Des fleurs pour « conso­ler les âmes »

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De nos en­voyés spé­ciaux Un fleu­riste VINCENT MONGAILLARD

CLAUDE, 53 ans, s’avance vers l’un des mul­tiples mé­mo­riaux amé­na­gés sur la pro­me­nade des An­glais, aux en­droits mêmes où la fo­lie a pris la vie d’in­no­cents. Il se signe puis dé­pose dix roses blanches qui re­joignent or­chi­dées, lys, glaïeuls et mar­gue­rites, entre autres. « Ce n’est pas ça qui les fe­ra re­ve­nir, mais c’est ma ma­nière de leur dire que je ne les ou­blie­rai ja­mais », confie ce chô­meur de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Pro­vence) qui a fait 160 km pour ve­nir se re­cueillir. Comme lui, ils sont des mil­liers, Fran­çais et tou­ristes de tous les conti­nents à fleu­rir en conti­nu de­puis ven­dre­di ces mi­ni-sanc­tuaires, dans l’es­poir de « conso­ler les âmes » comme on peut le lire à cô­té d’un bou­quet. « C’est une pe­tite marque d’af­fec­tion lo­cale », ré­sume Ch­ris­tian, re­trai­té ayant op­té pour des oeillets. Car ici, terre de mi­mo­sas, les fleurs sont sa­crées. Elles co­lorent l’un des plus cé­lèbres mar­chés au monde, ce­lui du cours Sa­leya dans le Vieux-Nice, mais aus­si les chars du car­na­val. « Elles sont sy­no­nymes de fête. Mais cette fois, elles ex­priment notre cha­grin. Mais aus­si notre en­vie de nous re­le­ver. Car une fleur, ça s’épa­nouit, ça meurt puis ça res­sus­cite car les ra­cines ne dis­pa­raissent ja­mais », dit Ma­rie-Lou, une rose rouge et deux roses blanches en of­frande. Près d’un la­pin dou­dou, un mes­sage re­pre­nant une citation de Pa­blo Ne­ru­da semble lui don­ner rai­son : « Nos en­ne­mis peuvent cou­per toutes nos fleurs, mais ils ne se­ront ja­mais maîtres du prin­temps. »

« Les fleurs s’in­vitent aux ma­riages comme aux en­ter­re­ments. Elles sont le témoignage de pen­sées sin­cères », sou­ligne Ré­gine qui, avec sa pe­tite-fille, a fait « quatre sta­tions de tram pour trou­ver un fleu­riste ou­vert. Il n’avait plus de roses blanches, alors on a op­té pour des mar­gue­rites », montre-t-elle à deux pas d’un coeur de pé­tales des­si­né sur le bi­tume en­san­glan­té. Be­to, un Por­tu­gais ba­sé à An­tibes a, lui, ache­té ce qu’il sou­hai­tait : une rose rouge. « Parce que ce­la re­pré­sente l’amour. Ma fille au­rait pu être par­mi les vic­times, c’est ce que j’ai de plus pré­cieux », dit-il.

Les mar­chands de roses de la baie des Anges ont dé­ci­dé de s’as­so­cier à l’hom­mage aux vic­times. Cer­tains pro­mettent, ce ma­tin, de re­cou­vrir la pro­me­nade de fleurs. D’autres ont choi­si de bais­ser leurs ta­rifs. « Nous, on les fait presque à prix coû­tants. De­puis ven­dre­di, c’est la raz­zia. Les clients de­mandent du blanc, sym­bole de paix, de pu­re­té, de jeu­nesse », pré­cise un com­mer­çant, qui en­tend res­ter ano­nyme, parce qu’il ne veut « pas pas­ser pour un hé­ros » ou, à l’in­verse, « quel­qu’un qui se fait du beurre sur le dos des morts ». A la bou­tique les Fleu­ristes, la rose est pro­po­sée à 1 € sym­bo­lique. Les sommes ré­col­tées se­ront re­ver­sées à une as­so­cia­tion oeu­vrant pour l’hô­pi­tal pé­dia­trique qui soigne les en­fants vi­sés par l’attentat. « Plus de 1 000 roses sont dé­jà par­ties », es­time Zi­ne­dine, le ven­deur. « Pour que le geste soit pur et non com­mer­cial, ni em­bal­lage ni carte ne vous se­ront don­nés », pré­vient une af­fiche.

« Les clients de­mandent du blanc, sym­bole de pu­re­té »

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