La ma­riée de la Ri­vie­ra

Aujourd'hui en France - - NICE 14 JUILLET - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De nos en­voyés spé­ciaux An­dria, la cou­sine de Mi­no LOUISE COLCOMBET

UN HÉ­MA­TOME vio­la­cé gonfle en­core un de ses ge­noux, sé­quelle de ce 14 Juillet d’hor­reur. Mais ce qui frappe le plus, c’est ce regard éper­du de tris­tesse, dans les yeux fa­ti­gués de cet en­fant de 4 ans. Il s’ap­pelle An­drew, et jeu­di soir un in­con­nu au vo­lant d’un ca­mion fou lui a ar­ra­ché s a mère Mi n o , 3 1 a ns , e t s o n meilleur ami, morts à quelques mètres de lui. Une tra­gé­die que sa fa­mille peine à ex­pli­quer à ce pe­tit bon­homme, pour qui l ’ i rré­mé­diable, à cet âge, ne peut avoir de sens.

Au­tour de lui, sa cou­sine, ses tantes, son père Bru­no Ra­za­si­tri­mo et son grand frère Amau­ry, du haut de ses 6 ans, tentent, avec une di­gni­té qui force le res­pect, de l’en­tou­rer. « Nous sommes al­lés voir les psy­cho­logues hier et au­jourd’hui, et on y re­tour­ne­ra au­tant qu’il le fau­dra », in­siste Bru­no. Après les avoir ren­con­trés, Amau­ry a « beau­coup pleu­ré ». « Il a com­pris, je crois », ana­lyse An­dria, 25 ans, le re­gar­dant s’échap­per avec son frère et ses cou­sins pour jouer dans la cour de l’im­meuble. Pour elle, Mi­no était plus qu’une cou­sine. « C’était comme ma soeur, dit-elle, et je ne l’avais pas vue de­puis trois ans… » Elle aus­si l’a vue s’éteindre, sur cette mau­dite pro­me­nade des An­glais. Le souffle cou­pé, elle ra­conte ce 19 t qui sur­git « comme un ou­ra­gan », cette « se­conde d’hé­si­ta­tion : fal­lait-il al­ler à droite ou à gauche ? » qui a peut-être coû­té la vie à Mi­no, ce « mi­racle » d’avoir été épar­gnée et cette culpa­bi­li­té dif­fuse d’être en­core en vie. « Moi, je n’ai pas d’en­fants, je n’avais rien à perdre », san­glote-t-elle.

La jambe en­ser­rée dans une at­telle pour main­te­nir sa ro­tule dou­lou­reuse, He­li, 45 ans, la tante de Mi­no, n’en dort plus. « Le pneu du ca­mion m’a frô­lée. Je re­vois ma nièce et je me dis, pour­quoi elle et pas moi ? C’est à cause de nous, si nous n’étions pas ve­nus en va­cances, peu­têtre que rien ne se­rait ar­ri­vé », pleure-t-elle in­las­sa­ble­ment. Et puis, les deux femmes dé­crivent l’in­ter­mi­nable at­tente, les pleurs, la pa­nique gé­né­rale et les se­cours, dé­bor­dés, qui passent sans s’ar­rê­ter. « An­dria m’a ap­pe­lée en larmes, elle par­lait d’un ca­mion qui les avait ren­ver­sées, de Mi­no, qui avait du sang par­tout à la tête… » re­prend Bru­no, qui tra­vaillait près d’Aix-enP­ro­vence au mo­ment de l’attentat. « D’émo­tion, je me suis mis à sai­gner du nez », dit-il so­bre­ment. « Amau­ry s’est ap­pro­ché de sa ma­man, re­prend An­dria, il a ra­mas­sé ses af­faires. Son sac cou­vert de sang, mais il ne vou­lait plus le lâ­cher. »

A l’hô­pi­tal Len­val, un scan­ner vien­dra confir­mer le dé­cès de la jeu-

« Amau­ry s’est ap­pro­ché de sa ma­man. Il a ra­mas­sé ses af­faires. Son sac était cou­vert de sang, mais il ne vou­lait plus le lâ­cher. »

ne ma­man. « Je suis ar­ri­vé à 5 h 30. Quand j’ai vu que c’était un psy­cho­logue qui s’avan­çait vers moi, j’ai com­pris », pour­suit son époux. Il a alors fal­lu pré­ve­nir ses beaux-pa­rents, à Ma­da­gas­car, mais aus­si mettre des mots sur ce drame, pour les en­fants. « An­drew m’a dit : Pa­pa, ma­man a été écra­sée par un ca­mion. Ça veut dire qu’elle est au ciel ? » ra­conte Bru­no, pu­di­que­ment.

Ori­gi­naires d’An­ta­na­na­ri­vo, c’est à Vi­chy (Al­lier), lors d’une ren­contre de la com­mu­nau­té mal­gache, en 2004, que Mi­no et Bru­no avaient eu le coup de foudre. « Tu te sou­viens, sou­rit alors Ci­cia, la grande soeur de Mi­no. C’est moi qui vous ai pré­sen- tés. Ils ont dis­cu­té toute la soi­rée et à la fin, ils étaient in­trou­vables… ! » ri­telle, évo­quant cette soeur « dis­crète », « gé­né­reuse », « si stu­dieuse ». Mi­no, ti­tu­laire de deux bacs, l’un fran­çais, l’autre mal­gache, ar­ri­vée en France à 17 ans pour étu­dier, ti­tu­laire d’un mas­ter, em­ployée comme as­sis­tante en com­mu­ni­ca­tion, et qui « s’en­fer­mait pour lire pen­dant des heures », sou­rit Bru­no. En 2009, un ma­riage était ve­nu scel­ler cette union. Ci­cia, le coeur bri­sé, montre l’un des cli­chés de ce jour heu­reux. On y voit les deux époux, rayon­nant de bon­heur. Der­rière eux, la mer. Ils posent sur la pro­me­nade des An­glais.

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. De­puis jeu­di soir, Bru­no Ra­za­si­tri­mo tente de ré­con­for­ter ses deux fils qui ont per­du leur mère. He­li, la tante de Mi­no, a été bles­sée à la jambe, lors de l’attentat et An­dria, la cou­sine, en est sor­tie in­demne.

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