­in­jec­ter de la vie là où il y a eu la mort. Les en­fants ont vrai­ment be­soin de ça pour ma­té­ria­li­ser ce qui s’est pas­sé. »

Au-de­là des fron­tières de la ville, c’est tout le pays qui com­mu­nie­ra, au­jourd’hui, lors de la mi­nute de si­lence pré­vue à mi­di. « Ins­ti­tué après la Pre­mière Guerre mon­diale pour per­mettre aux fa­milles qui n’avaient pas pu ré­cu­pé­rer la dé­pouille de leurs proches de faire leur deuil, ce pro­to­cole s’était peu à peu per­du au fil du temps », ra­conte Hé­lène Ro­ma­no. Avec les at­ten­tats de jan­vier et sur­tout de no­vembre 2015, il a re­trou­vé tout son sens. « Dans des contextes cri­mi­nels ou après des dé­cès très vio­lents, il per­met au groupe de re­trou­ver une forme de co­hé­sion et d’uni­té », as­sure la psy­cho­trau­ma­to­logue. Mais ce ne peut être qu’une étape. « Il va dé­sor­mais fal­loir tour­ner col­lec­ti­ve­ment la page et tis­ser du sens », in­siste le phi­lo­sophe Vincent Ces­pedes, au­teur d’« Oser la jeu­nesse » (Flam­ma­rion). Comment ? « En créant des es­paces com­muns de dis­cus­sion pour ré­pondre à la ques­tion que l’on se pose tous : Et main­te­nant, on fait quoi ? »

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